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›› Politique intérieure

La transparence hésitante des « 两会 »

Le 5 mars Li Keqiang lors de son rapport annuel à l’ANP. Globalement, le projet du pouvoir reste de pousser le feu des réformes de structures tout en maintenant la croissance à un bon niveau.

La session annuelle des deux assemblées « 两会 » - environ 5300 membres - s’est terminée le dimanche 15 mars par la conférence de presse de deux heures du premier ministre devant une audience de plus de 800 journalistes chinois et étrangers.

Il faut répéter que le double exercice des deux chambres, l’une, l’Assemblée Nationale Populaire, composée de représentants désignés par cooptation pour 5 années (Lire Les élections libres, les micro-blogs et les hésitations du Parti) ayant en théorie le pouvoir de préparer et de voter des lois, de contrôler le gouvernement et de sélectionner les hauts fonctionnaires du régime ; l’autre, la Conférence Consultative du Peuple Chinois qui rassemble divers représentants de la société civile, le Front Uni et les partis non communistes, dont le pouvoir est consultatif, n’est ni une session législative de discussion et de vote des lois, ni le moment de vrais débats politiques.

Une convention politique encore proche de la propagande.

La séquence répétée chaque année au printemps se présente plutôt comme une vaste convention où le rôle du Parti associé à l’armée et aux représentant des diverses forces de sécurité, les trois étant confondus avec l’État, reste sans partage.

L’aspect convenu et préparé répond à plusieurs impératifs où, depuis plusieurs années, percent les soucis de plus de vérité et d’une meilleure transparence auxquels s’oppose la volonté de garder l’exercice dans les limites critiques acceptables par le dogme de la prévalence du Parti qui exclut toute contestation de son magistère. Par ces grands-messes, le Parti Communiste entend avant tout démontrer au peuple chinois et aux observateurs étrangers sa capacité à moderniser le pays, et, in fine, son aptitude à gouverner la Chine sans céder aux injonctions d’ouverture politique qui prétendent installer dans le pays les affres subversives et conflictuelles des systèmes démocratiques.

…à la représentativité populaire incomplète.

Au fil du temps la composition des assemblées qui confèrent prestige et connexions directes avec les hautes strates politiques du pouvoir a évolué. Cette réalité s’exprime aujourd’hui par la présence d’un nombre croissant d’hommes d’affaires fortunés qui, selon le dernier rapport Hurun 湖 润 publié le 2 mars, comptent aujourd’hui 203 représentants. Même s’ils ne représentent que moins de 4% des deux assemblées, leur fortune cumulée s’élève à de plus de 460 Mds de $, soit plus que le PIB de l’Autriche, précise le New-York Times.

Si le nombre de femmes augmente (elles étaient 90 en 1954, contre 398 aujourd’hui), leur proportion reste cependant largement inférieure à 20%, tandis que le nombre de membres du Parti, de fonctionnaires du gouvernement, de militaires et d’hommes d’affaires atteint 699, soit 23%. En même temps la proportion de fermiers et d’ouvriers qui représentent pourtant la majeure partie de la population chinoise n’atteint que 13,42% des délégués des deux assemblées. Elle augmente cependant lentement suite à la modification en 2010 de la loi électorale qui attribue désormais aux sièges des députés ruraux la même représentativité qu’aux urbains.

Exercice de cohésion entre transparence et camouflages

Même si elles ne font pas l’objet de débats à l’instar des assemblées démocratiques, les deux sessions restent des moments importants de la vie politique chinoise. Elles sont un exercice de synthèse et un rapport d’étape des actions entreprises, en même temps que la feuille de route des réformes à venir. A ce titre le Parti veut en faire un des ferments de la cohésion de l’administration et de l’efficacité de son action.

L’intention de cohérence de l’action et de l’interconnexion des objectifs est en phase avec le nouveau slogan idéologique dont Xi Jinping entend faire sa marque politique en même temps que son critère d’efficacité : « les quatre cohérences » - « 四个全面 sige quanmian » 1) Construire une société de prospérité modérée : 全面 建成 小康 社会 ;2) Approfondir les réformes : 全面深化改革 ;3) Gouverner le pays selon la loi : 全面 依法治国 ; 4) Diriger le Parti avec rigueur : 全面从严治党.

*

Cette année pourtant, et en dépit de l’accent mis par le premier ministre sur la dureté des temps à venir, qui se voulait un gage d’ouverture et de transparence, l’impression s’impose d’une session lénifiante où l’édulcoration fut encore plus nébuleuse que lors des exercices précédents.

Elle a en effet effacé les contradictions les plus pesantes et les menaces les plus directes qui pèsent sur le pays : l’urbanisation massive et la régularisation difficile de la foule des migrants ; le style et la violence hors système judiciaire de la lutte contre la corruption ; l’interprétation de la constitution et du droit revisités à l’aune des « caractéristiques chinoises » dont les effets se font sentir dans la R.A.S de Hong-Kong ; à quoi s’ajoutent le cul de sac des non dits du rapprochement commercial et du « Consensus de 1992 » dans le Détroit de Taïwan et, enfin, la situation potentiellement explosive dans la province turcophone du Xinjiang qui fait l’objet d’une vaste omerta du régime.


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