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La vision chinoise très sélective de l’Internet global

En mai 2014, Baidu, le moteur de recherche chinois concurrent de Google, a recruté Andrew Ng, expert reconnu de l’intelligence artificielle pour installer un centre de recherche dans la Silicon Valley.

Ceux qui vivent en Chine ou qui y retournent régulièrement ne peuvent manquer de constater que depuis au moins 4 années, le contrôle d’internet par la censure devient plus pesant. Avec le blocage de Twitter et Facebook, l’un des barrages les plus ennuyeux pour les hommes d’affaires ou les chercheurs, y compris chinois qui travaillent connectés à la planète Internet, est le dysfonctionnement récurrent du moteur de recherche Google.

Ce handicap affecte à la fois le commerce pour qui le développement des réseaux est essentiel, les secteurs techniques en quête de formations pratiques sur internet et les travaux des chercheurs connectés aux scientifiques hors de Chine.

La censure de plus en plus intrusive du web, que parfois même les dispositifs VPN (Virtual Private Network) ne parviennent plus à contourner, ajoutée aux graves inconvénients de la pollution à Pékin, a incité certaines sociétés à envisager de déporter leur centre d’affaires vers des sièges où la connexion internet est plus facile, comme Singapour.

Un inconfort devenu un obstacle.

En septembre dernier, un article du New-York Times faisait l’inventaire des inconforts du net progressivement devenus des obstacles. Le blocage affecte les publicités jusque là diffusées par les exportateurs chinois ; la panne de Gmail gêne les échanges, la fermeture récurrente de Goggle handicape la recherche et le temps perdu à trouver des solutions alternatives réduit la productivité des équipes.

L’article cite Jin Hetian, un archéologue travaillant à Pékin qui se plaint du moteur de recherche chinois Baidu, alternative peu efficace après la fermeture de Google : « quand je suis en Chine, je n’ai presque jamais accès aux entrées académiques de Google, ce qui me prive des informations sur les plus récentes découvertes ».

La censure cible Google.

La bataille entre Google et le gouvernement chinois fait rage depuis mars 2010, date à laquelle le moteur de recherche avait fermé ses serveurs en Chine pour se soustraire à la censure, les utilisateurs de Chine continentale étant redirigés sur les serveurs de Hong Kong. Après quoi le pouvoir chinois commença à bloquer par intermittence les serveurs de la R.A.S eux-mêmes, quand les utilisateurs employaient l’un des mots figurant sur la longue liste des entrées interdites dont font partie, entre autres, les noms des dirigeants.

Lire : La saga de Google.

Depuis mai 2014 les accès à tous les sites Google sont fermés et le pouvoir semble négliger les effets pervers de ses blocages sur toutes les autres activités économiques ou académiques. Selon Xiao Qiang, expert à l’Université de Berkeley de la censure d’internet en Chine : « la sécurité du web est devenue une priorité qui dépasse toutes les autres, y compris celles de la fluidité du commerce ou de l’efficacité scientifique ».

Peur du terrorisme et inquiétude politique.

La tendance au blocage des sites étrangers est aujourd’hui accentuée par la montée de la phobie contre les risques terroristes amplifiée par les événements du Xinjiang où, après la bascule des émeutes meurtrières de 2009, la situation est entrée dans une spirale néfaste nourrie par la haine, les incompréhensions culturelles et la répression.

Un autre moteur de la répulsion à l’égard des portails étrangers est la montée du nationalisme accusateur dirigé contre le Japon et ses alliés américains. Enfin, le fait que le président Xi Jinping lui-même se soit placé à la tête du groupe dirigeant pour la cybersécurité indique que les plus hautes instances du régime, inquiètes de la marée des influences étrangères contre le magistère du Parti, cautionnent ce contrôle.

Tel est l’arrière plan de deux événements récents liés au paysage internet de la Chine qui méritent attention. Le premier confirme la tendance de la direction politique à vouloir protéger le pays des influences contagieuses du net. Le deuxième témoigne des efforts du régime pour rehausser la capacité des moteurs de recherche chinois capables de faire concurrence à Google. Le tout s’inscrivant dans la volonté jamais démentie de la Chine de préserver son identité particulière contre les influences extérieures qu’elle juge néfastes.

La conférence mondiale sur Internet.

Du 19 au 21 novembre a eu lieu à Wuzhen au sud de Shanghai une conférence mondiale sur internet qui réunissait une pléiade d’officiels ou d’hommes d’affaires chinois du monde des télécoms, tels que Huawei, ZTE et Xiaomi, des médias et des portails internet comme Baidu, Tencent, Alibaba, sina.com, Netease, Sohu, JD, à côté de quelques représentants du paysage étranger d’internet et des technologies de l’information comme Apple, Qualcomm, Facebook, Intel, Oracle, Linkedin, IBM, ou Telstra. Les absents remarqués étaient Microsoft, Google, Twitter et Youtube.

La Chine dit vouloir « choisir ses amis » sur le net.

La conférence était placée sous le patronage de Lu Wei, ministre de l’administration d’internet dont le franc parler et l’assurance ont donné le sentiment que Pékin allait continuer à contrôler le net d’une manière stricte et sans esprit de retour. Pour lui, tous les contrôles exercés sur la toile étaient cohérents avec la loi chinoise et dans l’intérêt des utilisateurs.

Expliquant les raisons qui avaient poussé Pékin à interdire certains portails étrangers, il a marqué sans nuance que si la Chine n’avait pas les moyens de changer les utilisateurs de l’espace internet global, elle se réservait le droit de choisir ceux qu’elle autorisait à opérer chez elle. Le tout appuyé par une prise de position très populiste : « A ceux qui s’enrichissent sur le dos de la Chine et des Chinois nous avons choisi de dire non ».

Dans l’arrière cour de Google…

L’autre incidence intéressante est le recrutement en mai 2014 par Baidu, le Google chinois, de Andrew Ng (38 ans) un scientifique de renommée mondiale, américain d’origine singapourienne, expert des technologies de l’information et de l’intelligence artificielle, titulaire d’un doctorat de Berkely, professeur à Stanford où il est responsable des programme d’enseignement en ligne. Il est aujourd’hui le Directeur du laboratoire de recherche de Baidu installé dans la « Silicon Valley ». Selon un article du WSJ, l’intention du portail de recherche chinois est d’installer dans l’arrière cour même de Google un centre de recherche sur l’intelligence artificielle.

…Baidu recrute un expert mondial de l’intelligence artificielle.

La spécialité de Ng est l’étude de la capacité des ordinateurs à apprendre par eux-mêmes, une discipline où se croisent les neurosciences et l’informatique.

A cet effet, Baidu envisage d’investir 300 millions de $ et de recruter 200 experts. L’éventail des recherches envisagées va de la reconnaissance vocale à la voiture sans pilote, en passant par Baidu Eye (aujourd’hui à l’état de projet de recherche) concurrent de « Google Glass », paire de lunettes également en cours de mise au point équipée d’une caméra intégrée, d’un mini écran, d’un micro et d’une surface tactile qui permet un accès à internet par Wi-Fi.


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