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Le « grand jeu » du Pacifique occidental

Le 18 mars 2014, rencontre entre Shinzo Abe et le président Vietnamien
Truong Tan Sang.

La modernisation militaire des voisins de la Chine aux capacités très inégales n’est pas le seul effet collatéral de la montée en puissance de l’APL. Les affirmations de souveraineté de Pékin qui contredisent le discours de coopération et d’apaisement ont, en retour, provoqué un chassé-croisé diplomatique des trois grands rivaux stratégiques de la Chine : les États-Unis, le Japon et l’Inde.

Les cibles de ce ballet de chancelleries et de chefs militaires ont été le Vietnam, les Philippines et l’Indonésie. Même Moscou engagé dans un face à face stratégique inquiétant avec Washington en Ukraine ne veut pas être en reste sur le théâtre du Pacifique Occidental. Récemment plusieurs initiatives de Vladimir Poutine au Vietnam et en Corée du Nord ont signalé le retour des ambitions russes dans la région.

Hanoi, nouvelle priorité japonaise.

Dans cette suite de pas de deux croisés, le plus courtisé fut sans doute le Vietnam. Toujours sous la règle d‘un parti communiste peu disposé à céder son pouvoir, mais ayant accepté l’introduction d’entreprises privées à partir de 1980, entré à l’OMC en 2007, aujourd’hui en conflit larvé avec Pékin, le pays a, en 2014 et au début 2015, été le théâtre d’une suite très riche de visites officielles de haut niveau avec un fort arrière plan défense qui renvoyait à la menace chinoise.

En mars 2014, le Premier Ministre japonais Shinzo Abe et le président vietnamien Truong Tan Sang réaffirmèrent leur partenariat stratégique qui fut élargi à « un partenariat stratégique global », aboutissement d’un long travail d’approche commencé lors du précédent mandat de Shinzo Abbe en 2006 – 2007.

4 ans plus tard les deux pays avaient renoué des relations militaires formelles avec l’ouverture croisée des postes d’Attachés de Défense accompagnée par le lancement de dialogues de défense comprenant des échanges politiques de haut niveau, y compris des visites réciproques des ministres en 2013, des coopérations techniques entre armées de l’air et en matière de défense aérienne, ainsi que des formations au Japon d’élèves officiers vietnamiens assorties de bourses d’études offertes par Tokyo.

Lors de leur rencontre en mars 2014, Abe et Truong Tan Sang insistèrent sur l’importance de garantir la liberté de navigation et de survol ainsi que sur le nécessaire respect de la convention de Montego Bay sur le droit de la mer. Trois mois plus tard le navire de débarquement Kunisaki qui avait à son bord 400 marins australiens et américains faisait une escale remarquée à Da Nang (Tourane du temps des Français) pour une mission de coopération sur la médecine de guerre.

En août 2014 le ministre des Affaires japonais Fumio Kishida en visite à Hanoi annonçait que, dans le cadre de l’aide directe de 500 millions de Yens (5 millions de $), le Japon cédait au ministère de surveillance des pêches 6 petits gardes côtes usagés, des équipements radars et des bourses pour des stages de formation des personnels de surveillance des pêches. En se rapprochant du Japon, le seul pays ayant en Asie la capacité militaire de s’opposer aux affirmations de souveraineté chinoises, Hanoi exerce une importante pression stratégique sur Pékin.

Intense ballet diplomatique et militaire à Hanoi.

L’épisode japonais au Vietnam fut suivi début décembre par l’escale de deux navires de combat sud-coréens ; en même temps eut lieu un dialogue de défense avec l’Indonésie marqué par la rencontre du commandant des armées indonésiennes le général Haryoko Sukarto et le vice-ministre de la défense Vietnamien le général Nguyen Chi Vinh.

Immédiatement après la séquence indonésienne, le ministre Vietnamien de la défense, le Général Phung Quang Thanh recevait son homologue cambodgien, le général Nieng Phat, également très courtisé par la Chine, elle-même engagée dans une coopération militaire lourde avec le Royaume Khmer, longtemps sous l’influence directe de Hanoi qui l’avait occupé militairement durant 11 ans de 1979 à 1990.

L’intrusion de New-Delhi entre Pékin et Hanoi.

A la mi-décembre 2014 c’était le chef d’État-major de l’armée indienne le Général Dalbir Singh Suhag qui était à Hanoi. Sa visite – la première d’un commandant militaire indien de ce rang depuis 2007 - faisait suite à une série de contacts politiques croisés de très haut niveau entre Hanoi et New Delhi, avec d’abord la venue à Hanoi à la mi-septembre 2014 du Président indien Pranab Mukherje.

Ce dernier était arrivé au Vietnam deux jours avant la visite officielle en Inde du Président Xi Jinping, tandis que pendant la mission de bons offices de Yang Jiechi venu à Hanoi le 27 octobre pour tenter de calmer les émotions de l’effervescence anti-chinoise du printemps, le Premier Ministre vietnamien Nguyen Tan Dung rencontrait Narendra Modi à New-Dehli.

En décembre, le Général Dalbir Singh Suhag voyait à Hanoi le Général Nguyen Quoc Khanh, n°2 de l’État-Major vietnamien et, un mois plus tard, le vice-ministre de la défense vietnamien, le Général Nguyen Chi Vinh était reçu en Inde par son homologue Shri R. K. Mathur pour le 9e dialogue bilatéral de défense. A cette occasion, le Vietnamien a souligné que les modifications drastiques de la situation de sécurité dans la zone avaient rendu nécessaire une coopération plus étroite entre Hanoi et New-Delhi.

Celle-ci qui semble prendre une dimension jamais connue jusqu’à présent, ira jusqu’à des échanges de renseignements et à des coopérations sur des technologies militaires. A la mi-janvier, dans un communiqué officiel soigneusement pesé, visant directement la Chine sans la nommer, le Général Nguyen Quoc Khanh avait prévenu que Hanoi n’abandonnerait pas ses droits souverains. En même temps, il appelait au respect du droit international et à la coopération, concluant que les affirmations univoques de souveraineté de « certains pays » pourraient déstabiliser la situation.


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