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Le manifeste et le caché. La Corée du Nord dans tous ses états

[2 mars 2012] • Rémi Gedoie • Jean-Paul Yacine • Bernard Delalande

Il y a dans la situation de la péninsule coréenne, de part et d’autre de la ligne de démarcation, un côté rituel pavlovien, sorte de conditionnement réflexe, enfermé dans un réseau inextricable de mensonges, de non dits et de postures arc-boutées. Celles-ci, dont il faut s’empresser de dire qu’elles ne sont pas toutes sans fondement, nourrissent les tensions et sont directement ou indirectement à l’origine de la plupart des incidents graves depuis l’armistice de 1953.

Mais sous la surface des attitudes bravaches et des provocations, se jouent d’autres partitions qui sont peut-être celles de l’espoir. Parfois le contraste entre les deux musiques s’étale au grand jour. Ces discordances suggèrent qu’au-delà des apparences, il existe une réalité cachée, peut-être à contre courant du visible, prête à s’exprimer, pour peu que l’environnement, toujours en mouvement, se modifie en sa faveur.

Le 25 février dernier, la Corée du Nord a proclamé, dans un discours stéréotypé depuis des lustres, qu’elle avait la capacité de frapper les Etats-Unis par des tirs balistiques. Quelques voix américaines ont accordé du crédit à ces rodomontades, dont rien ne prouve la crédibilité, les expériences nord-coréennes de tir à longue distance ayant toujours été un échec.

Mais le message était une réponse rituelle aux exercices annuels des forces combinées de Washington et Séoul, aujourd’hui cependant réduits à la portion congrue d’un entraînement des états-majors.

Changements à l’horizon.

Pourtant, la déclaration à l’emporte pièce de Pyongyang faisait suite à une reprise des contacts à Pékin avec Glyn Davies, envoyé de la Maison Blanche, après une première rencontre à Bali les 28 et 29 juillet 2011, deux années après la rupture entre Washington et le régime nord-coréen. (Lire aussi notre article)

Enfin, coup de théâtre, qui tranche brutalement avec les récentes fulminations, le 29 février, la Corée du Nord annonçait qu’elle accepterait de suspendre ses essais nucléaires et les opérations d’enrichissement d’uranium, autorisant, par le même communiqué, le retour des inspecteurs de l’AIEA, qu’elle avait expulsés en 2009.

Prudents et mesurant la fragilité des volte-face de Pyongyang, Washington s’est contenté de souligner qu’il s’agissait d’un « premier pas modeste dans la bonne direction », tout en promettant la reprise de l’aide alimentaire directe.

En Corée du Sud, le même « clair obscur » est à l’œuvre sur l’attitude à adopter face à la Corée du Nord. Depuis quelque temps en effet, la classe politique sud-coréenne doute de la justesse des politiques mises en œuvre. Et les attaques sont prononcées, y compris depuis le propre camp du président conservateur Lee Myong back.

Ce dernier, qui, à son arrivée en 2007, avait mis fin à l’aide économique et au dialogue initiés en 1997 par Kim Dae Jung, est aujourd’hui la cible des critiques, non seulement des successeurs de Kim Dae Jung « la stratégie de Lee Myong Back qui se contente d’attendre que le Nord change est un échec », mais également de son propre camp.

Intéressant télescopage de l’histoire, la mieux placée dans la course à la candidature conservatrice pour les prochaines élections présidentielles en décembre 2012, n’est autre que Madame Park Geun-hye, fille de l’ancien dictateur Park Chung-hee, assassiné en 1979.

Ce dernier, connu à la fois pour avoir accéléré le développement économique de la Corée et pour sa manière brutale de gouverner, avait aussi harcelé l’opposant démocrate Kim Dae Jung, dont la fille de Park se réclame aujourd’hui pour promouvoir une politique nord-coréenne, radicalement opposée à celle de Lee Myong-back : « les accords signés par les deux Corée visent à une reconnaissance réciproque et à la signature d’un traité de paix ».

Dans ce contexte, qui semble indiquer un dégel au Pays du Matin Calme, les « deux lettres de Pyongyang » mises en ligne ci–après portent un regard décalé sur une situation, on l’a vu, marquée par l’ébranlement sous-jacent du pesant et interminable héritage de la guerre froide.

Elles ont été écrites à l’automne dernier par deux émissaires français envoyés en mission d’exploration par la communauté des hommes d’affaires de Pékin. Kim Jong Il n’était pas encore mort. Mais leur regard avait déjà perçu les fragiles prémisses d’un changement dans une ambiance encore marquée par la rigidité et la méfiance.


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