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›› Politique intérieure

Le parti et ses milliardaires. Histoires troubles, corruption et querelles politiques

Le milliardaire Guo Wengui, exilé aux Etats-Unis depuis 2015 s’est exprimé le 19 avril dernier sur Voice of America en langue chinoise pour dévoiler, avait-il prévenu, la corruption des hauts responsables chinois. Selon le New-York Times, l’émission qui devait durer 3 heures, a été interrompue après 80 minutes au moment où Guo se lançait dans une description brumeuse des intrigues de pouvoir dans l’oligarchie, y compris entre Xi Jinping et un de ses proches alliés. Les auditeurs chinois de la station ont protesté, accusant la chaîne financée par la Maison Blanche, d’avoir cédé aux pressions de Pékin.

L’incident s’est produit moins de 6 heures après que le porte parole du Waijiaobu Lu Kang ait annoncé qu’Interpol avait émis un avis d’alerte rouge contre Guo, réclamant son arrestation. Alors que les États-Unis et la Chine n’ont pas conclu de traité d’extradition, nombre de commentaires n’ont pas manqué de rappeler que depuis le 10 novembre 2016, c’est le Chinois Meng Hongwei qui dirige Interpol. Lire notre article Corruptions, extraditions et exercice de la démocratie.


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Depuis quelques semaines, les médias de la planète commentent plusieurs incidents concernant des milliardaires chinois directement aux prises avec le pouvoir politique à Pékin. Tout indique que l’arrière plan de ces affaires mêle à la fois la lutte contre la corruption et la compétition de pouvoir en amont du 19e Congrès.

Tirant profit de la campagne anti-corruption, Xi Jinping semble en effet décidé à réduire au silence certains vieux oligarques à la retraite, très connectés aux affaires, à la fois hostiles à sa politique générale de fermeture politique et critiques de la campagne anti-corruption, heurtant leurs intérêts et dont ils disent, non sans raison, qu’elle paralyse le parti.

Depuis 2012, une faction de la mouvance des anciens gène en effet la stratégie du n°1 chinois de nettoyage éthique accompagnant le resserrement de son pouvoir dans l’armée, dans le système législatif, au sein de la nébuleuse des groupes industriels publics et au cœur des réseaux de la finance chinoise.

Alors que le régime prépare la Grand Messe politique du 19e Congrès, ce qui ressemble de plus en plus à une chasse aux grandes fortunes expatriées répond en écho à une série d’accusations dénonçant les inextricables liens entre le pouvoir politique et les affaires dont le coup d’envoi avait été donné en octobre 2012, avant le 18e Congrès, par le New-York Times qui, dans un article remarqué, avait mis Wen Jiabao sur la sellette avec, au passage, quelques, allégations révélant la fortune des proches de Xi Jinping (lire notre article 温爷爷, Wen Yeye, le grand-père du peuple entre corruption et guerre des clans.).

Parallèlement à l’opération contre les milliardaires vivant à l’étranger, Xi Jinping et la Commission de discipline du Parti ont déclenché une offensive visant les régulateurs corrompus de la finance chinoise, un des bastions des résistances aux réformes où se mêlent la corruption et, par construction, les pires enchevêtrements entre la politique et les affaires autour d’une longue série d’avantages acquis dont les tenants sont souvent des oligarques à la retraite.

Le dernier haut fonctionnaire pris dans les filets de cette chasse est Xiang Junbo [1] président de la Commission de régulation des assurances accusé de corruption et de trafic d’influence auprès de JP Morgan Chase au profit d’une jeune interprète. Une affaire qui met également la banque américaine en porte à faux aux États-Unis. Selon le Quotidien du Peuple, la mise en examen de Xiang inaugure une nouvelle phase de la lutte contre la corruption des élites.

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Pour l’heure, l’attention s’est concentrée sur deux milliardaires. Le premier, Xiao Jianhua, 肖建华 32e fortune de Chine estimée à 6 Mds de $, disparu d’un hôtel de luxe à Hong Kong lors du week-end du nouvel an et dont l’image s’est popularisée par l’exposé public de son style de vie solitaire et ses équipes de garde du corps féminins, serait à Pékin où la sécurité d’État l’aurait enlevé par une opération secrète.

Le deuxième, Guo Wengui, magnat exubérant de l’immobilier, teste la patience du régime en dévoilant depuis la Floride où il loge dans le complexe appartenant à Donald Trump, quelques secrets inavouables de l’oligarchie. En amont du 19e Congrès, ces mises à jour publiques des querelles politiques internes et de quelques turpitudes cachées créent une tension qui se lit dans les médias officiels qui tous tirent à boulets rouges sur le milliardaire félon.

Notes :

[1La mise en examen de Xiang Junbo survient au milieu d’une mise en alerte du système financier chinois sur la sellette depuis les secousses boursières de juillet 2015. En décembre 2016, lors de la conférence économique centrale, Xi Jinping lui-même avait annoncé un alourdissement des contrôles de la sphère financière.

Plusieurs hauts responsables ont été mis en détention dont Yao Gang et Zhang Yujun membres de la commission de régulation boursière, tandis que des opérations de fusions-acquisitions ont été stoppées et que le pouvoir tentait de réduire le chaos du secteur de l’assurance.

Ce dernier avait été provoqué par Xiang Junbo lui-même qui, en arrivant à la tête du secteur en 2011, avait décidé une régulation qui laissa libre cours aux abus. Résultat, des groupes privés comme Anbang ou Foresea Life ont accumulé de considérables profits, provoquant un explosion des avoirs des compagnies d’assurance qui passèrent de 6000 à 15 000 Mds de Yuan en 5 ans (800 à 2000 Mds d’€). Ces soudaines fortunes furent à la racine de comportements erratiques de groupes chinois à l’étranger.

Lire La nouvelle agressivité des groupes chinois à l’international mise en perspective.

Depuis janvier, suite à l’injonction de Xi Jinping, Xiang Junbo s’appliquait à corriger les dérèglements qu’il avait lui-même initiés. Mais sa marche arrière n’a pas suffi à le protéger.


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