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Le THAAD du Pentagone est en Corée et le HQ-9 chinois dans les Paracel. Jeu de missiles et parfum de guerre froide

Bien que Xi Jinping, soit très agacé par les provocations militaires de son homologue nord-coréen Kim Jong Un qu’il n’a jamais accepté de rencontrer, la politique chinoise à l’égard de Pyongyang reste toujours marquée par l’ambiguïté. Tout en condamnant les tests nucléaires et balistiques, Pékin craint que la disparition du régime dont des sanctions appliquées sévèrement pourraient précipiter la chute, ouvre la voie à une prééminence stratégique des États-Unis sur la péninsule. La crainte exprimée par Pékin des conséquences de l’installation du THAAD en Corée du sud renvoie précisément à ces réticences.

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Les fêtes du Nouvel an chinois ne sont pas encore terminées, que déjà resurgissent les tensions entre la Chine et les États-Unis et leurs alliés, non seulement sur les questions stratégiques de la Corée du nord et de Mer de Chine du sud, mais également sur des sujets commerciaux, analysés par ailleurs dans un autre article, tandis qu’hésitante, l’Union Européenne dont les idéaux d’ouverture globale sont fragilisés par une situation économique très affaiblie, a une fois encore reporté la décision attendue par Pékin de conférer à la Chine le statut d’économie de marché.

En Corée, Pékin inverse la priorité des risques…

Sur la péninsule coréenne, après l’explosion le 6 janvier d’un engin nucléaire dont la nature « thermonucléaire » n’a pas été confirmée, suivie un mois plus tard du lancement, à la veille du nouvel an chinois, d’un satellite qui attestait des progrès balistiques intercontinentaux de Pyongyang, le consensus des 5 sur l’attitude à adopter à l’égard de Pyongyang n’a pas été long à voler en éclat, tandis que Tokyo et Séoul, aux premières loges de la menace nord-coréenne s’agacent de la prudence chinoise à l’égard de son turbulent allié.

Le retour des aigreurs après un très court consensus s’articule autour du serpent de mer de l’installation sur la péninsule du système de défense anti-missile américain de théâtre THAAD (Terminal High Altitude Area Defense), dont l’éventualité a été rendue plus crédible par les dernières expériences nord-coréennes. Comme Moscou, opposé à la mise en place d’un tel ensemble en Europe de l’Est, Pékin affirme que les déploiements américains affaibliraient la dissuasion nucléaire chinoise et contreviendraient aux accords anti-balistiques de 1972 que les États-Unis ont dénoncé en 2002 [1].

En arrière plan, persiste la crainte chinoise que la mise en place d’équipements aussi sophistiqués dont les clés technologiques seraient détenues par le Pentagone, augmente encore l’allégeance sud-coréenne à Washington.

Alors que la Corée du sud était jusque là réticente à confirmer les déploiements, elle ne laisse aujourd’hui plus planer les doutes sur le projet et semble tout faire pour que Pékin s’en inquiète – une manière comme une autre de faire pression sur la Chine accusée par les conservateurs de Corée du sud de complaisance coupable à l’égard de Pyongyang -.

Après les démentis de 2015 sur le début de négociations avec Washington, et alors qu’il y a encore peu Séoul donnait plutôt le sentiment de vouloir développer son propre système, le ministère de la défense sud-coréen affirmait le 29 janvier dernier, qu’un déploiement anti-balistique américain serait utile pour la sécurité de la péninsule.

10 jours plus tard, immédiatement après le lancement nord-coréen, le Pentagone confirmait que Séoul et Washington avaient commencé les négociations pour le renfort en Corée du sud des batteries de missiles Patriot MIM-104 déjà opérationnelles dans le pays. Personne ne sait jusqu’où iront ces intentions au milieu des protestations chinoises, mais déjà les réactions de Pékin sont vives, et à certains égards plus inquiètes que celles qui suivirent le tir balistique nord-coréen.

…et considère le THAAD américain comme une menace.

Alors que le porte parole du Waijiaobu s’est contenté de « noter et regretter » la mise en orbite du satellite de Pyongyang, il s’est dit « vivement préoccupé » des projets THAAD américano-coréens, ajoutant qu’ils ne contribueront ni à la stabilité régionale, ni à la solution du problème coréen. Et, pour bien marquer que les deux problèmes étaient pour la Chine les deux faces d’une même inquiétude stratégique, le ministère des Affaires a, à la fois, convoqué le représentant de Séoul et celui de Pyongyang.

Simultanément, la presse officielle livrait la perception chinoise du problème révélant à quel point le régime craignait le poids américain dans la question nord-coréenne dont il faut rappeler – la paix n’étant toujours pas signée - qu’il renvoie directement à la guerre de Corée. Et plus précisément d’abord à la contre offensive, sous couvert des NU, de Mac Arthur à Incheon en septembre 1950, sur le flanc des armées nord-coréennes aventurées jusqu’à Pusan, puis à l’entrée en guerre de la Chine dont 200 000 hommes franchirent le Yalu le 25 octobre 1950.

Pressions chinoises et irritation de Séoul.

Alors que Séoul s’était, en mars 2015, déjà plaint que Pékin sacrifiait les intérêts de sécurité de ses voisins en manquant de fermeté à l’égard de Pyongyang et en récusant sans esprit de recul tout déploiement anti-balistique américain, les analyses de la presse officielle chinoise sont allées plus loin. Pour tous les commentateurs, le THAAD américain en Corée était une initiative hostile anti-chinoise. Il faisait plus de mal que de bien et déclencherait un engrenage dangereux sur la péninsule (Xinhua).

Plusieurs journaux ont entonné l’air de la menace. Le Global Times expliquait que si la situation dérapait, Pékin serait forcé de faire prévaloir ses intérêts avant ceux des autres (augmenter le nombre de ses missiles stratégiques et renforcer leur capacité à déjouer le système anti-missiles). Dans le même temps, le journal de la jeunesse évoquait de possibles représailles commerciales contre Séoul, minimisait la menace nord-coréenne et accusait la Corée du sud de se laisser prendre en otage par les États-Unis.

A la maison bleue, siège de l’exécutif sud-coréen pris entre l’allié américain et la Chine son premier partenaire commercial, également son soutien dans ses tensions territoriales avec Tokyo, monte un agacement contre Pékin. Alors que les visites croisées de Xi Jinping en Corée en 2014 et celle de Park Geun Hye l’année suivante en Chine avaient rehaussé le niveau de la relation bilatérale, pouvant laisser croire à un début de rééquilibrage des influences dans une péninsule où sont toujours stationnés 28 000 GI’s, la présidente espérait que le politburo chinois accepterait de juguler les provocations de Pyongyang.

En apparence du moins, il se passe l’inverse. Alors que Pékin ne semble pas vouloir augmenter la pression sur Kim Jong-un, les reproches et mises en garde de la diplomatie chinoise ciblent au contraire Séoul et sa proximité avec Washington. Selon Kim Heung-kyu, Directeur de l’Institut des études chinoise à l’Université de Suwon, « Madame Park a été très déçue de l’absence de réaction de Xi Jinping lui-même ennuyé à Pékin par les projets anti-missiles américains ».

Vaste fossé dans la perception des risques entre Pékin et Washington.

Une fois de plus s’exprime la méfiance chinoise à l’égard des positions américaines en Asie et le contraste entre les intérêts de Washington et de Pékin. Selon Chu Shulong, professeur de relations internationales à Qinghua, nombre d’officiels à Pékin ne croient pas à la menace nucléaire nord-coréenne, tandis que pour les stratèges chinois, le déploiement du THAAD cristalliserait encore plus la domination américaine sur Tokyo et Séoul, dont, pensent-ils, le but ultime est de freiner la montée en puissance de la Chine.

A Washington, en revanche, la perception est inverse. Le 8 février James Clapper patron des renseignements américains affirmait devant le Congrès que, désormais, la première menace nucléaire stratégique n’était plus l’Iran, mais la Corée du Nord, sur qui, a t-il ajouté, la seule pression possible ne pourrait venir que de la Chine. Pour Clapper, Pyongyang continue à produire des matières fissiles et développe un sous-marin lanceur d’engins ainsi qu’un missile balistique intercontinental capable de menacer les États-Unis.

C’est bien cette différence de perception entre les intérêts chinois et américains que Pyongyang utilise pour perpétuer son chantage nucléaire dont l’objectif premier est d’obtenir directement avec Washington la signature d’un traité de paix qui mettrait définitivement fin à la guerre de Corée et servirait de garantie de sécurité à Pyongyang, toujours placé sous la menace militaire des 28 000 GI’s déployés en Corée du sud [2].

A côté des fêlures dans l’hypothétique coalition internationale contre l’arme nucléaire nord-coréenne, dont on constate à quelle point elle est fragile, minée par les intenses arrières pensées et les objectifs stratégiques inverses entre Pékin, Washington, Séoul et Tokyo, la situation en mer de Chine du sud, autre point chaud de la relation sino-américaine, a récemment connu de nouveaux développements éloignant encore un peu plus les perspectives d’un apaisement.

Notes :

[1Selon l’administration de Bush fils qui initia la sortie du traité, la décision était justifiée par le fait que le basculement de la situation stratégique après le 11 septembre 2001 justifiait que les États-Unis construisent une défense anti-missiles. En 2002, La Russie et les États-Unis signèrent le traité de réduction des armes stratégiques offensives (START) obligeant à réduire le nombre de têtes nucléaires, mais sans procédures de vérification.

[2Les démonstrations de force américaines sont récurrentes après chaque test nucléaire ou essai de missile nord-coréen. Elles font valoir la capacité de riposte américaine en cas d’agression de Pyongyang.

4 jours après l’explosion du 6 janvier, le Pentagone avait fait survoler la péninsule par des bombardiers nucléaires stratégiques B.52 et envoyé en mer du Japon le sous-marin nucléaire USS North Carolina venu participer à un exercice de lutte anti-sous-marine.

Le 17 février, 4 chasseurs de combat furtifs F-22 ont été pré-positionnés sur la base aérienne d’Osan située à 15 minutes de vol de Pyongyang. Mais la Chine et nombre d’observateurs objectifs considèrent ces étalages de puissance inutiles voire nuisibles puisqu’ils sont de nature à conforter le régime de la famille Kim dans sa mise au point d’une dissuasion nucléaire.


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