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›› Technologies - Energie

Le « train tunnel » antibouchons sera expérimenté en août

La première voiture du « train tunnel » baptisé « Ba Tie Yi Hao 巴 铁 一 号 » est sortie le 4 juillet des usines de Jinchuang Corp. à Changzhou.

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L’idée date de 1969. Elle avait été suggérée par Craig Hodgetts et Leslie Walker, deux architectes américains et faisait partie de leur « proposition immodeste » pour redessiner le paysage urbain de New-York. Avant de l’abandonner, ils avaient prévu de la mettre en œuvre sur le tronçon routier entre Washington et Boston. Elle a refait surface en 2010 proposée par Huashi, une compagnie de Shenzhen. Avant de la ranger dans les tiroirs, la ville de Pékin avait envisagé de l’expérimenter à Mentougou sur un tronçon de 9 km. La voilà à nouveau. Cette fois avec quelques chances d’être mise en œuvre en Chine.

Les Américains l’appellent le « Straddling Bus ». La version chinoise a déjà un nom anglais et, comme il se doit, un sigle, le « Transit Elevated Bus – TEB - ; les Chinois, jamais à court de raccourcis sémantiques, l’ont appelé 巴 铁 - Batie – abrégé de « chemin de fer urbain ». Elle n’a pas encore de nom français et la traduction littérale de l’anglais serait très peu euphonique, « Bus chevauchant » ou « enjambeur ». En attendant mieux, dans un article de mai dernier, le journal Les Echos avait opté pour « Bus anti-bouchons » ce qui aurait moins l’avantage de créer le sigle français « BAB ». Nous l’avons provisoirement appelé le « train tunnel ».

Une innovation performante.

L’idée, innovante et économique, répond au casse-tête urbain des embouteillages qui compliquent et polluent la vie des citadins chinois, alors que le rythme d’augmentation annuel du nombre de conducteurs (+33 millions de nouveaux conducteurs en 2015) oblige les municipalités à des solutions drastiques très impopulaires telles les restrictions imposées aux immatriculations nouvelles devenues plus chères ou les règles de circulation alternée, mais fréquemment contournées par des corruptions ou des fausses plaques. [1]

Présentés à la 19e foire technologique de Pékin en mai dernier et désormais construits en série par Jinchuang Corp. dont le siège est à Changzhou dans le Jiangsu, (grande banlieue de Shanghai au nord du lac Tai), les TEB sont des trains urbains dont l’empâtement enjambe toute la largeur d’une route et dont la garde au sol de 2,20 mètres, en réalité un tunnel mobile sur rail, permet de laisser les voitures particulières circuler sous eux.

Du coup voilà supprimés les encombrements provoqués par les bus ou les tramways et les embouteillages qui naissent dans le sillage de leurs arrêts. Évidemment, les automobilistes engagés sous ce tunnel mobile devront calculer leur route. Car entre deux arrêts et si on ne roule pas plus vite que le train, impossible voir la signalisation ni de tourner à gauche ou à droite.

Des promesses d’efficacité et quelques doutes.

Un concept original et innovant qui pourrait faire tâche d’huile.

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Une rame sera constituée de 4 voitures de 22 m de long chacune, 7,8 m de large et haute de 4,8 m. Selon l’ingénieur de Jinchuang chargé de leur construction, les trains dont un seul remplacera l’équivalent de 40 bus (1200 passagers), seront entièrement électriques, circuleront à la vitesse maxi de 60 km/h, économiseront annuellement 860 tonnes d’essence, éviteront 2600 tonnes d’émissions de gaz carbonique et pourraient réduire les embouteillages de 25 à 30%.

Les premières expériences dont les détracteurs disent déjà qu’elles seront trop courtes en distance testée et en temps, auront lieu en août sur un trajet de 2 km de long dans la ville balnéaire de Beidaihe à 250 km à l’Est de Pékin sur le golfe de Bohai. Les municipalités de Shijiazhuang (Hebei) et Wuhu (Anhui) ont également demandé des crédits pour développer ce système chez elles.

Cette nouvelle technique créative et originale est assurément séduisante - « pour une fois », dit un internaute, « nous Chinois sommes capables d’apporter une solution originale » - bien moins onéreuse que les traditionnels métros aériens ou souterrains.

Sera t-elle pour autant la solution aux engorgements de la circulation en Chine ? Les sceptiques se demandent comment l’adapter aux rues étroites et tortueuses des vieilles villes et si l’urbanisme du gigantisme aux vastes avenues impersonnelles qui en découle ne détruira pas la convivialité des cités commerçantes transformées en enchevêtrements de routes et voies de passage d’où les piétons seront exclus.

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Compte tenu du potentiel du marché automobile chinois – le taux moyen des véhicules privés dans les familles n’est encore que de 31% -, le BAB ne résoudra pas à lui seul à la quadrature du cercle de l’émancipation des Chinois et des embarras de la circulation attisés par tous les constructeurs de la planète faisant feu de tous bois pour augmenter leurs ventes.

Pour autant, s’il est vrai que la croissance des ventes se tasse, il est néanmoins impossible qu’elle stagne. C’est pourquoi il est probable que le BAB sera partie de la solution. Compte tenu de la généralisation des embouteillages urbains devenus partout des fléaux, il pourrait même faire tâche d’huile ailleurs qu’en Chine.

Voir la vidéo : China’s futuristic ’straddling bus’ is set for a test run in August

Notes :

[1Depuis 2009, la population urbaine a augmenté de 350 millions. Aujourd’hui 220 villes ont plus de 1 million d’habitants, contre seulement 35 en Europe. 8 mégalopoles ont plus de 20 millions d’habitants nécessitant de vastes infrastructures de transports et où la circulation automobile devient un sérieux casse-tête et une importante cause de pollution.


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