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›› Editorial

Le « Trans-Pacific Partnership – TPP - », nouvelle bévue stratégique américaine ?

En dépit des démentis américains, la Chine perçoit le TPP comme une manœuvre de la Maison Blanche destinée à freiner la montée en puissance de la Chine. Récemment Huang Wei, directrice de l’institut d’économie globale à l’Académie des Sciences Sociales a résumé la réaction chinoise en expliquant qu’il était inutile de s’effrayer (pâlir) à la seule évocation du tigre « 谈虎 变色 ».

La Chine a réagi de manière mesurée et sans polémique à la signature, le 5 octobre à Atlanta, du « partenariat trans-Pacifique – TPP - » par 12 pays riverains du Pacifique, en dépit du fait que, depuis plusieurs années les médias américains, souvent critiques de la Chine et, à l’occasion, la Maison Blanche elle-même, avaient présenté le projet comme une riposte aux pratiques commerciales douteuses des entreprises chinoises accusées de ne pas se conformer aux lois du marché et de transgresser le droit international des affaires.

Il est exact que la rigueur des conditions de participation imposées aux membres du traité avaient découragé la Chine d’y participer, alimentant les suspicions de Pékin que le projet était une manœuvre de Washington destinée à freiner l’expansion internationale de la Chine.

Entre 2012 et 2015 nombre de chercheurs chinois ont exprimé des vues identiques sur l’intention stratégique anti-chinoise. Parmi eux Di Dongsheng, n°2 du département d’études stratégique à Renmin affirme que les standards à la fois très élevés et irréalistes du TPP ne sont qu’une manière de promouvoir les intérêts économiques américains, ne laissant à Pékin aucune marge de manœuvre.

Pour les intellectuels chinois, le traité était présenté par Washington comme « à prendre ou à laisser ». Contraint et forcé, Pékin l’a laissé. Quel que soit l’angle de vue et nonobstant le bien fondé des critiques sur la manière chinoise de commercer, le radicalisme américain constitue, compte tenu de l’ancrage culturel, économique et stratégique de la Chine dans le Pacifique occidental, une bévue stratégique dont il serait imprudent de sous estimer les effets à terme. Pour l’heure, cependant, Pékin adopte un ton conciliant.

Une étonnante placidité chinoise.

Le 6 octobre, le Ministère du commerce a entériné la nouvelle en reconnaissant que le TPP était l’un des principaux traités de libre échange de la région. Ajoutant que la Chine était ouverte à tout mécanisme international respectueux de règles de l’OMC capable de stimuler l’intégration économique de l’Asie Pacifique, le communiqué espérait aussi que le partenariat développé sous l’égide de Washington serait complémentaire des autres traités de libre échange et participerait à l’augmentation des investissements et à la croissance de la zone.

Il y a plusieurs raisons à la placidité chinoise face à une manœuvre qui met pourtant en œuvre le volet commercial de la bascule des priorités stratégiques américaines vers le Pacifique occidental décidée en janvier 2012 et dont le but premier était quoi qu’en disent les diplomates américains, de faire pièce à l’influence de la Chine.

Connaissant les obstacles, y compris aux États-Unis, sur la route de la ratification par le Congrès où, même Hillary Clinton, vient d’exprimer son désaccord et anticipant les risques qu’au fil des accommodements, la rigidité intransigeante du traité s’effiloche, Pékin préfère attendre et voir, en argumentant sur son thème favori de la coopération économique « gagnant – gagnant » qui contraste avec la tendance querelleuse de Washington s’efforçant de tenir la Chine hors du traité.

La force irrésistible des traités commerciaux chinois.

En matière de traités de libre-échange, en Asie la Chine possède une importante avance sur les États-Unis. En 2015 son commerce avec l’ASEAN atteindra 500 Mds de $, tandis que 90% des exportations vers la Chine ne sont plus taxées par les douanes chinoises.

Surtout, en Asie Pacifique, s’agissant du libre échange, les États-Unis ont une longueur de retard sur Pékin déjà engagé par des traités collectifs ou bilatéraux avec nombre de pays de la zone. Le plus emblématique est celui avec l’ASEAN effectif pour les 10 pays de l’association depuis janvier 2015 avec l’admission du Laos, du Vietnam, du Myanmar et du Cambodge.

Son but, annoncé par Li Keqiang au 10e sommet d’affaires Chine – ASEAN en 2013 à Nanning, est de promouvoir les investissements, d’accélérer la baisse des taxes douanières et des barrières non tarifaires, de conclure des accords de long terme pour l’importation des produits agricoles et d’ouvrir le marché chinois aux meilleurs produits de l’ASEAN.

L’objectif affiché était de porter pour 2020 la valeur totale des investissements bilatéraux à 150 Mds de $ et du commerce bilatéral à 1000 Mds de $, soit une hausse de 150% par rapport à 2012. Déjà, l’objectif intermédiaire pour 2015, de 500 Mds de $ est en passe d’être atteint, résultat direct de la baisse des tarifs douaniers de 12,8% à 0,6 pour les exportations chinoises et de 9,8% à 0,1% pour les produits vendus à la Chine par l’ASEAN.

Mais l’intégration de la région orchestrée par Pékin ne s’arrête pas aux échanges commerciaux. Animé par une vision globale, le projet touche aussi à la « connectivité » de la zone par le développement des infrastructures de transport régionales – notamment le réseau de chemin de fer pan-asiatique – objet du projet Yi Lu Yi Dai – (une route une ceinture – one road one belt) (1) financé la Banque pour les investissement d’infrastructures portée à bout de bras par la Banque de Chine.

Il touche aussi au volet naval, avec la proposition de Pékin de créer une structure de coopération maritime Chine – ASEAN dont le but est de promouvoir les échanges entre les villes portuaires de la région appuyés par un fond de Coopération maritime de 3 Mds de Yuan (415 millions d’€).

Enfin, la vision chinoise s’est même intéressée à l’harmonisation financière, avec la mise en place d’un fonds de sécurité bancaire régional et la possibilité pour les pays de l’ASEAN d’acheter des obligations chinoises, le tout assorti des efforts de la Banque Centrale pour augmenter la valeur des échanges libellés dans les monnaies locales.

A côté des traités de libre échange avec l’ASEAN, Pékin en a signé d’autres avec la Corée du sud, la Nouvelle-Zélande, l’Australie, Singapour, le Chili et le Pérou. D’autres sont en discussion avec le Japon, les Maldives, le Sri Lanka et le Pakistan. Dans ce réseau commercial où l’on voit que la Chine a déjà poussé ses pions très en avant de la machine juridique américaine, deux traités signés avec les pays de la zone Pacifique méritent attention parce qu’ils ont été conclus avec des pays occidentaux, contredisant par là-même les raisons soulevées par Washington pour écarter Pékin du TPP. Il s’agit des accords conclus Nouvelle-Zélande (2008) et de l’Australie (2015).

Ce dernier semble même avoir été récemment conclu avec Canberra pour faire pièce à l’ostracisme de Washington au moyen d’un rapprochement commercial inédit avec l’un des grands alliés de l’Amérique qui n’a pas la même prévention contre le commerce chinois que la Maison Blanche.

Comportant des procédures de règlement de conflits, il ouvre aux hommes d’affaires australiens un accès sans précédent au secteur des services chinois et, surtout, accorde à Canberra le statut de la nation la plus favorisée. Ce qui signifie que, toutes les concessions tarifaires faites par la Chine à d’autres partenaires étant automatiquement accordées à l’Australie, les secteurs jusque là très protégés des finances, des assurances et de l’agriculture seront ouverts aux investissements australiens.

Note.

(1) « Yi Lu Yi Dai 一路一带 », contraction de « 丝绸路经济带 - sichoulu, jingji dai, une route de la soie et une ceinture économique ».


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