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›› Chronique

Les braises mal éteintes des rancoeurs sino-japonaises

En 2014 dans les rues de Tokyo une manifestion réclame la rupture des liens diplomatiques avec la Chine.


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Alors que les échanges sino-américains sont engagés sur des montagnes russes inédites dans l’histoire récente dont les secousses ont récemment été accélérées par les volte-face stratégiques de Donald Trump [1], la relation entre Tokyo et Pékin est sans surprise et par contraste sur une trajectoire presque uniformément de défiance réciproque.

Non pas qu’au cours des 72 années de l’après-guerre aucun homme politique chinois ou japonais n’ait tenté un apaisement des tensions. A la fin du XIXe siècle, avant même que les relations entre les deux rivaux ne s’enveniment pour longtemps [2], en Chine, un mouvement éclairé mené par Li Hongzhang avait, en 1871, signé avec le Japon le traité d’amitié et de commerce de Tianjin.

Après la longue nuit traversée par les atrocités nippones des deux guerres sino-japonaises (1894 et 1933-1945) avec les points d’orgue sanglants du sac de Nankin et de l’exécution de plusieurs centaines de milliers de prisonniers de guerre, compliqués par la non restitution à la Chine de l’ancienne colonie de Taiwan entérinée en 1951 par le traité de San Francisco signé en l’absence de Pékin, les initiatives de bonne volonté chinoises ne manquèrent pas.

Bonne volonté de Pékin.

Deng Xiaoping en visite à Pékin (octobre 1978). A sa gauche, le premier ministre japonais Takeo Fukuda.


*

A partir des années 50 les voyages et visites officielles des plus hauts dirigeants chinois se sont succédés au Japon ponctués le 29 septembre 1972 par le rétablissement des relations diplomatiques, suivi 6 ans plus tard par la visite au Japon de Deng Xiaoping lui-même, prélude au traité de paix et d’amitié, signé le 23 octobre 1978. Après quoi tous les dirigeants chinois, de Hua Guofeng à Wen Jiabao et Hu Jintao, en passant par Hu Yaobang Li peng, Zhu Rongji et Jiang Zemin firent le voyage à Tokyo.

S’ils y mettaient des conditions de « respect mutuel » et de « non-interférence dans les affaires intérieures », tous étaient animés par un désir sincère de développer les relations économiques, « de régler les différends par la négociation » et de tourner la page des querelles de l’histoire.

Exception dans cette longue continuité de visites à Tokyo, signalant que les tensions se crispent, les actuelles têtes de régime chinois, Xi Jinping et Li Keqiang, au pouvoir depuis bientôt 5 ans n’ont pas encore fait le voyage.

S’il est vrai que le n°1 chinois a rencontré le Japonais Shinzo Abe à Hangzhou en septembre 2016 lors du G.20 – la première fois depuis 17 mois -, où les deux firent la promesse d’augmenter les occasions de dialogue, il n’en reste pas moins que les querelles de souveraineté dans les mers de Chine de l’Est et du sud sont encore très loin de s’estomper.

Quant au Japon, il n’a pas été en reste pour tenter de soulager la mémoire des atrocités commises par les troupes nippones.

Notes :

[1Après la volte-face sur la politique d’une seule Chine, l’embellie de la rencontre au sommet et en famille en Floride fut brutalement embarrassée par la soudaine émotion des frappes en Syrie, violant sous le nez de Xi Jinping quelques heures après le dîner officiel, le principe chinois de non interférence. Pékin fut d’autant plus pris à contre pied qu’entre 2011 et 2014 la Chine opposa avec la Russie 4 vetos sur la question syrienne. Chaque fois le refus sino-russe s’opposait à une initiative américaine ou occidentale.

L’événement qui tournait le dos aux prudences du président Obama porta sans crier gare la relation de l’apaisement vers l’inquiétude, tandis que les dix derniers jours furent marqués par une extraordinaire succession de chauds et froids, la dernière tension en date étant l’angoisse provoquée à Pékin par les risques de montée aux extrêmes en Corée du nord dont l’intensité augmenta à mesure que s’approchait des côtes coréennes l’armada américaine de destroyers, de lance missiles et de sous marins autour du porte avions Carl Vinson.

[2Les racines des tensions plongent loin en arrière dans l’histoire des dynasties chinoises Ming et Qing aux prises à partir de la fin du XVIe siècle avec la volonté d’expansion militariste de Tokyo, accélérée par la victoire japonaise sur l’empire Mandchou en 1894 et dont le cycle dominateur se termina en 1945 par les deux frappes nucléaires du Hiroshima et Nagasaki.

Ces dernières mirent également fin à un demi-siècle d’occupation japonaise de Taiwan, cédée à Tokyo en 1895 par le traité de Shimonoseki, tribu que la Chine des Mandchou eut à payer au Japon pour prix de sa défaite.


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