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Les chimères d’un traité de paix. Le poids de Washington

[17 novembre 2011] • Jean-Paul Yacine

Les contradictions taïwanaises et les inquiétudes de Pékin.

En avançant, même avec beaucoup de prudence, sur le terrain du Traité de Paix alors que les présidentielles sont en vue, Ma Ying Jeou qui, à l’évidence, semble répondre aux souhaits de Pékin de dépasser les questions économiques et commerciales pour aborder le sujet plus sensible du statut de l’Ile, « prend le risque politique des attaques du Parti Indépendantiste qui l’accuseront de brader l’Ile à la Chine » (Georges Tsai Wei professeur de sciences politiques à l’Université Culturelle (Wenhua Daxue)).

La sensibilité du sujet vient d’ailleurs d’être soulignée par Andrew Yang, vice-ministre de la défense de l’Ile, qui précisait, le 9 novembre dernier dans un discours au Center for Strategic and International Studies (CSIS) à Washington, que Taïwan n’avait pas encore de feuille de route pour un traité de paix, mais que la fin des menaces militaires de Pékin contre l’Ile serait un premier pas indispensable. « Comment pouvons nous envisager un traité de paix, quand nous ne voyons aucun geste de paix ? ».

La stratégie de Pékin est connue. Elle vise à contourner les blocages politiques par le resserrement des liens économiques et commerciaux au point que la proximité d’affaires entre les deux rives deviendrait le moteur obligé du rapprochement politique et d’une réunification rampante.

Rien ne dit que le Parti ne parviendrait pas à ses fins dans un contexte où les nouvelles générations de Taïwanais sont aujourd’hui moins réticentes à la perspective d’un rapprochement avec la Chine que leurs aînés, tandis que leurs premières préoccupations restent la hausse du niveau de vie et la réduction du chômage des jeunes, que l’explosion des affaires entre les deux rives peut précisément contribuer à favoriser.

Il ne fait pas de doute que c’est à cette mouvance plus jeune, plus pragmatique et moins crispée, dont le vote reste à prendre, que s’adressait le message d’apaisement de Hu Jintao, sur fond de nationalisme chinois. En cas de victoire du KMT, il faut d’ailleurs s’attendre à l’alourdissement des pressions contre Taïwan pour l’ouverture de négociations politiques, un épouvantail pour l’opinion publique taïwanaise.

Il reste que, tout en souhaitant ardemment la réélection de Ma Ying Jeou – le 6 mai dernier, rencontrant à Chengdu Wu Poh-siung ancien dirigeant du KMT, Jia Qinglin appelait les Taïwanais à voter pour la « bonne personne en vue de préserver la stabilité des relations dans le Détroit » -, Pékin, qui constate avec amertume que le pourcentage de soutien populaire à la réunification n’a pas augmenté dans les sondages, et que la cote de l’indépendantiste Tsai est au plus haut, étudie soigneusement ses réactions en cas de défaite de Ma.

Même si la nouvelle direction du DPP a indiqué qu’elle ne se ferait pas l’avocat de l’indépendance avec autant d’agressivité que Chen Shui-Bian, il est probable que les progrès de l’Accord Cadre seraient compromis. Il est vrai que le DPP a mis à l’étude, dans un « Think Tank » spécialement créé à cet effet, sa nouvelle stratégie à l’égard de Pékin. Dans ce cadre, Tsai explique « qu’une fois au pouvoir, son parti tenterait d’établir des relations de long terme avec la Chine, dans un esprit ouvert et pragmatique ; espérant que Pékin ferait de même ».

Il reste que son rôle passé dans le cabinet de Lee Teng Hui, l’ancien président, transfuge du KMT, devenu le plus emblématique défenseur de l’identité taïwanaise et de d’indépendance de l’Ile, la rend éminemment suspecte aux yeux de Pékin. Précisons au passage que cette ascendance ne rassure pas non plus Washington. (Voir notre article).

En cas de victoire du DPP, la marge de manœuvre de Tsai, sera étroite, tout comme celle du Parti Communiste, confinée dans le contraste irréductible d’une conception des relations dans le Détroit irréconciliable avec celle de Pékin. C’est pourquoi le ralentissement des négociations commerciales avec, peut-être, le retour des tensions serait l’hypothèse la plus crédible.

A l’approche des élections présidentielles, les deux candidats cherchent la meilleure voie et le discours le plus pertinent entre, d’une part les soucis domestiques liés au chômage, aux salaires, à la justice sociale aux écarts de revenus et aux questions d’environnement, et d’autre part, la question lancinante de l’identité de l’Ile face à la Chine.

Mais le sujet d’un traité de paix enfermé dans le cul de sac des positions arc-boutées du DPP, du Parti Communiste Chinois et du KMT, renvoie aussi aux relations entre Pékin et Washington, mentor historique de l’Ile, de plus en plus impliqué dans un duel stratégique d’ampleur globale avec la Chine qui s’exprime aujourd’hui très vivement dans la zone Asie – Pacifique.


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