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Les grandioses projets planétaires de 国家 电网

Le 30 mars, lors d’une conférence sur l’énergie à Pékin, Liu Zhenya PDG du groupe public Guojia Dian Wang a répété sa vision globale déjà formulée à la COP 21 à Paris, de construire un réseau planétaire de transport d’électricité, clé de l’accès global aux énergies propres. Pour lui les obstacles ne sont pas techniques. Ils résident dans la manière de penser.

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A la suite du nouvel engouement global de la direction politique qui décline sur tous les tons et toutes les formes sa grande vision de l’économie chinoise projetée vers le grand large matérialisée par les projets Yi Dai Yi Lu一带 一路, la puissante compagnie nationale de distribution d’électricité Guo Jia Dian Wang 国家 电网 公司 (1 500 000 employés, dont le réseau alimente 26 provinces et 88% du territoire chinois) [1], déjà très investie au Portugal, en Italie, au Brésil en Australie et en Asie, propose depuis l’automne la formidable ambition d’un réseau global et coordonné de distribution d’énergie.

Selon Liu Zhenya, son PDG, qui s’exprimait le 30 mars à une conférence internationale sur l’énergie à Pékin, la globalisation coordonnée de la distribution d’énergie serait le moyen le plus efficace pour lutter contre les pénuries d’électricité et réduire les pollutions en connectant la planète aux sources d’énergie renouvelables de l’éolien et du solaire.

Développé d’ici 2050 l’hyper-projet qui serait la plus vaste entreprise d’infrastructure jamais tentée dans l’histoire des hommes, nécessiterait 50 000 milliards de $ d’investissement soit 2 fois plus que les PIB ajoutés de la Chine et des États-Unis. Mais, dit Liu, il permettrait de relever le triple défi mondial de la pénurie d’énergie, de la pollution et du changement climatique.

Il est vrai que les échéances à 3 décennies posées par Liu Zhenya sont lointaines, que la somme des investissements envisagée est monstrueuse, tandis que le projet d’amplitude globale paraît grandiloquent.

Mais on aurait tort de sous estimer la capacité industrielle et technologique de la Chine à se tailler une part importante du marché mondial du transport de l’électricité. Guojia Dian Wang développe en effet actuellement sur son très vaste marché national de l’énergie un puissant réseau de transport d’électricité à très haut voltage dont les techniques lui confèrent un temps d’avance dans la compétition mondiale.

Les normes chinoises vecteurs de l’expansion globale de Dian Wang.

Une étude du Paulson Institute sur le sujet publiée en avril 2015 affirme que l’expérience technique de Dian Wang et son implication dans le secteur de la distribution électrique longue distance en Chine met la société en mesure de définir les standards internationaux du transport global de l’énergie où, pour l’instant, aucune norme n’a été fixée. Dans ce contexte, les coopérations internationales en cours citées plus haut sont un premier pas vers l’internationalisation des normes chinoises qui placent déjà le groupe chinois en position très favorable sur le marché mondial.

La stratégie internationale de Dian Wang consistant à réduire le coût des droits de propriété de ses technologies de très haut voltage mises en point grâce à son expérience domestique vise clairement à favoriser la diffusion globale des normes chinoises dont l’omniprésence sur le marché mondial lui conférera un avantage face à ses concurrents européens ou américains.

D’autant que la maîtrise technologique croissante des compagnies chinoises prouve les progrès de la R&D dans un secteur où la Chine n’est plus seulement dans la captation de technologies mais est devenue un pôle innovant. Il est évident que la diffusion à grande échelle des procédés mis au point par Dian Wang pourrait avoir pour premier effet direct de tenir les concurrents aux marges du marché et de favoriser l’application des standards chinois.

En Chine, le développement et les essais de standardisation des technologies de distribution à très haut voltage sont entrés dans leur 3e phase qui inclut la mise en place d’ici 2020 de « smart grids » - réseaux de distribution intelligents –.

Les 2 premières phases avaient débuté en 2009 appuyées par de puissants financements de R&D pour la mise au point d’équipements de sécurité et de régulation, la création de réseaux pilotes et l’établissement d’un plan de masse du réseau général. Au cours de la période 2009 – 2015, Dian Wang a investi plus de 100 Mds de $ dans la définition des standards de la très haute tension en courant alternatif ou continu et dans la mise au point d’un système de « smart grid » qui bénéficia de 43 Mds de $ d’investissements.

La 3e phase qui court avec le 13e Plan devrait, grâce à un investissement de 31 Mds de $ alloués par l’État à la compagnie d’électricité du Xinjiang, filiale de Dian Wang, permettra le développement d’un « smart grid » du Grand Ouest connecté au Pakistan et à d’autres voisins asiatiques. Dian Wang consacrera aussi plus de 36 Mds de $ pour continuer le développement de la très haute tension.

La riche expérience brésilienne.

Visite de Li Keqiang au Brésil en mai 2015. Dans ce pays la Chine est de loin le premier investisseur dans le secteur du transport d’énergie.

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Contrairement à d’autres secteurs high-tech où les groupes chinois sont souvent à la traîne, Dian Wang avance dans un domaine où les normes globales tardent à émerger et encore assez mal défriché par les grands concurrents que sont l’Allemand Siemens, le Suisse ABB, le Japonais Toshiba et le Français Alstom devenu américain en 2014 [2]. C’est dans ce contexte assez favorable où elle a l’opportunité de s’imposer globalement qu’elle affine son expérience par une très intense coopération avec le Brésil.

En 2010, Dian Wang qui voyait loin, avait acheté pas moins de 7 compagnies d’énergie brésiliennes et obtenu un contrat de 30 ans pour acheminer le courant vers les régions sud-ouest du pays. Avec un investissement de 17 Mds de $, un consortium sino-brésilien dirigé par Dian Wang estn depuis février 2014, engagé dans la construction du barrage de Belo Monte sur l’Amazone dont la puissance installée sera de 11 GW qui fera de lui le 3e barrage au monde après le barrage chinois des Trois Gorges et celui d’Itaipu au Brésil.

Dian Wang est en charge d’acheminer l’énergie sur une distance de 2100 km par des lignes qui connecteront les États de Para au nord et de Minas Gerais au sud jouxtant Sao Polo, alors que le Brésil est devenu une des plus importantes cibles des investissements étrangers chinois dans le secteur du transport de l’énergie.

Compte tenu de la situation ouverte du prix de l’énergie au Brésil, l’affaire pourrait rapporter au consortium qui installe des lignes à très haut voltage, un retour sur investissements de 19,8% près de 3 fois plus importants qu’en Chine où le prix de l’énergie est contrôlé. Il est évident que ces expériences ouvrent aux ingénieurs chinois l’opportunité de jouer un rôle central dans les études préliminaires, la planification, l’ingénierie et la construction des lignes à très haute tension.

Ce qui ne signifie pas que le chemin planétaire de Dian Wang sera protégé de la concurrence. Siemens par exemple qui a participé au réseau chinois sur des lignes de la province de Canton, a déjà construit 20 000 km de lignes à 245 000 volts et 10 000 km de lignes à très haute tension. Le groupe allemand est aussi chargé d’un projet à 600 000 volts connectant l’Écosse à l’Angleterre.

ABB présent sur le marché chinois depuis 1974 où il avait vendu pour plus de 5 Mds d’équipements seulement en 2012, a fourni le premier transformateur de 800 000 volts pour la ligne Sichuan – Shanghai (2000 km). Un autre contrat est en cours pour 150 millions d’équipements comprenant des valves de convertisseurs et des condensateurs pour la ligne Yunnan – Zhejiang.

Mais le fait est que la Chine est aujourd’hui en tête pour les technologies de transport de courant alternatif à très haut voltage. Il est peu probable que cette tendance s’inverse.

Notes :

[1Le groupe State Grid Corporation of China (SGCC ou 国家电网公司 - Guojia Dianwang) est né en 2002 de la séparation de la Compagnie Nationale d’électricité 国家 电力 公司 en 2 groupes distincts la State Grid 国家 电网 et la 中国 南方 电网。Aujourd’hui le groupe Dian Wang est le 3e mondial par ses effectifs et le 7e par son chiffre d’affaires, estimé à 265 Mds de $.

[2Les groupes étrangers coopèrent en Chine avec Dian Wang. 2 exemples parmi d’autres : Siemens a coopéré avec Xinjiang Group, filiale de DW pour des recherches sur la sécurité du réseau. Toshiba a fourni des sous stations à isolations gazeuses pour des lignes à 1 million de volts à la filiale de Dian Wang Pinggao Group. Aujourd’hui, les spécialistes considèrent que la Chine est capable de produire elle-même 90% des équipements alternatifs et 70% des équipements en courant continu.


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