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Li Keqiang en Europe et en France. Bilan, grandes promesses et quelques non dits

Li Keqiang a promis à Jean-Claude Junker que la Chine soutiendrait les efforts de la Commission pour relancer l’économie européenne. Mais sur la question grecque il resté prudent et s’en est logiquement tenu aux accords bilatéraux avec Athènes.

Du 28 juin au 2 juillet le premier ministre Li Keqiang est revenu en Europe occidentale vers des parages qu’il connaît bien puisque pas plus tard qu’en janvier dernier il était en Suisse, alors qu’à l’automne précédent il visitait l’Allemagne, la Russie et l’Italie. Son voyage faisait suite à sa visite officielle à Londres et à Athènes à l’été 2014. Depuis sa nomination, il y a deux ans, c’est son 7e voyage en Europe. Cette fois, l’argument était le 17e sommet UE – Chine à Bruxelles et la réciproque du voyage de son homologue français Manuel Vals en Chine à la fin janvier.

Toujours souriant et sans aspérités, scrupuleusement motivé par l’idée que le développement des affaires est un adjuvant efficace des équilibres stratégiques, Li Keqiang vient de réaliser à Bruxelles et à Paris une performance très positive dans un contexte où l’Europe et la France, assaillies par les doutes de la crise grecque, se languissaient de perspectives optimistes. A côté du succès des accords et des belles perspectives de coopération, les arrière-pensées n’ont cependant pas manqué.

Bruxelles : vastes projets sur fond de frustrations.

A Bruxelles, Li Keqiang qui était accompagné de près de 200 chefs d’entreprises (dont Li Huidi, Shi Lirong, Song Zhiping, Liu Yonghao, Xu Niansha, respectivement PDG de China Mobile, ZTE, China Building Material Group, New Hope - agroalimentaire – et du groupe Poly – commerce, immobilier, investissements, finances, armement -), a manifesté le vif intérêt des sociétés chinoises de construction pour les projets du fond européen d’investissements stratégiques (353 Mds d’€ destinés en partie aux infrastructures) discutés au sein de la plateforme financière sino-européenne en phase avec les intentions des « nouvelles routes de la soie ».

L’affaire prend un sens particulier au moment même où, le 29 juin, était inaugurée la Banque Asiatique pour les Investissements d’infrastructures (56 pays, 100 Mds de $ de fonds, dont 35% chinois), nouvel outil qui exprime clairement les intentions chinoises de projection d’influence et de puissance vers l’Asie et l’Europe. En arrière plan, la réactivité chinoise aux quêtes de capitaux européennes et françaises, avait également pour but de contrebalancer les projets du pacte transatlantique américain, sur fond d’inquiétudes face à la crise grecque.

Comme beaucoup en Europe, Li Keqiang craint qu’une sortie de la Grèce de l’Euro et peut-être de l’UE n’allume la mèche lente de la désagrégation de l’UE avec laquelle Pékin a noué des relations d’autant plus riches que le Vieux Continent constitue un pole de stabilité avec qui la Chine n’a pas de controverses stratégiques majeures.

En attendant, alors qu’avec la rebuffade du référendum grec se profile le fantôme d’un échec du montage bureaucratique de l’UE, Pékin sera encore plus tenté d’approcher l’Europe par pays séparés, en contournant Bruxelles. Interrogé sur les disponibilités chinoises à aider la Grèce, Li Keqiang a d’ailleurs laissé entendre que Pékin s’en tiendrait pour l’instant à ses projets bilatéraux avec Athènes - investissements dans les terminaux du Pirée, dans les aéroports d’Athènes et de Kasteli – Crète – et dans le port de Tymbaki, également en Crète et liaison ferrée Grèce – Europe Centrale et orientale -.

Les achoppements de l’embargo sur les armes

et du statut « d’économie de marché ».

A Bruxelles, planaient aussi deux anciennes causes des frustrations chinoises face à l’Europe qui renâcle toujours à lever l’embargo sur les ventes d’armes et ne reconnaît pas à la Chine le statut d’économie de marché, tandis que les négociations du traité commercial entre Pékin et Bruxelles piétinent.

Les enjeux sont connus : sur les ventes d’armes, la sanction qui date de 1989 est progressivement devenue un interdit destiné à protéger les technologies de défense américaines et occidentales et à riposter aux menaces des missiles chinois contre Taïwan.

Quant à l’attribution du statut d’économie de marché, elle priverait les pays de l’UE de la possibilité de taxer le « dumping » chinois. Parmi les groupes de pression les plus réticents à ouvrir sans restriction l’Europe aux exportations chinoises on compte les aciéristes européens tels Arcelor Mittal et Thyssen Krupp qui, en cas de levée des barrières douanières devraient faire face à la vague des aciers chinois à prix cassés.

Face à la Chine, l’Europe est divisée.

Mais en dépit des réticences des pays du sud moins favorables à une plus grande ouverture du marché européen aux produits chinois, les conditions pourraient changer à l’approche de la date butoir de fin 2016, à laquelle les accords entre Pékin et l’OMC de 2001 stipulaient que le statut d’économie de marché serait automatiquement accordé à la Chine.

Pour l’heure, les juristes de Bruxelles se sont déclarés favorables à la levée des barrières. La décision appartient à la Commission et à la nouvelle responsable du commerce, Cecilia Malmstrom. Il y faudra aussi l’approbation du parlement européen dont les avis sur la question restent partagés.

Au sud, les députés français, espagnols et italiens sont en général en faveur de la fermeté douanière. Au nord, la Belgique, les Pays Bas et le Royaume Uni privilégient l’ouverture à la Chine. Dans cette incertitude, la position de l’Allemagne sera déterminante. Alors que, par le passé elle était favorable aux taxes pour lutter contre l’invasion des produits chinois à bas prix, depuis plusieurs années, confortée par l’équilibre de son commerce avec la Chine, alors que l’UE accuse un déficit de plus 120 Mds d’€, elle évolue aujourd’hui vers plus de souplesse, essentiellement pour préserver la spectaculaire croissance de sa part du marché chinois dans les secteurs de l’automobile de luxe et des machines outils, génératrice de plus d’un million d’emplois en Europe et en Allemagne.

Dans un contexte où le commerce Chine – UE atteint 550 Mds d’€, Li Keqiang interviewé par le Financial Times en marge du sommet Bruxelles, a attribué l’anomalie des faibles investissements bilatéraux Chine – Europe évalués à moins de 20 Mds d’€ à la persistance des barrières commerciales européennes. Il a notamment précisé qu’un bon accord sur les investissements que la Chine attend toujours, créerait des opportunités pour les deux parties et un arrière-plan bénéfique favorable à une coopération plus riche, dans un contexte où « les échanges commerciaux avec l’UE atteignent 1,5 Mds d’€ par jour. »


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