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›› Editorial

Limites et risques politiques de la guerre contre les féodalités

Le siège de CCTV à Pékin.

Le 9 juillet, une émission de la chaîne économique de la télévision d’État accusait de blanchiment d’argent et d’évasion de capitaux la Bank of China, dont le PDG est Tian Guoli, très proche de Wang Qishan.

En février 2012, cosignant avec la Banque Mondiale le rapport « China 2030, Building a Modern, Harmonious, and Creative Society », le centre de recherche du Conseil des Affaires d’État se préparait, sous l’impulsion de Li Keqiang à la bataille pour les réformes socio-économiques après le 18e Congrès. Côté chinois, le principal maître d’œuvre de ce travail était Liu He, aujourd’hui membre du Comité Central, n°2 de la Commission Nationale pour Réforme et Développement et proche collaborateur de Xi Jinping et de Li Keqiang.

En tête des 6 recommandations du rapport qui concernaient l’innovation, les énergies vertes, le système financier, la sécurité sociale et un encouragement à mieux intégrer la Chine dans le système international, il y en avait une qui fait écho aux actuelles tensions qui traversent la société et la politique chinoises confrontée au défi d’un modèle de développement aujourd’hui essoufflé : « Mettre en œuvre des réformes structurelles pour consolider les bases de l’économie de marché en réajustant le rôle de l’État ; en réformant et en restructurant les grandes entreprises et les banques publiques ; en développant le secteur privé ; en favorisant la compétition ; en accentuant la réforme du foncier, du marché du travail et du secteur financier ».

En rédigeant cette intention, les signataires savaient qu’ils s’attaquaient aux féodalités retranchées derrière une longue série d’intérêts acquis, principaux obstacles aux réformes. La difficulté avait même été clairement explicitée aux pages 65, 66 et 67 du rapport : « des groupes, qui profitent de rentes de situations découlant de leurs relations privilégiées avec les décideurs politiques protègeront résolument leurs intérêts grâce à leur pouvoir, leurs ressources et leurs connexions. » Dans la foulée l’analyse qui insistait sur l’importance d’une détermination sans faille du pouvoir, conseillait de « mettre sur pied une puissante commission pour la réforme, ayant l’appui des plus hautes autorités ».

La recommandation a été appliquée à la lettre et annoncée lors du 3e Plenum de novembre 2013 : le Président de la République Xi Jinping lui-même, n°1 du Parti, prenait la tête d’un « groupe dirigeant » en charge de « définir les grands axes des réformes, de les mettre en œuvre, de les coordonner, de vérifier et d’en stimuler l’application » (Xinhua). Depuis le début de l’année 2014, cette stratégie qui vise à rabaisser le rôle et le pouvoir des grands féodaux est en marche contre les grandes Banques et les entreprises publiques.

Mais rien n’est simple. Le rapport de la Banque Mondiale mettait en particulier en garde contre les effets pervers des réformes dont l’un des plus dangereux serait l’exacerbation des luttes politiques entre les clans et les institutions soucieuses soit de protéger leurs intérêts, soit de tirer profit des bouleversements en cours pour augmenter leur audience et si possible leur pouvoir dans l’appareil.

Ces luttes, conséquences des rivalités ont peut-être récemment percé la surface opaque du régime au travers d’un incident qui, vu de l’extérieur, donne le sentiment au moins d’un sérieux cafouillage, au pire d’un règlement de comptes. L’épisode bouscule en effet l’habituelle discrétion du Parti quand il s’agit de mettre en cause les vieilles institutions du régime. S’il est vrai que la campagne contre la corruption cible nommément des personnalités de plus en plus élevées et puissantes, il est rare qu’un organisme qui figure au cœur même du pouvoir et de l’histoire de la Chine depuis la chute dynastique soit publiquement mis en cause par une autre institution, elle-même directement rattachée au système.

Au-delà de son caractère insolite dont l’information publique ne laisse paraître que la surface des choses, l’incident renvoie aux difficultés et aux risques d’une répression dont les références ne sont pas le Droit mais la morale et le dogme du rôle dirigeant du Parti.


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