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Livre Blanc sur le Tibet

Ceux qui en Chine et à l’étranger espéraient que Pékin serait disposé à amender sa politique tibétaine et à dialoguer avec le Dalai Lama après les émeutes à Lhassa et les troubles dans les provinces limitrophes du printemps dernier seront une fois de plus déçus. Le Livre Blanc sur le Tibet publié le 25 septembre dernier par le bureau des informations du Conseil d’Etat - c’est le 7e du genre - expose dans le détail les efforts consentis par la Chine pour mettre fin au régime théocratique, éradiquer le servage, développer la province et protéger la culture et la religion tibétaine, qualifiées de « joyau du patrimoine culturel chinois et mondial ». L’intention est claire : prendre le contre-pied des déclaration du Dalai Lama qui répète inlassablement que la Chine s’est livrée au Tibet à un « génocide culturel ».

Mais beaucoup plus un document de propagande, qu’une véritable source d’information objective, le Livre Blanc laisse dans l’ombre des pans entiers de la réalité.

S’il est vrai que Pékin a en partie démantelé la théocratie féodale organisée autour des temples lamaïques qui tenaient sous le boisseau une population arriérée et asservie, il est aussi un fait que le PC, qui a accumulé une remarquable collection d’erreurs, notamment pendant le « Grand Bond en Avant » et la « Révolution Culturelle », n’a pas réussi à rallier à son projet de modernisation du Tibet la majorité de la population tibétaine. Après une courte période d’ouverture qui dura de 1949 à 1955, la brutalité des cadres communistes animés par une véritable frénésie destructrice, qui visait à « éradiquer les superstitions », a poussé à l’exil près de 100 000 Tibétains derrière le Dalai Lama, lui-même accompagné de 10 000 moines.

Dans cette période de folie anti-religieuse 2400 temples ou monastères ont été détruits ou fermés, les religieux ont été humiliés, les statues du Bouddha détruites, les moines et les nones forcées de se marier, les peintures sacrées utilisées pour confectionner des chaussures, tandis que les récalcitrants étaient martyrisés jusqu’à épuisement. Aujourd’hui encore, selon Wang Lixiong, spécialiste des minorités et de la question tibétaine, la liberté religieuse n’est respectée que superficiellement. Toutes les activités des monastères sont étroitement contrôlées et les relations entre eux interdites, comme le sont les manifestations religieuses hors des temples. Le nombre de moines reste contingenté, tandis que les Han sont dissuadés de se lancer dans l’étude du Bouddhisme. Ceux qui résistent sont durement persécutés dans un climat où, toujours selon Wang Lixiong, la politique de discrimination menée par le régime qui vise à une désorganisation de la société monastique constitue « une menace mortelle pour le bouddhisme lamaïque ».

Depuis le milieu des années 50, la volonté du pouvoir de contrôler la religion tibétaine se traduit aussi par l’intervention incessante du Parti dans la nomination du Panchen Lama. Aujourd’hui la succession du Dalai Lama elle-même est au centre d’une controverse au point que le chef religieux tibétain songe à désigner un successeur avant sa mort pour déjouer les intentions de Pékin qui envisage d’installer à Lhassa un chef religieux à sa botte.


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