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Main basse politique sur l’information et Internet pour protéger le Parti

Le 4 décembre 2014, à Chongqing des juges prêtaient serment lors de la première journée nationale de la constitution décrétée par l’ANP. Dans son discours, le Président Xi Jinping avait réaffirmé, ce qu’il fait chaque année, « qu’aucune organisation ni aucune personne ne pouvait prévaloir sur la constitution et la loi ». Pourtant la rhétorique du pouvoir reste toujours articulée autour de la prévalence du Parti unique qui tolère mal les critiques et auquel le système judiciaire est subordonné. China Foto Press via Getty Images.

Plus de deux ans après son accession au pouvoir la nouvelle équipe démontre de plus en plus clairement que ses idées réformatrices concernent exclusivement la sphère socio-économique et l’éthique du Parti.

Sur fond de violentes attaques tous azimuts contre les corrompus de tous niveaux et au risque de générer une lutte de clans, la direction politique du régime tente de réformer à la fois les finances et l’appareil productif pour augmenter l’efficacité du capital et du travail, en des temps où les dépenses publiques augmentent très sérieusement, attisées par les défis sociaux, l’urbanisation, l’intégration des migrants, à quoi s’ajoutent la lutte contre la pollution et le stress hydrique au nord du pays.

Xi Jinping ne sera pas le « Gorbatchev chinois »

Mais l’esprit d’ouverture qui préside à la modernisation du système financier et à celle des conseils d’administration des groupes publics sommés de se mesurer à la concurrence, se réduit très sérieusement dès qu’on aborde les dangereux rivages de la sphère politique. A ses approches sensibles, un seul mot d’ordre qui court de haut en bas du système : protéger le Parti. Xi Jinping et son équipe ne seront pas les « Gorbachev chinois ».

Dès lors la route est toute tracée : la démocratie restera confinée dans les limites étroites du « socialisme aux caractéristiques chinoises », réduite aux débats contradictoires strictement internes au Parti bordés par la Commission de la propagande.

La justice qui à Shenzhen - lieu symbolique de la réforme - tente une expérience inédite de jury populaire, sera certes protégée des intrusions intempestives des cadres locaux ou des abus qui privent les accusés de leur avocat. Mais elle restera soumise in fine à la Commission des Lois du Parti et à ses représentants locaux, le critère de la sélection des juges restant non seulement la compétence légale, mais également et surtout la loyauté au Comité Central.

Tenir à distance les influences hostiles.

L’exigence de protéger le Parti apparaît très ostensiblement aujourd’hui dans les efforts redoublés de la machine politique pour tenir à distance toute information et influence critiques, notamment celles venant de l’Occident. Ainsi se développe une campagne d’une envergure exceptionnelle pour tenir sous le boisseau les médias et recadrer idéologiquement le système éducatif et les scientifiques, des écoles primaires aux grandes universités en passant par les centres de recherche accusés de se laisser influencer par des « idées hostiles ». L’offensive la plus visible et celle à laquelle la nouvelle classe moyenne, la jeunesse et la communauté des expatriés est la plus sensible, frappe Internet dont l’ouverture et la réactivité se sont récemment effondrées.

Tout se passe comme si, insensible aux diverses protestations des artistes, chercheurs, entrepreneurs scientifiques et hommes d’affaires dont le travail exige une connexion extérieure et qui se plaignent d’une régression, le Parti tentait de séparer le web chinois du monde extérieur. Lu Wei, ministre sans état d’âme de l’administration du net et grand maître des blocages de la toile l’avait d’ailleurs répété lui-même en novembre dernier lors de la conférence mondiale sur internet organisée à Wuzhen, au sud de Shanghai.

Expliquant les raisons qui avaient poussé Pékin à interdire certains portails étrangers, il avait marqué sans nuance que, si la Chine n’avait pas les moyens de changer les utilisateurs de l’espace internet global, elle se réservait le droit de choisir ceux qu’elle autorisait à opérer chez elle. Le tout était appuyé par une prise de position très populiste : « A ceux qui s’enrichissent sur le dos de la Chine et des Chinois nous avons choisi de dire non ». Selon les dernières statistiques disponibles il y a dans le monde plus de 3 milliards d’internautes, dont 642 millions se trouvent en Chine. Il s’agit de la plus forte concentration d’utilisateurs du web. Mais, comparé à la population totale, le chiffre place seulement la Chine au 92e rang.

Un pari risqué.

Pour l’heure, la grande majorité des internautes chinois n’a pas d’autre exigence que l’utilisation des réseaux sociaux autorisés par la censure, les achats ou les jeux en ligne à quoi s’ajoutent les informations soigneusement triées disponibles sur Baidu, version locale de Google, dont les démêlés avec le système politique chinois datent de 2010.

Il est clair que, dans la bataille pour se protéger des pollutions extérieures diffusées par la toile mondiale, le Parti compte sur la modestie des attentes de la masse chinoise. Compte tenu des pressions exercées globalement par le net, notamment sur la jeunesse, c’est un pari risqué.

Après une introduction rappelant la mise au pas du Nanfang Zhoumo qui fut un des symboles de l’information libre articulée autour d’enquêtes critiques documentées, cette note fait le point des pressions de plus en plus lourdes exercées par l’actuel Bureau Politique pour recadrer la pensée politique et contrôler l’information, les médias et internet.


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