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Mémoires d’outre tombe de Zhao Ziyang
[13 octobre 2011] • François Danjou
Voilà un livre en français qui intéressera ceux qui se préoccupent des arcanes compliqués de la politique chinoise et cherchent à mettre les situations perspective.
Il s’agit des mémoires posthumes de Zhao Ziyang, réformateur emblématique de la Chine sous l’ombre portée de Deng, d’abord Premier Ministre de 1980 à 1987, puis Secrétaire Général du Parti de 1987 à 1989, avant d’être destitué et placé en résidence surveillée jusqu’à son décès. Elles furent publiées en Anglais et en Chinois en 2009 – 4 ans après sa mort -, sous le titre « Prisoner of the State, the secret journal of Zhao Ziyang ». Elles sont aujourd’hui traduites en français et publiées aux éditions du Seuil sous le titre « Zhao Ziyang, Mémoires ».
L’éternel dilemme de la Chine moderne : entre réaction et ouverture.
Fermement opposé à la répression de Tian An Men, Zhao fut limogé par Deng Xiaoping quelques jours avant l’intervention de l’armée, le 4 juin 1989. Il est important de noter que Deng, présenté par Zhao Ziyang, non pas comme un acteur direct, mais comme un parrain bienveillant tenté par la répression, et qu’il n’hésite pas à fustiger pour son inertie face aux conservateurs, avait déjà limogé Hu Yaobang en 1987, un autre réformateur convaincu.
Ces péripéties, souvent oubliées, renvoient à la fois aux hésitations et au pragmatisme du Petit Timonier. Ce dernier savait bien – il l’avait d’ailleurs écrit sans cependant aller trop loin dans cette analyse – que le Parti, s’il voulait survivre, serait contraint d’accepter des réformes politiques. C’est peut-être la raison pour laquelle, il avait coup sur coup désigné deux réformateurs pour occuper le pouvoir suprême.
Mais la souplesse et le discernement de Deng, qui fut lui-même victime du chaos de la révolution culturelle ayant failli détruire le Parti, étaient contrebalancés par sa crainte des désordres, son obsession de stabilité, et son penchant pour la dictature. Sur ce terrain, il bénéficiait de l’appui des conservateurs qui pesèrent de manière déterminante pour mettre un terme à l’ouverture politique, dans un environnement international très menaçant, marqué par les inquiétantes prémisses de la chute du mur de Berlin, puis du Parti Communiste de l’Union Soviétique.
La photo de couverture archi-connue de l’édition française, prise alors que le Secrétaire Général négociait avec les étudiants à Tian An Men, mérite attention car, à la gauche de Zhao Ziyang, on aperçoit l’actuel Premier Ministre Wen Jiabao, alors secrétaire de Zhao. Wen Jiabao, dont le discours réformiste a jalonné la scène politique pendant toute l’année 2010, a en effet ceci de particulier qu’il était proche des deux grandes figures de la réforme politique limogées par Deng Xiaoping : Hu Yaobang (destitué en 1987) et Zhao Ziyang, placé en résidence surveillée en 1989.

Que Wen Jiabao soit resté en lice après l’éviction de Hu Yaobang, son mentor, et qu’il ait également survécu à l’élimination de Zhao Ziyang est d’abord la preuve d’une longévité politique exceptionnelle. Il fut en effet le seul Directeur du Bureau des Affaires générales du Parti à avoir servi trois Secrétaires Généraux aussi différents que Hu Yaobang et Zhao Ziyang, deux réformateurs audacieux et Jiang Zemin l’apparatchik autoritaire qui, avec Zhu Rongji, entreprit de rénover l’économie en bloquant toute ouverture politique.
La présence de Wen Jiabao au poste de Premier Ministre pendant 10 ans (2002 – 2012) est aussi le signe de la tendance dichotomique du Parti et de la pérennité des idées réformatrices, dans un contexte aujourd’hui de plus en plus marqué par la tentation d’un repli conservateur.
La nomenklatura est en réalité partagée entre, d’une part la conviction que les réformes politiques sont nécessaires, et d’autre part la crainte que les désordres internes qui pourraient en résulter finiraient par mettre à bas le Parti. Il n’en reste pas moins, comme le souligne Cheng Li, sino-américain, Docteur en Sciences Politiques, spécialiste du système chinois, l’un des observateurs les plus subtils de la politique intérieure, que la scène politique chinoise est constamment travaillée en sous main par les forces du changement.
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