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›› Chronique

Mer de Chine du sud. La carte sauvage des hydrocarbures. Le dilemme de Duterte

Rodrigo Duterte et, en arrière plan, une photo d’un îlot des Spratly bétonné et élargi par la Chine depuis 2014.

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S’il exact que la sentence du tribunal international donne à Manille une prévalence juridique sur Pékin dans sa ZEE, sa liberté de manœuvre reste tout de même limitée par sa dépendance au pétrole d’une zone que la Chine revendique et à laquelle elle n’entend pas renoncer en dépit de l’arbitrage international rendu par la Cour de La Haye.

L’affaire est compliquée par le fait que, pour faire appliquer le jugement, il n’existe aucun moyen, en dehors de la puissance de la marine américaine dont chacun voit bien les hésitations. Quant à une éventuelle condamnation à l’ONU, le droit de veto de Pékin et de Moscou en écarte d’emblée la possibilité.

Enfin, contrainte supplémentaire difficilement gérable, la sensibilité exacerbée de l’opinion publique philippine donne bruyamment de la voix à chaque fois que Manille tente de discuter avec Pékin, ce qui enferme le nouveau président Rodrigo Duterte dans un très embarrassant dilemme.

Pour l’heure, outrée par le jugement, brutal démenti public à ses extravagantes revendications sur toute la mer de Chine [1], Pékin se crispe et réaffirme à coup de déclarations martiales ses prétentions de souveraineté sur les îlots des Spratly élargis par bétonnage. Simultanément, le politburo laisse filtrer la rumeur de l’installation au-dessus de la zone contestée d’une Zone d’Identification aérienne règlementant la circulation des aéronefs.

Manille otage de sa soif d’énergie.

Pour autant, conscient des risques d’une aggravation militaire pouvant conduire à l’intervention des Etats-Unis et peut-être du Japon, il est probable que, dans son différend avec Manille, le politburo choisira une approche oblique favorisée par la soif d’énergie qui tenaille l’économie philippine. La manœuvre est décrite avec beaucoup d’à-propos par Jérémie Maxie expert des stratégies énergétiques dans un papier paru le 12 juillet dans The Diplomat.

Le haut-fond de Reed, clé de la stratégie chinoise.

Le Haut-fond de REED.

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Au cœur de la manœuvre chinoise se trouve le haut-fond volcanique de Reed qui s’étend sur 8866 km2 dont la profondeur varie entre 9 et 45 mètres, situé au nord-est de l’archipel des Spratly et pour sa partie orientale à 85 nautiques des côtes de Palawan, dans la ZEE des Philippines, mais réclamé par Pékin.

A proximité, trois groupes d’îles ou récifs occupés par les Philippines : les îles Flat et Nanshan sur la frange ouest du haut-fond et Second Thomas Shoal à 100 nautiques au sud. Le récif des Mischief occupé, bétonné et équipé d’une piste d’aviation par le génie maritime chinois, mais que la sentence du 12 juillet a attribué aux Philippines, est situé à 25 nautiques à l’ouest du Second Thomas Shoal [2]. Tout cet ensemble d’îlots est en moyenne à 600 nautiques des côtes de Hainan, le territoire chinois le plus proche.

Or, en 1976 une exploration sismique confirmée par le creusement ultérieur de trois puits a mis à jour de riches gisements de gaz et de pétrole dans la partie sud-ouest de Reed Bank avec des réserves estimées 2,2 Mds de barils de pétrole et 200 Mds de m3 de gaz, soit environ 10% des réserves totales de l’Asie du Sud-est estimées par le bureau des recherches géologiques américaines (US Geological Survey).

Pour les Philippines, ces ressources, mêmes modestes, sont cruciales dans la perspective de l’extinction d’ici 2030 des réserves du gisement de gaz Malampaya (35 nautiques à l’ouest des côtes nord de Palawan) exploité par Royal Dutch Shell qui fournit 30% du combustible nécessaire à l’énergie de l’île de Luzon, la plus grande et la plus peuplée de l’archipel.

Après une première concession accordée en 2002 au britannique Sterling Energy, les droits d’exploitation du gisement, baptisé SC72, ont été cédés à son concurrent également britannique, Forum Energy (FEP), dont les opérations sont concentrées aux Philippines et dont le capital est détenu à 64,45% par Philex Petroleum Corporation filiale de Philex Mining Corporation, entre autres, n°1 de l’exploration et de l’exploitation des ressources charbon, pétrole et gaz aux Philippines dont l’actionnaire principal est un fond d’investissement basé à Hong-Kong.

L’histoire des Philippines et des ressources du haut-fond de Reed continue au gré d’une succession de fausses manœuvres et de corruptions aux Philippines, ponctuée par une ingérence croissance de Pékin et de son groupe pétrolier public CNOOC, spécialisé dans la recherche et l’exploitation off-shore.

Notes :

[1La surface de la mer de Chine du sud est de 3,5 millions de km2, équivalente à celle de la Méditerranée. (3,6 millions de km2)

[2En 1999, après l’occupation et la revendication par la Chine du récif des Mischief, la marine philippine avait échoué sur Second Thomas Shoal (100 nautiques des côtes sud de Palawan) le chaland de débarquement Sierra Madre pour y créer un point d’appui naval aujourd’hui occupé en permanence par 12 militaires philippins.


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