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›› Politique intérieure

Nouvelle hausse du budget de la défense. Rivalité stratégique sino-américaine

La police armée populaire fait partie des corps militaires les plus sollicités. Ici à Kashgar avant une cérémonie publique de serment, début mars. Le 9 mars, son commandant, le général Wang Ning a regretté les restrictions budgétaires.


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Alors que durant les sessions précédentes de l’ANP, les chiffres du budget de la défense avaient été clairement communiqués, donnant au moins l’apparence de la transparence, dont il faut cependant rappeler qu’aucun pays ne la respecte totalement quand il s’agit des questions de défense et de sécurité, cette année, Madame Fuying, la porte parole de l’ANP n’a d’abord livré qu’une information floue.

Le 8 mars, l’évocation imprécise d’une hausse « d’environ 7% » pour 2017 – seuls chiffres communiqués par le ministère des finances - a aussitôt suscité des commentaires réflexes des journalistes pour la plupart occidentaux sur la « transparence » du budget chinois de la défense, comme s’il s’agissait d’une information nouvelle et exclusive.

Deux jours plus tard, mesurant le risque véhiculé par une annonce trop vague dans sa forme, le gouvernement a, par le truchement d’une annonce de Xinhua, corrigé le tir, sans cependant éteindre les soupçons d’une occultation volontaire ou, pire, d’un désaccord interne révélé par cette annonce en deux temps.

En 2017, le budget de la défense serait bien augmenté de +7% par rapport aux 954 Mds de Yuan - 133 Mds d’€ / 138 Mds de $ - de l’année 2016, ce qui le porterait cette année à 1000 Mds de Yuan, soit 142 Mds d’€ / 148 Mds de $. Les chiffres qui sont à considérer avec prudence [1], représentent 4 fois et demi le budget de la défense français hors pension et 28% de celui des États-Unis que Donald Trump veut porter à plus de 600 Mds de $ par une hausse de 10%. Lire notre article ANP 2016 : Sous forte contrainte économique, la Chine réduit la croissance de son budget militaire.

Comme en 2016, les justifications de la hausse des dépenses militaires proposées par différentes sources, énumèrent des arguments qui vont du rattrapage des soldes, aux participations aux opérations de maintien de la paix et aux escortes navales en mer d’Oman, en passant par la modernisation des équipements, le coût de la restructuration des forces, la lutte contre le terrorisme et le maintien de la stabilité sociale. A quoi le premier ministre a, dans son rapport au parlement, rajouté le coût des efforts d’entraînement en vue des missions de souveraineté, de défense aérienne et de protection des frontières.

Transparence hésitante et désaccords internes.

Il n’empêche que les hésitations de cette transparence en deux temps signale peut-être quelques divergences entre la direction politique du régime et les militaires dont certains clans nourrissent des rancoeurs à la fois enracinées dans la brutalité de la lutte contre la corruption, l’ampleur des réformes et des modernisations laissant l’armée de terre en partie sur la touche et, plus prosaïquement, dans la faiblesse du budget jugé insuffisant au regard des défis en cours.

Au moins dans son affichage, le régime entend donner le sentiment d’une hausse raisonnable des moyens financiers dédiés aux armées, ce que laissent percer les déclarations sur le freinage de la croissance du budget de la défense se rapprochant graduellement de la croissance du PNB. Mais tout indique que cette année, le raté de la transparence pourrait au moins signaler une mauvaise humeur.

Déjà l’année dernière le général Wang Hongguang, ancien commandant adjoint de la Région militaire de Nankin avait fait la une des médias occidentaux en critiquant les restrictions budgétaires, soulignant que les réformes en cours avec leur déflations de 300 000 homme très gourmandes en compensations et en retraites exigeaient, selon lui, une hausse du budget de 20%. Cette année, c’est le Général Wang Ning, le commandant en fonction de la Police Armée Populaire en première ligne au Xinjiang (lire Xinjiang. Menaces djihadistes directes et spirale répressive.) qui critique les coupes budgétaires mettant le doigt sur le contraste entre les missions qui augmentent et la faiblesse des moyens.

Mer de Chine du sud lieu des rivalités stratégiques.

Depuis que montent les polémiques autour des îlots des Spratlys et des Paracel et les tensions à propos de la souveraineté réclamée par Pékin sur tout l’espace maritime de la mer de Chine du sud grande comme la Méditerranée ; après le rejet chinois de l’arbitrage rendu en sa défaveur par le tribunal international d’arbitrage de La Haye, le 12 juillet dernier ; suivi des déclarations répétées de Pékin affirmant sa détermination à défendre becs et ongles sa souveraineté autour des îlots dont les défenses ont été renforcées, Washington, Tokyo, New-Delhi et toutes les capitales de l’ASEAN surveillent de près le budget de la défense chinois et la modernisation de l’APL.

Devenue le vaste lieu d’une rivalité stratégique où se mesurent les marines des deux premières puissances de la planète dans un duel pour l’instant seulement démonstratif et fugace, auquel prometent de se joindre le Japon et peut-être le Vietnam, autour des îlots des Paracels et des Spratlys, le long des côtes du Vietnam, des Philippines, de la Malaisie et de l’Indonésie, la mer de Chine du sud est aujourd’hui érigée en symbole de la souveraineté chinoise par l’appareil du Parti qui affirme vouloir la défendre sans esprit de recul.

La course aux armements en cours dans la région est la conséquence directe de cette intransigeance opiniâtre de la Chine diffusant chez tous les riverains une inquiétude, principal carburant de la présence américaine. Lire aussi La puissance militaire chinoise et le réarmement de l’Asie.

Lors de sa conférence de presse, Wang Yi a certes enveloppé son discours sur les relations avec les États-Unis, de formules rassurantes mettant le doigt sur la proximité des objectifs communs de développement et la nécessaire coopération dans le respect mutuel, il n’en a pas moins rappelé, en inversant la cause des inquiétudes, que la Chine ne tolérerait pas que « l’actuelle stabilité chèrement acquise soit perturbée. »

Plus encore, 4 jours après la conférence de presse de Wang Yi, la Cour Suprême de Pékin a unilatéralement étendu sa juridiction sur presque tous les espaces maritimes objets de réclamations adverses des Philippines, du Vietnam, de Malaisie, de Brunei et de Taïwan.

Equipements modernes en appui des empiètements.

Le J-20 furtif fabriqué à Chengdu est entré en service le 9 mars. Selon les spécialistes, son autonomie et sa capacité d’emport en armement et munitions sont plus importantes que celles du F.22 auquel il ressemble beaucoup. En revanche ses performances furtives sont mal connues. Selon une source proche de l’armée de l’air chinoise, l’appareil est équipé de moteurs chinois WS-15 dont la production en série n’a pas commencé.


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La progression des empiètements chinois, provoquant en retour les alarmes des riverains, du Japon, des États-Unis et de l’Inde, est favorisée par l’augmentation dissuasive de la puissance militaire de l’APL récemment concrétisée par les nouvelles de l’avancement du 2e porte-avions et celle de l’annonce le 9 mars par la télévision nationale de l’entrée en service opérationnel du chasseur de combat furtif J-20, dont les performances réelles sont encore mal connues des experts occidentaux. Le même jour, Wang Weiming, n°2 de l’État-Major de la marine annonçait à Xinhua la création d’un corps de « marines » équipés de bâtiments de combat et d’équipement électroniques.

Ayant en tête les incidents répétés où l’US Navy a, à plusieurs reprises, traversé les zones maritimes revendiquées par Pékin comme des eaux territoriales, il a jouté que les marins chinois entraînés à faire face 24 heures sur 24 à n’importe quelle urgence, seront grâce à leurs équipements modernes désormais capables de suivre et d’intercepter n’importe quelle intrusion aérienne ou navale.

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Au total, même si l’APL n’est toujours pas en mesure d’affronter directement la puissance militaire américaine qui, sur le théâtre du Pacifique bénéficie de l’incomparable expérience aéronavale de la guerre du Pacifique, il n’en reste pas moins que les progrès des équipements navals, des missiles antinavires et antiaériens chinois, à quoi s’ajoute une vaste panoplie d’équipements de surveillance électronique, crée un ensemble dissuasif obligeant les américains à se tenir à distance ou à prendre des risques militaires directs s’ils voulaient riposter aux grignotages chinois dans les eaux internationales.

Notes :

[1Le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) évalue le budget chinois de la défense à 215 Mds de $ alors de le Pentagone le situe à 180 Mds de $.


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