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Obama à Hanoi. Colère froide de la Chine. Incertitudes asiatiques

En levant l’embargo sur la vente des armes létales au Vietnam, Obama inscrit la politique américaine en Asie dans un raidissement face à la Chine. Avec en arrière plan le buste géant d’Ho Chi Minh, la poignée de main avec Tran Dai Quang, ancien chef de la sécurité d’État et Président de la République depuis le 2 avril 2016, la photo signale une bascule majeure de la Maison Blanche et l’abandon par Washington de l’affabulation de neutralité sur les questions de la Mer de Chine du sud. Pourtant, le fait que Nguyen Phu Throng ait été maintenu à la tête du Parti, restant ainsi l’homme le plus puissant du pays contre son rival, l’ancien premier ministre Nguyen Tan Dung réputé plus favorable à Washington et hostile au compromis avec Pékin, crée une incertitude pour Washington.

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Quatre jours après la réunion des 10 pays de l’ASEAN rassemblés par Poutine à Sotchi sur les rives de la Mer Noire les 19 et 20 mai derniers, Obama effectuait une visite officielle à Hanoi et levait l’embargo sur les ventes d’armes au Vietnam.

C’est peu dire que son discours prononcé le 24 mai devant les officiels vietnamiens évoquant en termes à peine voilés la Chine et les « inacceptables pressions des grands pays sur leur petits voisins » a à la fois soulevé l’enthousiasme des nationalistes Vietnamiens aux prises avec l’expansionnisme chinois en mer de Chine du sud et attisé la colère froide de Pékin, toujours sous le coup d’un embargo formel sur les ventes d’armes létales maintenu par l’Europe et les États-Unis depuis 1989.

Mais si les médias officiels ont exprimé des critiques acerbes, les réactions officielles du régime sont, comme à l’habitude en cas de forts vents contraires, restées plutôt mesurées. La manœuvre de la Maison Blanche qui transgresse sa propre conception des valeurs universelles constamment bafouées par le Vietnam attise les tensions en mer de Chine du sud.

Elle complique la situation entre Hanoi et Pékin déjà enflammée par les exorbitantes revendications chinoises. Enfin, elle envoie un signal de crispation militaire, tandis que, dans la région, les riverains s’interrogent sur la détermination américaine à affronter la Chine.

L’avenir du monde, otage de la compétition globale.

Les États-Unis courtisent le Vietnam depuis plus de 15 ans. Le premier président à visiter le Vietnam fut Clinton en 2000. Bush l’a suivi en 2006.

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Le chassé-croisé global des quêtes d’allégeance va loin. Moscou tente de restaurer une influence globale par un retour dans la zone asiatique où son empreinte a presque disparu ; Pékin dont la puissante ombre portée commerciale et stratégique s’allonge en Asie du Sud-est, courtise à coup d’aides financières les pays pauvres pour les rallier à ses vues en mer de Chine ; Washington toujours omniprésent dans toutes les crises chaudes et froides de la planète, ne lâche rien en Asie et flatte Hanoi, Manille, Séoul et Tokyo pour affirmer sa rémanence dans une région où l’aéronavale américaine fut le principal artisan de la défaite du Japon en 1945.

Cet entrelacs d’ambitions de puissance qui prend en otage l’avenir du monde confirme une fois de plus que les puissants de ce XXIe siècle, engagés dans des rivalités incoercibles ne parviennent pas à exprimer la moindre cohésion pour mettre en œuvre une politique globale à la hauteur des défis pesant collectivement sur la planète que sont les questions climatiques, les écarts de développement, la résurgence des radicalismes religieux, les migrations et le choc des cultures.

Au contraire, tout indique que, face aux perspectives chaotiques qui montent, apparaissent à nouveau partout les repliements nationalistes et leurs corollaires de rivalités et de compétitions d’influence, contredisant directement les espoirs de cohésion planétaire nés de la chute du rideau de fer en Europe. Que voit-on en effet ?

Instrumentalisant la menace de Pyongyang et l’obsession territoriale de la Chine, Washington courtise ses alliés militaires dans le Pacifique occidental et tente de consolider leurs allégeances par des promesses d’assistance aéronavale, le déploiement d’un système anti-missiles dont l’Amérique détient les clés technologiques, ou encore, par l’extension de ses projets commerciaux juridiquement et politiquement contraignants qui fondent les craintes d’une prévalence hégémonique des multinationales américaines sur les échanges.

Un vaste contournement de l’Amérique.

Wang Yi avec Mohamed Bazoum ministre des AE du Niger, dernier pays en date recruté par Pékin pour appuyer la position chinoise en mer de Chine du Sud.

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En riposte, Pékin avance son projet de « ceinture économique » dit « Yi Lu Yi Dai », appuyé par un amoncellement inédit de capitaux proposés par une convergence remarquable d’institutions financières qui vont des anciennes banques de développement à d’autres créées récemment, comme celle établie par les BRICS ou la nouvelle Banque Asiatique dédiée aux infrastructures de transport. Cette dernière alimente les projets de voies ferrées de ponts et de routes où les entreprises chinoises, maîtresses des technologies de génie civil et capables de proposer des aides au financement très alléchantes, occupent presque tout l’espace de l’aménagement des territoires dans nombre de pays qui jalonnent les « nouvelles routes de la soie ».

Dessinant une arborescence complexe autour d’une épine dorsale Est-Ouest, la toile d’araignée « Yi Lu Yi Dai », « OBOR » (One Belt One Road) selon les anglo-saxons, englobe une impressionnante quantité de pays en Asie Centrale, en Europe, au Proche Orient, dans la péninsule arabique, en Afrique, en Asie du Sud et du sud-est et même en Amérique du sud, où Pékin a étendu le concept des « nouvelles routes de la soie » dans la direction opposée à leur matrice originelle.

Ce vaste contournement commercial de l’Amérique se double de deux stratégies complémentaires. Un prudent raidissement militaire en Asie du Sud-est ciblant les intrusions américaines dans l’espace aérien et les eaux internationales où Pékin revendique une souveraineté sans partage ; un lobbying insistant auprès de pays en graves difficultés économiques et financières auxquels la Chine prodigue une aide opportune en échange de son appui dans le conflit juridique avec Hanoi et Manille à la Cour Internationale sur le droit de la mer à La Haye.

Ainsi, entraînés malgré eux dans une controverse qui leur est étrangère, une quarantaine de pays recrutés par Pékin allant de l’Afghanistan au Burundi, en passant par le Niger, le Cambodge et le Laos se sont rangés à la position chinoise exprimée par le porte parole du Waijiaobu, selon laquelle les conflits devraient être résolus non par l’ASEAN ou par une cour de justice internationale, mais par des négociations directes entre la Chine et les plaignants. Ce qui revient, par un contournement des organisations internationales ou régionales à éloigner encore plus les perspectives d’une gouvernance mondiale et à contraindre Hanoi et Manille à négocier du « faible au fort ».

La colère froide de Pékin.

En janvier 1979, après la prise de Phnom-Penh par l’armée vietnamienne (le 7 janvier 1979), Deng Xiaoping en visite aux États-Unis prévenait Jimmy Carter que l’armée chinoise allait « infliger une correction » à Hanoi devenu « turbulent ». Les autres raisons de l’agression chinoise étaient les harcèlements de Chinois par des Vietnamiens dans les Spratly. L’attaque a été déclenchée le 17 février 1979. L’APL se retira le 16 mars 1979, gênée par d’importants problèmes logistiques. Le bilan humain du conflit est probablement très lourd, mais controversé. Les chiffres officiels avancés par la Chine et le Vietnam sont biaisés par la propagande. Selon un article de Zhang Xiaoming dans China Quaterly de décembre 2005 qui cite des sources récentes de l’APL les pertes chinoises auraient été de 6594 tués et 21 000 blessés. Quant aux pertes vietnamiennes, les sources chinoises les estiment à 57 000 soldats et à 70 000 miliciens tués ou blessés. Les buts de l’attaque restent flous. S’il s’agissait d’obliger l’armée vietnamienne à quitter le Cambodge, la manœuvre a échoué puisque les militaires de Hanoi sont restés 11 années en pays khmer, laissant une empreinte toujours visible. Si Pékin voulait montrer que l’APL pouvait attaquer impunément un allié de l’URSS avec qui la Chine était en situation de conflit latent, ce fut un succès. Moscou qui faisait face à 1,5 million de soldats chinois massés sur sa frontière sud, n’a pas bougé. La situation du Cambodge placé sous embargo avec le Vietnam qui l’occupait depuis 1979 n’a été débloquée qu’après la chute de l’URSS.

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En Occident les observateurs rassurés par la placidité asiatique, ne mesurent pas assez l’aigreur pouvant naître dans l’esprit de la direction chinoise de l’intrusion américaine dans l’arrière cour du Vietnam que Pékin considère comme son excroissance culturelle en Indochine, en même temps que son « frère ennemi » et toujours son allié idéologique. A la fin des années 70 les deux devinrent des rivaux stratégiques de la guerre froide quand les armées vietnamiennes envahirent l’autre arrière cour chinoise de la région qu’est le Cambodge, pour débarrasser le pays des Khmers Rouges alors appuyés par Pékin, avant de l’occuper pendant 11 années avec la caution de Moscou.

La longue main mise de Hanoi sur le Royaume devenu en 1970 une République cruellement martyrisée de 1975 à 1979 par les Khmers Rouges qui réussirent à mettre en œuvre au Cambodge en moins de 4 années un concentré d’horreurs héritées à la fois du grand bond en avant et de la révolution culturelle, a suivi le bref mais meurtrier conflit militaire entre l’APL, encore mal remise des délires de la révolution culturelle engagée par Deng Xiaoping « pour donner une leçon à Hanoi » et l’armée vietnamienne endurcie par plus de 20 années de conflit avec la France et les États-Unis.

Les déboires de l’APL sérieusement malmenée par les miliciens vietnamiens qui acceptèrent de lourdes pertes dans la région de Cao Bang, flottent encore douloureusement dans la mémoire des militaires chinois, tout comme les contentieux territoriaux en Mer de Chine du sud vieux de plus d’un demi siècle , continuent de polluer sérieusement la relation entre Hanoi et Pékin.
Lire notre article Querelles sino-vietnamiennes. Rivalités des frères ennemis et enjeu global


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