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Pékin, Washington, Pyongyang. Du tambour de guerre aux conflits commerciaux

L’interdépendance des économies.

Si, depuis 2014, les échanges commerciaux Chine – États-Unis stagnent, ils ont tout de même augmenté de 50% depuis 2007. Les exportations américaines vers la Chine ont également augmenté de plus de 80%. Quant au déficit commercial de 350 Mds de $, il doit être corrigé de la part des exportations chinoises qui sont en réalité des produits d’entreprises américaines assemblés en Chine. Lorsqu’un smartphone, produit en Chine, est vendu aux États-Unis en moyenne 225$, la Chine n’empoche en réalité que 7% de sa valeur.


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Pour la Chine les exportations aux États-Unis représentent 4% du PIB et plusieurs millions d’emplois en Chine ; tandis que les relations commerciales et industrielles ont permis de délocaliser des centaines d’usines américaines et leur savoir-faire technologique dont les profits sont tels que leurs PDG ont souvent accepté de céder aux pressions chinoises.

En revanche, les exportations américaines en Chine représentent moins de 1% du PIB américain, tandis que les investissements réciproques restent modestes. Seulement 1% des Investissements Directs Etrangers (IDE) américains sont dirigés vers la Chine, tandis que 14% des IDE chinois vont aux États-Unis (avec une accélération depuis 2009). Mais si on considère les stocks, ils restent très en-dessous de la moyenne des autres destinations, pour les États-Unis comme pour la Chine.

Depuis 2000, les États-Unis ont investi au total 74,56 Mds de $ en Chine, tandis que les investissements chinois aux États-Unis dépassent les 100 Mds de $. Ces chiffres que beaucoup de commentaires montent en épingle, sont à comparer avec les 9000 Mds de $ (stock total) investis par les États-Unis en Europe et aux 225 Mds investis par les compagnies chinoises dans les 10 pays de l’ASEAN, sur un total d’IDE chinois de 1652,77 Mds de $.

Après une première alerte au printemps à propos d’une guerre des taxes sino-américaine, (lire : http://www.questionchine.net/pekin-se-prepare-a-la-guerre-des-taxes-税务战), les chercheurs chinois relativisent la menace.

Mais à la vérité personne ne sait quel serait le résultat d’un conflit commercial direct entre la Chine et les États-Unis dont les échanges commerciaux se montaient en 2016 à 578 Mds de $ avec près de 350 Mds de déficit américain, des centaines d’entreprises US opérant en Chine fabriquant des produits destinés au marché américain, toujours à moindre coût, en dépit de l’augmentation rapide de la charge des salaires en Chine. (Cf Annexe)

Hésitations américaines.

Trois semaines après les premières velléités de guerre commerciale et malgré les récents discours agressifs de façade, la Maison Blanche semble temporiser, ce qui aux États-Unis lui attire déjà les critiques des plus virulents contempteurs des méthodes commerciales chinoises comme Steve Bannon. Au lieu de lancer la « procédure 301 » décrite plus haut, Trump qui, durant sa campagne accusait la Chine de « violer l’économie américaine », aurait, selon le site Zero Hedge, demandé à Lightizer de réfléchir à d’autres solutions moins brutales.

Il est pour l’heure difficile de dire si la campagne antichinoise de Donald Trump prendra toute l’ampleur décrite par la rhétorique de la Maison Blanche ou même si les atermoiements révélés par Zero Hedge seraient liés à l’affaire coréenne, Washington attendant une réaction chinoise à ses demandes de pression accrues contre Pyongyang. Mais une chose paraît certaine, les belles paroles de la rencontre au sommet en Floride paraissent envolées. Rex Tillerson, le soulignait le mois dernier, les relations sino-américaines sont à une croisée des chemins historique.

Annexe.

Affaires américaines en Chine.

Le refroidissement des relations économiques et commerciales américaines doit être mis en perspective avec la frustration croissante des groupes industriels américains éprouvant de plus en plus de difficultés à opérer en Chine.

Le contexte est que l’intention de Pékin de se hisser pour 2025 à la pointe de la production de voitures électriques et sans chauffeurs, d’équipements médicaux de haute technologie, de la recherche dans la biomédecine, la prochaine génération de technologies de l’information et des semi-conducteurs, des robots industriels, des imprimantes 3D, de l’intelligence artificielle et des moteurs aéronautiques, pousse la direction chinoise à augmenter ses pressions pour bénéficier des transferts de technologies des groupes étrangers installés en Chine.

A cet effet, Pékin impose aux acteurs étrangers en quête du marché chinois de signer des JV avec des partenaires chinois, de délocaliser en Chine leurs centres de R&D et, pour les entreprises des NTI comme Apple, Microsoft et Amazon, d’y installer des centres de stockage de données. Les groupes high-tech comme Qualcomm ou Intel subissent aussi des pressions pour réduire leurs « royalties » et leurs droits de licence.

Plus de 20% des compagnies américaines contactées pour un sondage de l’association des entreprises US en Chine ont confirmé que les autorités chinoises soumettaient leur accès au marché chinois à leur disponibilité à transférer leurs technologies et leurs secrets de fabrication à des partenaires chinois. Ce qui, comme le souligne Jacob Parker, n°2 de l’association, est contraire aux engagements de la Chine à l’OMC.

Le dilemme n’est pas nouveau. Tous les exécutifs américains ont, depuis 2001, été confrontés à ces contradictions d’une Chine entrée dans l’OMC, mais qui ne respecte ses engagements que de manière variable et surtout pas quand ils peuvent nuire à l’intérêt de ses groupes industriels.

Au passage, notons qu’à l’occasion, les États-Unis s’affranchissent aussi des règles quand ils imposent unilatéralement des taxes à l’importation d’acier laminé à chaud indien ou chinois ou quand il font jouer l’article 301 du « trade act », disposition de droit interne qui s’affranchit des règles de l’OMC, ce que la Chine ne manque pas de faire observer.

Vulnérabilités américaines

En seulement 6 ans la valeur des exportations automobiles américaines vers Hong-Kong et la Chine a été augmentée de 225%.


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Il reste que s’il est vrai que l’économie chinoise souffrirait beaucoup d’une guerre commerciale articulée autour d’une hausse des taxes à l’importation, quand ont fait l’inventaire des intérêts américains en Chine (517 milliards de $ de revenus et 36 milliards de profits en 2015), on mesure les capacités de riposte des autorités chinoises.

Toutes les grandes marques américaines sont présentes en Chine, en JV. Citons, (la liste n’est pas exhaustive), KFC (3600 magasins dans 650 villes ; General Motors, (3,87 millions de véhicules vendus en 2016, contre 618 000 pour PSA et 36 525 pour Renault Nissan) ; Microsoft (99,3% du marché chinois -, mais seulement 5% des revenus par rapport aux États-Unis, suite au piratage des logiciels en Chine) ; Boeing (52% du marché, avec de fortes perspectives à venir) ;

Nike, n°1 des équipements de sports en Chine, 3,8 Mds de revenus en 2016 (doublement par rapport à 2009) ; Coca-Cola, 26,9% du marché, 11,5 Mds de revenus, en baisse ; Procter & Gamble, 55% du marché, 500 000 points de vente, plus de 6 Mds de revenus ; Starbuck, 40% du marché, en expansion rapide, 2000 cafés dans 100 villes chinoises, + 18% de ventes au 1er trimestre 2017, 700 000 $ en moyenne de bénéfices annuels en croissance ; Apple, 10% du marché, et 13 Mds de $ de revenus annuels, en recul.

Qualcomm et Intel monopolisent à eux deux la plus grande part des 100 Mds de $ dépensés annuellement par la Chine pour acheter des micro-processeurs dans un marché chinois en pleine recomposition suite aux efforts de l’industrie chinoise des « chips » Pékin pour rattraper son retard.

Enfin, dernières vulnérabilités américaines dans une guerre commerciale dure, la Chine consomme 62% du soja et 14% du coton américains (son 2e marché) ; en 2016 elle a compté pour 25% des ventes de Boeing, 17% des automobiles et 15% des semi-conducteurs.


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