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Pénurie d’eau au Nord et projets pharaoniques

Le manque d’eau et la sècheresse accablent les populations du Nord et du Nord-est de la Chine. Dans ces régions, les rendements de l’agriculture baissent et les sols s’appauvrissent. En février dernier, époque de la pire pénurie, 10 millions d’hectares étaient touchés dans 12 provinces. « Le réchauffement climatique qui augmentera la consommation d’eau et l’évaporation fera que la situation ne s’améliorera pas » précisent les experts chinois.

Un grave déficit d’eau au nord.

Le Nord du pays ne dispose que de 20% des ressources d’eau, mais compte 40% de sa population et 50% des terres cultivables. Le résultat est que la grande plaine du Nord accuse un déficit de 40 milliards de tonnes d’eau par an. Une simulation du changement climatique qui affectera la Chine dans les 40 ans qui viennent, prévoit que suite, au manque d’eau, la production de céréales du nord du pays baissera en moyenne de 20%. La pénurie n’est pas nouvelle, mais elle s’aggrave.

Une partie de la solution avait déjà été imaginée par Mao, quelques années à peine après la création de la République Populaire, dans la droite ligne des gigantesques projets hydrauliques, dont le barrage des Trois Gorges est l’exemple le plus connu. C’est en effet en 1952 que Mao lança l’idée d’une diversion des ressources hydrauliques du Sud de la Chine vers le Nord, au moyen d’un triple réseau de canaux.

Trois canaux de diversion sud-nord.

Le réseau Ouest (le plus court - 500 km -) reliera les hautes vallées du Yangzi et du Fleuve Jaune par le plateau du Qinghai. Le canal central, le plus long (1300 km), reliera le lac de Danjiangkou, dans la plaine centrale à Pékin. Le réseau Est (1155 km), connectera la région de l’embouchure du Yangzi à Tianjin et à Weihai, dans le Shandong.

Il faudra cependant attendre 50 années après l’idée de Mao et de multiples études et enquêtes pour que ces titanesques ouvrages d’art soient approuvées par le Bureau Politique et le Conseil d’Etat. Les travaux commencèrent en 2002 sur la partie Est et en 2003 sur le réseau central. Les premiers coups de pioche du réseau occidental ne seront donnés qu’en 2010.

Retards dus aux défis techniques

Les défis techniques de ces projets sont immenses. Ils comptent notamment le creusement de plusieurs tunnels sous le Fleuve Jaune (réseau Est et Centre), les travaux à plus de 4000 m d’altitude du réseau Ouest, avec l’ouverture d’un passage dans la chaîne de montagne des Bayankala qui sépare les bassins du Yangzi et du Fleuve Jaune, la construction de plusieurs dizaines de stations de pompage et de centaines de stations de d’épuration, visant à protéger les réserves d’eau de la pollution industrielle, le déplacement de 300 000 paysans dans les régions très peuplées du Centre, où la terre arable disponible est rare, la baisse des réserves d’eau du lac Danjiangkou qui obligera à pomper l’eau du lac de retenue du barrage des Trois Gorges etc..

Ces obstacles techniques sont à l’origine du retard récemment annoncé pour l’achèvement des travaux du canal central, dont la mise en service ne se fera pas avant 2014. Encore cette échéance paraît-elle optimiste, tout comme l’estimation initiale du budget global, évalué à 62 milliards de dollars - deux fois plus que le barrage des Trois Gorges -, sera très certainement dépassée.

Au total, les canaux, qui continuent l’ancestrale tradition du Sud venant au secours logistique des régions septentrionales déshéritées et rongées par le désert, acheminera annuellement près de 45 milliards de m³ d’eau - ce qui correspond au débit annuel du Fleuve Jaune - vers le haut bassin du Fleuve Jaune, les régions de Pékin et Tianjin et le Shandong. Il reste que, selon la Banque Mondiale et plusieurs experts chinois, la dimension pharaonique des projets ne résoudra pas définitivement la pénurie d’eau au Nord.

La seule solution durable consistera à propager dans la population et dans l’industrie une mentalité plus économe des ressources hydriques. La première mesure sera d’augmenter le prix du m³. Une décision pas facile à prendre dans un contexte jusqu’à présent dominé par beaucoup de désinvolture à l’origine de formidables gaspillages et par les hésitations du pouvoir face aux risques d’inflation.


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