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Plongée dans les arcanes contradictoires de la finance chinoise

En 2014, une banque locale à Sheyang dans le Jiangsu avait été prise d’assaut suite aux rumeurs d’une crise de liquidités.


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Le 20 mars dernier, plusieurs petites banques rurales n’ont pas été en mesure d’honorer les échéances de leurs emprunts à court terme sur le marché interbancaire. La raison principale était le resserrement du crédit par la banque centrale qui lutte à la fois pour freiner la création de bulles immobilières [1], la dépréciation de la monnaie et la fuite des capitaux.

Ces incidents bancaires sont les symptômes visibles des contradictions auxquelles l’exécutif chinois est confronté, dans un contexte où il vise deux objectifs pas forcément complémentaires : d’une part tenir à bout de bras l’activité économique et le taux d’emploi et, d’autre part, corriger les risques liés au développement d’un système financier parallèle et plus volatile, aux excès de liquidités, moteurs de l’inflation et des dettes, tout en se gardant d’une dégradation de la confiance à la racine de l’évasion de capitaux et des pressions sur le Yuan.

Fragilités des banques locales.

Les difficultés rencontrées par les petites banques locales ne sont pas exceptionnelles. Par le passé, ces dernières ont souvent été à la peine. Mais depuis plusieurs années un changement indésirable est à l’œuvre dans leur gestion financière qui les rend plus vulnérables.

Alors que, traditionnellement, les banques se finançaient par les dépôts (particuliers et entreprises), depuis 2009, pour équilibrer leurs comptes, elles ont de plus en plus souvent recours aux financements interbancaires de court terme et investissent dans des sociétés de gestion proposant des retours plus avantageux.

A cet effet, les banques créent des fonds spéculatifs en partenariat avec des institutions non bancaires (sociétés fiduciaires et fonds boursiers) dont les capitaux alimentent les emprunts des entreprises, des groupes miniers et du secteur immobilier qui, eux-mêmes, les investissent à titre de placements dans des « produits » financiers achetés par les banques sur le marché interbancaire.

En décembre dernier, le Financial Times soulignait que le ratio entre les anciennes ressources des banques commerciales à partir de leurs dépôts et celles constituées par ces nouveaux emprunts hybrides appuyés sur des produits financiers plus attractifs mais plus volatils, était passé de 84% en 2008 à 117% en mars 2016.

Certes, ajoutait le journal, la situation n’était pas aussi préoccupante qu’aux États-Unis (181%) et en Europe (178%), mais l’accélération de la tendance laissait penser que, dans quelques années, les risques financiers s’aggraveront. Alors que les grandes banques disposent de vastes gisements de dépôts, les petits établissements dont la ressource se réduit du fait de la concurrence des produits financiers plus attractifs, sont souvent contraints à des emprunts à risques sur le marché de la finance privée.

Faiblesse des régulations.

Progression de la dette interne chinoise. (L’échelle à gauche mesure le pourcentage au PNB : 277% fin 2016). 60% de la dette est concentré dans les entreprises du secteur productif (non financial corporates). Le reste est partagé à parts égales entre le secteur financier, le gouvernement et les ménages.


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En théorie, la Commission de régulation bancaire exige que les banques chinoises se conforment aux dispositions des accords Bâle III (décembre 2010) de réglementation bancaire conclus après la crise financière de 2007 sous l’impulsion du G.20. Elles obligent toujours les établissements financiers à un ratio de fonds propres en cash portés à 16% en Chine (après avoir atteint 17%), mais ajoutent l’obligation de détenir un ratio de liquidité à un mois visant à les mettre en mesure de résister à une crise aigüe.

Un autre ratio à un an vise à donner aux banques une marge suffisante pour résister à une crise spécifique à l’établissement en imposant que les ressources disponibles pour les clients soient supérieures aux besoins en ressources stables de la banque (de long terme : fonds propres, certificats de dépôts, obligations).

Mais aujourd’hui, dit Christine Kuo, vice-présidente de l’agence Moody à Hong Kong, citée par le Financial Times, aucune banque chinoise ne publie ses ratios ce qui augmente le sentiment de risques attaché aux banques locales. Le pouvoir chinois surveille cette situation comme l’huile sur le feu.

Le lendemain de l’alerte aux défauts des banques locales, la banque de Chine a injecté 43,8 Mds de $ dans le système financier pour corriger la crise du crédit provoqué par la hausse des taux et tenir à distance le spectre d’un effondrement des liquidités, dont les premiers à souffrir seraient les petites banques locales et les PME privées.

Mais, effet pervers, la mesure d’urgence destinée à éviter une crise pouvant enflammer le système financier aggrave la dette (entreprises, administrations locales et particuliers) qui, selon la banque UBS atteignait 277% du PNB fin 2016, en augmentation de 9% par rapport à 2015.

On le voit, la manœuvre est délicate. En haussant les taux d’intérêts à court terme, la Banque Centrale met les petites banques sous tension ; en injectant des capitaux dans le marché interbancaire, pour parer à une crise du crédit provoquée par la hausse, elle nourrit la dette.

Enfin, pour Christopher Balding cité par le WSJ, la décision de la Banque Centrale vise aussi à freiner l’évasion de capitaux et la chute du Yuan, symptômes politiquement sensibles d’une baisse de la confiance. Il ajoute que, depuis quelques semaines, le tassement du dollar vient au secours de la banque centrale pour l’aider à stabiliser le Yuan.

En 2017, le système financier restera vulnérable.

Le 26 mars, Pan Gongsheng, n°2 de la Banque de Chine et Directeur de l’adminisration du contrôle des changes a répété que le gouvernement allait augmenter la répression contre les évasions de capitaux camouflés en investissements chinois à l’étranger. Jusqu’il y a peu, les évasions ont été attisées par la hausse du Dollar. Pan a cependant nié les rumeurs selon lesquelles Pékin allait rétablir le contrôle complet du compte de capital.


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Pour autant, dans un article de février 2017, Alicia Garcia-Herero, chef économiste chez Natixis reste pessimiste. La qualité des actifs des banques se dégrade, leurs liquidités sont instables, mal encadrées par des ratios non respectés, tandis que leurs profits sont concurrencés par la finance parallèle dont la volatilité est une menace pour les banques traditionnelles elles-mêmes, quand elles se livrent à des pratiques financières acrobatiques et de court terme.

Au total, même si les risques d’une crise globale de grande ampleur sont faibles, il n’en reste pas moins qu’en 2017, l’environnement des banques chinoises restera problématique dans un contexte où l’exécutif s’efforce, avec des succès mitigés, de réduire les effets néfastes de la finance grise, de stabiliser la monnaie et de freiner la fuite des capitaux.

Pour l’heure, la frénésie du marché interbancaire confirme cette analyse. Depuis le 1er janvier 2017, 1620 Mds de certificats de dépôts (titres de créances négociables pour des emprunts de banque à banque) ont été mis sur le marché.

Notes :

[1Hausse des prix dans les grandes villes et accumulation des logements vides dans les villes moyennes. A Pékin qui compte parmi les villes les plus chères de Chine avec des prix au centre ville variant entre 7000 et 14 000 € le m2, la municipalité à récemment resserré les conditions d’achat d’un appartement pour les non résidents qui doivent avoir acquitté 5 années d’impôt sur le revenu à Pékin avant de pouvoir prétendre acheter un bien immobilier en ville.


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