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Pressions américaines et résilience chinoise

Apaisement de Tillerson et contrepied de Trump.

Le 30 septembre Rex Tillerson était à Pékin où il a rencontré le président Xi Jinping, Yang Jiechi et Wang Yi. Sa mission d’apaisement avec Pékin sur la question de la Corée du Nord a été suivie d’un message public de D. Trump stigmatisant l’inanité des efforts de dialogue avec Pyongyang.


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Le 30 septembre, le voyage de Rex Tillerson à Pékin – le 2e depuis sa prise de fonction en mars - avait pour but, avant la visite officielle de Trump en novembre, de mettre de l’huile dans les rouages d’une relation passablement grippée par la série des reproches américains sur le commerce et l’attitude ambiguë de la Chine à propos Corée du Nord, onze jours seulement après le discours enflammé et menaçant de D. Trump contre Pyongyang à New-York.

Pour la direction chinoise, le passage rapide du Secrétaire d’État américain à Pékin avait aussi valeur de symbole public en amont du 19e Congrès montrant à l’opinion chinoise que Pékin et Washington discutaient d’égal à égal dans le cadre de la « nouvelle relation entre grands pays » pouvant échapper aux tensions des rivalités de puissance.

Plus encore, le constant appel des Chinois à l’apaisement et au dialogue à propos du dilemme nord-coréen parti en vrille, montre aussi que l’espoir secret et, pour l’heure, assez vain de Pékin, est d’apparaître comme le principal artisan d’un recul des tensions.

C’est le contraire qui s’est produit. Faisant suite à une série de tirs balistiques, dont deux au-dessus du Japon, le 3 septembre, quelques heures avant le sommet des BRICS à Xiamen, Pyongyang a procédé à son 6e et plus puissant test nucléaire qui, quel que soit l’angle de vue, fut un embarras pour Xi Jinping à moins d’un mois de l’ouverture du Congrès.

En même temps et sur tous les tons, alternant la reconnaissance des efforts chinois et les reproches qu’ils étaient insuffisants ponctués par des sanctions contre des sociétés chinoises, Washington pressait Pékin d’accentuer ses pressions économiques sur Pyongyang dont 90% du commerce se fait avec la Chine qui lui livre des produits alimentaires et du pétrole. C’est dire à quel point l’exercice était difficile pour Tillerson.

Quel dialogue avec Pyongyang ?

Pour tenter d’accréditer l’idée que Washington serait encore en mesure de dialoguer avec Pyongyang, au milieu des insultes, des « bruits de ferrailles » et des plus fortes tensions sur la péninsule depuis le premier test nucléaire de Pyongyang en 2006, le Secrétaire d’État qui a rencontré le président Xi Jinping, Yang Jiechi, en charge des Affaires stratégiques, ancien ambassadeur à Washington et Wang Yi le très placide ministre des Affaires étrangères, a laissé flotter l’idée que l’administration américaine entretenait des canaux de contact parallèles avec Pyonygang destinés à vérifier la disponibilité du régime à négocier l’abandon de ses programmes balistique et nucléaire.

La réalité est peut-être moins optimiste. Dans un contexte où même Pékin a du mal à dialoguer avec Pyongyang qui considère désormais la Chine comme un « traitre » à la vieille alliance de la guerre de Corée, alors que Moscou propose aussi sa médiation, les entremises auxquelles Tillerson faisait allusion évoquaient les contacts parallèles d’anciens fonctionnaires, diplomates et chercheurs américains avec le Bureau Amérique du nord du MAE nord coréen dirigé par Choe Sun-hui bien connue des centres de recherche occidentaux et sud-coréens.

La vérité est que, pour l’heure, l’hypothèse la plus probable est que l’intérêt des Nord-Coréens pour des rencontres ne traduit pas une volonté de dialogue, mais plutôt le souci de mesurer la détermination agressive de Washington et ses limites.

Comme l’a dit la porte parole de la Maison Blanche quelques heures après le passage de Tillerson à Pékin, « le régime de Pyongyang n’a donné aucune indication qu’il était prêt à négocier la dénucléarisation, quand bien même les États-Unis avaient assuré qu’ils ne chercheraient pas le chute du régime ou l’occupation militaire du pays ».

Enfin, si Tillerson espérait apaiser les tensions avec Pyongyang et rassurer Pékin, le « tweet » de Trump lui signifiant qu’il perdait son temps, laissant flotter l’hypothèse d’une option militaire qui ne pouvait qu’inquiéter Pékin, aura ruiné ses attentes.

La placidité de Pékin, en écho à Kissinger.

Kissinger était à Pékin le 2 décembre 2016 pour rassurer la direction chinoise sur la politique de D. Trump qui, a dit l’ancien secrétaire d’État de Nixon, « privilégiera toujours la coopération ». Dans son livre « On China » (2011) Kissinger écrit que si l’Amérique a un « esprit missionnaire » la Chine, dont l’exception est culturelle, n’est pas prosélyte et ne prétend pas imposer ses institutions hors de Chine. En revanche, par rémanence historique impériale, elle a tendance à considérer tous les autres pays comme des tributaires impériaux.


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Pour finir on notera l’affichage imperturbable du Bureau Politique qui non seulement n’a pas réagi à une séquence de relations avec Washington où, en moins d’une semaine son image de puissance commerciale responsable respectant les règles du marché et celle de médiateur capable de favoriser un dialogue en Asie du Nord-est a, à deux reprises été sévèrement chahutée.

Le parti-pris complaisant, minimisant ou gommant systématiquement les différends enveloppe ainsi la relation bilatérale sino-américaine en dépit des charges de la Maison Blanche contre les pratiques commerciales chinoises et malgré les déclarations intempestives de Trump ayant pris à contrepied à la fois son propre Ministre des Affaires étrangères et les constantes recommandations chinoises en faveur du dialogue.

Ce choix de l’esquive publique et de la mise en perspective qui ne préjuge cependant en rien des arrières pensés réelles de Pékin, mais dit tout de sa volonté de se hausser au niveau stratégique des États-Unis avant le Congrès, s’est exprimé dans un éditorial du Global Time du 29 septembre dernier intitulé « La stabilité des relations sino-américaines, arc-boutant de l’ordre mondial », spécialement écrit en prévision de la prochaine visite d’État de Trump.

S’il est vrai que l’auteur reconnaît les points durs de la relation autour des questions commerciales et de la Corée du nord enfermée dans une inquiétante rhétorique belliqueuse, il glose sur le rôle modérateur de la Chine et la stabilité à long terme de la relation sino-américaine dont, dit-il, l’exemple inspire les relations internationales globales.

L’esprit de coopération entre Washington et Pékin qui ne s’est jamais démenti ne sera pas la panacée de la crise avec Pyongyang, mais après avoir défini les intérêts communs des deux et les « lignes rouges » de la Chine, contribuant à construire une confiance réciproque, il a déjà permis de réduire les risques stratégiques d’une erreur de jugement.

Quant à la décision du Président Trump de lancer une enquête sur les pratiques commerciales chinoises selon les termes de la Section 301 de la loi sur le commerce (Trade Act), elle n’a finalement pas initié une guerre commerciale. Et, en conclusion, cette remarque optimiste qui semble exprimer plus un souhait qu’une réalité : « Depuis l’investiture de Trump, les relations sino-américaines sont devenues plus prévisibles et les deux sont mieux en mesure de gérer les différends ».

Par delà les dithyrambes précédant la visite du président américain qui témoignent d’un pragmatisme tactique, l’article exprime en miroir la pensée de Kissinger qui, depuis 1972, calibre la stratégie américaine de la Chine comme une relation de compromis obligés. Elle insiste sur la notion de « réassurance stratégique ».

Source de confiance réciproque, on voit bien qu’elle devrait non seulement calibrer le futur des relations sino-américaines sur la péninsule coréenne autour d’une stratégie partagée, mais également autour de deux impératifs : celui incombant à Washington de rassurer Pékin en dépit des changements de majorité au Congrès et à la Maison Blanche, et, d’autre part celui pesant sur le Bureau Politique chinois de rassurer ses voisins.


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