Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

›› Editorial

Pyongyang et l’ambiguïté de « la nouvelle musique chinoise »

Le 7 mars, le Conseil de sécurité des NU a, à l’unanimité et après trois semaines de négociation, adopté de nouvelles sanctions contre la Corée du Nord, quelques heures seulement après que Pyongyang ait menacé les Etats-Unis d’une frappe nucléaire préventive. S’il est vrai que, dans l’état actuel des capacités balistiques du régime, la menace contre Washington est une rodomontade, une provocation directe contre la Corée du Sud, qui pourrait inciter la nouvelle présidente Park Geun-hye à riposter, ne peut être exclue.

Cédant à des réflexes anciens ravivés à chaque retour des tensions, et probablement cultivés par l’appareil militaire du régime, Kim Jong-un s’est rendu sur la ligne de démarcation pour inspecter les forces nord-coréennes, qui font face à l’armada des « forces conjointes » de Séoul et Washington. En début de semaine dernière, « Kim le Troisième » avait également menacé de mettre fin à l’armistice – qui aura 60 ans d’âge en juin 2013 -, provoquant une mise en alerte des troupes américano-coréennes engagées dans un de leurs exercices réguliers, organisés chaque année depuis 1953.

Alors qu’un article du New-York Times paru le 7 mars précise que Pékin a apporté son concours à la rédaction par l’ONU des nouvelles sanctions – une incidence remarquable qui fait suite à la condamnation sans réserves de Pyongyang par la Chine à la suite de son essai balistique en janvier, puis de son 3e test nucléaire un mois plus tard -, le moment est venu de s’interroger sur une éventuelle inflexion de la politique nord-coréenne de la nouvelle direction chinoise, dont tout le monde a remarqué le récent raidissement à l’égard de son vieil allié.

L’exercice n’est pas simple car l’histoire récente offre plusieurs exemples où, en dépit des agacements de Pékin, notamment après les tests nucléaires nord-coréens de 2006 et 2009, la proximité entre les deux alliés de la guerre froide ne s’est jamais démentie. Depuis 2010, elle s’était même renforcée, marquée par l’activisme redoublé de la Chine pour désenclaver la Corée du nord, tant sur le plan économique que diplomatique [1]. Cette fois encore le message adressé par la Chine est ambigu.

Mais le récent raidissement de Pyongyang, ses tirs balistiques, l’essai nucléaire du 12 février, ajoutés à quelques déceptions commerciales et politiques, surgis au milieu de la transition chinoise, où la nouvelle Direction est habitée par une volonté de modernisation et de rénovation politique, pourraient changer la donne.

Pour autant, compte tenu des lourdeurs du passé et de la complexité d’une situation stratégique enchevêtrée et instable, une évolution brusque des stratégies chinoises est improbable, même si le nouveau pouvoir chinois commence à ressentir le poids inconfortable des pressions extérieures, et en premier lieu celles de Washington.

L’attitude de Pékin change, le scepticisme demeure.

La comparaison avec le passé récent atteste de la nouvelle attitude chinoise.

En 2006 et en 2009, après les deux premiers tests nucléaires nord-coréens, la délégation chinoise à l’ONU avait résolument milité pour adoucir les sanctions qu’elle avait votées (voir la résolution 1874 [http://www.ambafrance-kr.org/IMG/pdf_N0936850.pdf], fichier pdf).

En 2010, enfin, au prétexte d’éviter d’attiser les tensions, la Chine refusa d’endosser une condamnation du Conseil après le torpillage de la frégate sud-coréenne Cheonan, suivie par le bombardement à l’artillerie de l’île de Yeonpyeong.

Un mois après la 3e explosion nucléaire, la situation apparaît bien différente, au moins en apparence. « Cette fois », souligne Christopher Hill, ancien ambassadeur américain à Séoul et négociateur pour Washington du « dialogue à 6 », « la musique qu’on entend, venant de Pékin, a une autre tonalité ».

La résolution du Conseil de sécurité du 22 janvier, soutenue par la Chine ne se contente pas de condamner. Elle cible directement des sociétés et plusieurs citoyens nord-coréens, habituellement impliqués dans le trafic d’équipements balistiques et dans la recherche nucléaire militaire, ce qui en théorie, constitue une des réponses les plus fermes jamais adressées par le Bureau Politique chinois à Pyongyang.

L’ambassadeur à l’ONU, Li Baodong, qui par le passé, s’était fréquemment exprimé pour critiquer les sanctions, s’est cette fois montré intransigeant, répétant que la Chine « souhaitait leur mise en œuvre exhaustive », tandis que le Waijiaobu estimait qu’elles étaient une réponse à la fois « nécessaire et mesurée au test nucléaire du 12 février ».

Plus encore, la résolution met en place, avec l’accord de la Chine, un dispositif ciblant les diplomates nord-coréens habituels canaux pour le transfert d’argent liquide vers Pyongyang. Appliqué avec rigueur – et pour ces sanctions, comme pour les autres, c’est bien là toute la question - cet embargo pourrait tarir le flux de capitaux alimentant de l’extérieur, non seulement le programme nucléaire, mais également le train de vie de la famille Kim et de l’oligarchie.

Cependant, comme pour conforter les sceptiques qui spéculent sur l’invariabilité de l’alliance Pékin - Pyongyang, le 8 mars, le Waijiaobu réagissait de manière très convenue au rejet des sanctions onusiennes par la machine nord-coréenne, qui par des déclarations à l’emporte pièce et très agressives, promettait de poursuivre son programme nucléaire.

Considérée par beaucoup comme une « machine arrière » et dans la ligne exacte de sa position traditionnelle, la déclaration chinoise indiquait que « les sanctions n’étaient ni un but en soi, ni le moyen le plus définitif pour résoudre les tensions sur la péninsule ».

Parlant à une conférence de presse en marge de la 12e Assemblée Nationale Populaire, Yang Jiechi, le ministre des Affaires étrangères, appelait même « toutes les parties au calme » - ce qui a le don d’irriter Washington, qui supporte mal d’être placé sur le même plan que Pyongyang - et prônait « une approche globale négociée, où les préoccupations de tous les protagonistes seraient prises en compte ».

La réaction en deux temps des Affaires étrangères chinoises qui semblèrent d’abord disposées à plus de fermeté, exprimée par Li Baodong, avant de se replacer prudemment dans le sillon sans surprise d’une politique qui n’a fondamentalement pas varié depuis 1953, renvoie en écho aux analyses sceptiques de nombre d’experts chinois, américains et sud-coréens. En Chine les centres de recherche des grandes universités reconnaissent que Pékin est aujourd’hui placé dans une position difficile, mais doutent presque unanimement que le Parti abandonnera son allié.


• Commenter cet article

Modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

• Vos commentaires

Par Caligula Le 12/03/2013 à 19h20

Pyongyang et l’ambiguïté de « la nouvelle musique chinoise ».

Bonsoir,

Je me pose une question :

Toutes les provocations actuelles de la Corée du Nord, ne sont-elles pas à prendre en compte pour ce qu’elles sont : des provocations. J’entends par là, une sorte de "mise en scène" pour crédibiliser Kim le troisième ? Pour le rendre légitime aux yeux de la communauté internationale, pour asseoir son pouvoir ?

Salutations.

Par La Rédaction Le 14/03/2013 à 20h10

Pyongyang et l’ambiguïté de « la nouvelle musique chinoise ».

La provocation, qui par le passé, avait dérapé vers le terrorisme d’Etat, est inscrite dans l’ADN du régime. Le 25 juin 1950, Pyongyang s’était signalé au monde en attaquant par surprise la Corée du sud, que les troupes américaines avaient en partie évacué, et où Sygman Ree, mis en place par Washington, régnait en dictateur, n’hésitant pas à faire assassiner quelques un de ses opposants politiques. Au nord, la peur du communisme avait initié une fuite vers le sud de la partie de la population la plus aisée.

L’agression, fomentée par Kim Il Sung, le grand-père de Kim Jong-un, avait probablement été confortée par une promesse d’aide de Staline et un feu vert de Mao, au pouvoir en Chine depuis 8 mois. A quoi s’ajouta une déclaration de Dean Acheson, le secrétaire d’Etat américain, qui, peu de temps auparavant, avait déclaré à une réunion de presse que la péninsule coréenne ne faisait plus partie de la zone d’intérêt stratégique des Etats-Unis. Ce qui fut une bévue incohérente, dans la mesure où la partition de la Corée, de part et d’autre du 38e parallèle – qui ne devait être que provisoire pour faciliter la reddition des Japonais -, résultait d’un accord entre Moscou et Washington stipulant que des élections libres seraient organisées au nord, comme au sud, mais que les Soviétiques et Kim Il Sung dénoncèrent.

Par la suite, l’histoire a répertorié une longue suite de provocations parfois meurtrières et à caractère terroriste, rassemblées par le Congrès des Etats-Unis dans le document http://bit.ly/Z7d31t (document pdf). On retiendra l’attentat à la bombe contre le gouvernement sud-coréen de Chun Du Wan, en octobre 1983 (21 morts dont 3 ministres et 46 blessés, dont 14 membres du gouvernement) et la destruction en vol le 29 septembre 1987 - confessé par la femme complice de l’attentat – d’un Boeing de la Korean Air (115 morts). A quoi il faut rajouter, le 26 mars 2010, le torpillage terroriste en pleine Mer Jaune de la frégate sud-coréenne Cheonan, (46 marin morts dont beaucoup étaient des recrues faisant leur service) et, quelques mois plus tard, le bombardement de l’Ile sud-coréenne de Yeonpyeong (4 morts 18 blessés).

Aujourd’hui la situation se tend. Avec la possible, sinon probable, correction de trajectoire de Pékin, qui commence à s’inquiéter des progrès nucléaires de Pyongyang, les options du régime se réduisent, tandis que, pour la première fois depuis longtemps, Washington a réagi aux menaces du Régime avec une grande fermeté. Mettant au centre de sa rhétorique l’arme nucléaire de Pyongyang, le Conseiller sécurité d’Obama a en effet mis en garde : « Il ne doit pas y avoir de doutes, nous puiserons dans tout l’éventail de notre arsenal pour nous protéger et protéger nos alliés. Nous riposterons non seulement à l’usage des armes de destruction massive, mais également au transfert d’armes ou d’équipements nucléaires à des pays ou à des organisations tiers, que nous considérons comme une grave menace contre les Etats-Unis et nos alliés, et dont la Corée du nord sera tenue pour responsable. » On ne peut être plus clair.

Dans cette affaire, Pékin est seul, vaguement appuyé par Moscou, face à une alliance bien rodée entre Washington, Tokyo et Séoul. Plus encore, depuis la disparition de l’esprit d’indépendance et de courage qu’incarnait Kim Dae Jung, Séoul n’est plus que le suiveur vassalisé de Washington, sans aucune marge de manœuvre. C’est dommage, car Kim Dae Jung apportait une vision rafraîchissante et iconoclaste par rapport à celle de la Maison Blanche et des conservateurs sud-coréens, uniquement axée sur la menace nord-coréenne et les dividendes politiques que véhicule la peur. L’éloignement de cette vision, qui exprimait aussi la miséricorde des Sud Coréens à l’égard de leurs compatriotes du Nord, martyrisés par le régime, constitue sans nul doute un affaiblissement des possibilités d’apaisement.

On affirme que la fille de Park veut renouer avec ces stratégies dites de la « Sunshine policy », à condition, dit-elle, que Pyongyang soit capable d’y répondre. Ce qui pour l’heure ne semble pas être le cas, au contraire. Il resterait aussi à savoir si l’alliance des Chaebols et des militaires, qui règne à nouveau sur la Corée du Sud, après le bref intermède de Kim Dae Jung qui les avait mis au pas, la laissera faire. Quant au Nord, il est possible que Kim Jong-un soit le jouet de l’oligarchie militariste qui joue sa survie. Ce qui constitue un motif supplémentaire d’inquiétude, puisque l’arme nucléaire est l’assurance vie du régime. A quoi il faut ajouter que, contrairement à ce que dit Pékin, les marges de manœuvre négociables ont toutes été explorées et offertes à Pyongyang dans l’enceinte du dialogue à 6, entre 2003 et 2009. Toutes furent repoussées par le régime qui n’a jamais voulu accéder à la condition préalable de Washington, d’abandonner son programme nucléaire et a quitté les négociations en 2009.

Si l’on admet que les positions américaines et celle du Japon sont connues et ne varieront pas – renoncement à l’arme nucléaire par Pyongyang comme préalable à une négociation sur un traité de paix -, les inconnues qui demeurent sont : 1) Les intentions réelles de la Chine, dans un contexte où il est très probable que le PCC est en train de réévaluer sa politique nord-coréenne ; 2) La solidité interne du régime nord-coréen dans le cas hypothétique de l’augmentation des pressions chinoises ; question collatérale : la détermination du Régime à pousser à bout sa logique d’agression ; 3) la liberté de manœuvre de Madame Park, nouvelle venue dans ce jeu de Poker menteur, dont l’apport pourrait constituer un facteur adoucissant, offrant une possibilité de sortie du cul-de-sac, à condition que Pyongyang réponde favorablement – rien n’est moins sûr - et que ceux, à Soul et à Washington, qui surfent sur l’angoisse d’un cataclysme, lui laissent une marge d’initiative.

Par Anonyme Le 17/03/2013 à 13h06

Pyongyang et l’ambiguïté de « la nouvelle musique chinoise ».

Pékin bouge t’il ?

On peut, a priori en douter ;

Le lancement récent d’un satellite n’était que le dernier d’une longue liste de lancements de missiles plus ou moins ratés. Le fait que ce dernier tir ait été plutôt réussi est notable mais s’inscrit dans une stratégie nord-coréenne connue et annoncée depuis belle lurette.

Le troisième essai, jusqu’à preuve du contraire nucléaire (mais en est-on vraiment sûr ?), est certes fort déplaisant, mais la Corée du Nord était rentrée dans le club des joyeux lurons possédant la bombe, dès son premier essai. Les récentes déclarations belliqueuses et enflammées du régime sont déplacées et choquantes, mais pas vraiment différentes de celles proférées par le régime depuis plusieurs décennies…

On peut donc se poser la question de savoir où et dans quelle mesure, la Corée du Nord aurait franchi une limite inadmissible par son voisin chinois.

Que la Chine soit irritée c’est concevable. Pyongyang déstabilise une région que Pékin aimerait bien être seule à déstabiliser. La Corée du Nord pousse la Corée du Sud et le Japon à renforcer leurs armements et à se rapprocher d’un parapluie américain qui s’était fait plus discret dans la zone ; c’est agaçant…

Alors que la Chine se forge une nouvelle image de Grande Puissance, les exactions nord-coréennes font tâches en soulignant son incapacité à contrôler son impétueux petit voisin et a priori allié. Mais cette situation n ‘est pas nouvelle et la Chine s’en est toujours accommodée

Mais la Chine peut-elle pour autant laisser tomber son encombrant allié ?

Un effondrement du régime nord-coréen entraînerait une situation de crise majeure à la frontière nord-est de la Chine, où vivent quelques millions de coréens chinois, un exode massif et la possibilité de la perte d’un état tampon… Et une perte de face monumentale, aux yeux du monde et surtout d’une bonne partie de sa population…

Je pense que la Chine essaie de faire passer clairement un message flou : rien a changé mais pas trop quand même…Du genre, je t’aime, moi non plus…

Par Caligula Le 30/03/2013 à 23h03

Pyongyang et l’ambiguïté de « la nouvelle musique chinoise ».

Lundi, il me semble, la Corée du Nord à plus ou moins déclaré la guerre aux USA. Vendredi, elle s’est déclarée en guerre contre son voisin du Sud. La Russie à appelé à l’apaisement, ainsi qu’une grande partie du reste du monde...mais je n’ai pas entendu la Chine.
J’ai entendu deux personnes en train de discuter de ce conflit, l’une d’elles a dit : "Je m’inquiète, car le dirigeant Nord-Coréen a fait couper la ligne téléphonique le reliant à son homologue du Sud." Ce à quoi son interlecuteur, lui a répondu :"Je serai beaucoup plus inquiet quand Pyongyang coupera la ligne qui la relie à la Chine." C’est pas faux.

• À lire dans la même rubrique

Le grand chassé-croisé sino-américain en Asie. Un apaisement en demi-teinte

Un nouveau Bureau Politique sans aspérités, dévoué au volontarisme rénovateur de Xi Jinping

En route vers le Congrès

Chine – Etats-Unis, la variable indienne, la stratégie de l’esclandre et les risques de riposte chinoise

Le « China Quaterly » et la rigueur académiques aux caractéristiques chinoises