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›› Politique intérieure

Rectifications dans l’APL. Droit, morale et efficacité des forces. Lutte contre la corruption et purge politique

Xi jinping conduit une réforme des armées visant d’abord à l’élimination des corrompus et à la rénovation des structures. Il en espère une amélioration de l’efficacité opérationnelle des forces.


*

Mis sous tensions par les réformes, le système politique chinois approche de l’échéance du 19e Congrès alors que se poursuit sans faiblir la lutte contre la corruption. Clairement engagé sur cette voie depuis 2012, à un rythme et avec une efficacité jamais observés auparavant, le Parti qui ne peut se prévaloir d’un appareil judiciaire indépendant pour s’exonérer des accusations de purge politique, avance habilement sur le long chemin du nettoyage éthique.

Sa manœuvre s’articule autour de trois caractéristiques dont la synthèse est acrobatique :

1) les apparences d’un processus judiciaire équitable et indépendant basé sur le droit ;

2) les principes d’une justice par les injonctions morales chères à la philosophie confucéenne « déformée par le confucianisme d’État pour accommoder la pensée du Maître aux besoins du Prince » - (cf. Simon Leys, « Une introduction à Confucius », novembre 1995, Académie Royale de Belgique) [1] ;

3) une dislocation systématique des réseaux politiques potentiellement rebelles en ciblant d’abord les maillons faibles – ils sont nombreux - s’étant eux-mêmes rendus vulnérables par leurs pratiques corrompues.

Le redressement éthique de l’APL que Xi Jinping, Président de la Commission Militaire Centrale conduit sans faiblir depuis 2013 s’inscrit dans cette stratégie à trois volets. Jusqu’à présent, il n’a rencontré que peu de vents adverses et a contribué à améliorer l’efficacité opérationnelle de l’APL.

Le Droit et la Morale, piliers du nettoyage.

Basée sur la condamnation des hauts responsables militaires corrompus ayant enfreint le Droit, la campagne s’appuie aussi sur des commentaires publics dans les médias articulés à la morale et aux contritions, le cas des chefs militaires ayant été longuement commenté au cours de la longue revue des contritions diffusée par CCTV à l’automne sous le titre « la lutte contre la corruption toujours en marche – 永远 在 路上 » (lire : Le 6e Plenum, remise en ordre éthique du Parti et adoubement de Xi Jinping.).

Enfin, la manœuvre de rectification morale et éthique révèle aussi une vaste entreprise d’éradication des éventuels opposants politiques dans l’armée, institution historiquement cruciale pour la survie du régime. Depuis le milieu des années 90, la direction politique chinoise craint une dérive idéologique vers les concepts occidentaux d’indépendance des militaires à l’égard du Parti.

Et à partir de 2012, cette inquiétude s’est doublée du malaise né du risque de cristallisation de clans adverses dont la vindicte est nourrie par les frustrations des perdants de la campagne anti-corruption et l’opposition de ceux sincèrement convaincus que la brutalité du nettoyage éthique handicape sérieusement le fonctionnement opérationnel des forces.

Dans sa livraison de février 2017, James Mulvenon (China Leadership Monitor n° 52) expose les péripéties de ces coups de balai. Sans précédents dans l’histoire récente de l’APL, inscrits dans l’entreprise plus vaste de modernisation des forces et du renforcement du contrôle politique sur les armées, ils ont comme point de départ la condamnation pour corruption des généraux Guo Boxiong, ancien premier militaire du pays et Xu Caihou ancien commissaire politique de l’APL, plus hauts responsables militaires chinois ayant jamais fait l’objet d’une action en justice rendue publique depuis la période maoïste.

Lire “Scraping Poison Off the Bone” (刮骨疗毒) : An Examination of the Campaign to “Eliminate the Baneful Influence of Guo Boxiong and Xu Caihou” (document pdf).

Le 25 juillet 2016, les médias officiels annonçaient que Guo Boxiong avait été chassé du parti et condamné à la prison à vie au cours d’un procès à huit clos [2] pour corruption massive (évaluée à 12 millions de $ par un journal de Hong Kong) en échange de promotions, Xu Caihou ayant échappé à la sentence en mourant d’un cancer de la vessie en mars 2015. Pour les théoriciens de l’Académie des sciences militaires, la référence au droit dans les armées 依法 治军 – yi fa zhi jun - est le premier biais permettant de corriger l’absence de discipline, d’idéologie, d’idéal et de foi dans le métier.

Le quotidien du Peuple était sur la même ligne dans un article où il répétait que Guo avait été jugé selon la loi, démontrant « la détermination du Parti à administrer les armées par une discipline rigoureuse où les corrompus n’avaient par leur place ». Mais aussitôt le discours officiel déviait du Droit vers la référence morale, ajoutant que « des fortes doses d’antipoison » seraient injectées dans le système pour en « éradiquer le mal » et « racler l’os pour le débarrasser du venin - 刮骨 疗毒 - gua gu liao du ».

Guo Boxiong et Xu Caihou, symboles indignes.

Xi Jinping à l’un des séminaires éthique et politique de Gutian avec les chefs militaires.


*

A partir de la mi-juillet 2016, dans la bouche de Fan Changlong, n°2 de la CMC après Xi Jinping, Guo Boxiong et Xu Caihou n’étaient déjà plus seulement des généraux ayant failli, déchus pour corruption, mais des symboles honteux pour l’ensemble de l’APL.

S’exprimant devant les officiers de la région militaire de Canton, le Général Fan préparait le terrain pour une vaste campagne de rectification morale et politique dont le point d’orgue eut encore une fois lieu début août 2016 à Gutian, symbole du « recadrage » idéologique de l’APL par Mao à la fin des années 20.

Lire aussi Xi Jinping, l’APL et les mânes maoïstes.

Au cours d’un premier séminaire au printemps 2015, on y avait déjà abordé les « fautes disciplinaires », les « tendances claniques et putschistes » et les « excès de démocratie ». En août 2016, s’y ajouta le thème de la loyauté politique(政治忠诚 zhengzhi zhongcheng) et son expression dans le comportement habituel des militaires.

Par la suite, des séminaires furent organisés réunissant les différents départements de la CMC et les grands commandants de l’APL ; puis à tous les niveaux hiérarchiques au-dessus du régiment pour des cours de morale politique sur la signification du bien et du mal et sur le sens de la loyauté. Lire notre article La grande remise à niveau opérationnelle des armées. (Suite).

Utilisant à la fois l’argument juridique du Droit et le concept moral de fidélité au commandement et au Parti, l’objectif était clairement de tirer partie des dérapages de corruption comme un adjuvant au contrôle politique des armées et de prévenir le « déviances » à l’occidentale de forces armées non partisanes et uniquement fidèles à la Nation.

Purge et rénovation de l’encadrement.

L’offensive éthique s’accompagne aussi d’une élimination soigneusement calibrée des officiers se mettant en travers des réformes, notamment dans l’armée de terre, principale cible des réductions d’effectifs.

Ainsi, les médias officiels ont fait état des arrestations des Généraux Wang Jianping n°2 de l’état-major général, Zhang Ming, adjoint à l’état-major de la région militaire de Jinan, Tian Xiusi, ancien commissaire politique de l’armée de l’air, Liao Xijun, jeune frère de Liao Xilong, ancien chef de la logistique de l’APL, Zhu Xinjian, secrétaire de Li Jinai ancien chef du département politique, puis de Liao Xilong et Li Jinai eux-mêmes. Ce qui porte à 4 le nombre de très hauts chefs militaires chassés du parti et sévèrement condamnés.

Ayant au total écartés 50 « tigres » pour corruption, la campagne a parallèlement promu une jeune garde à la dévotion du n°1 dont la loyauté met Xi Jinping à l’abri d’une secousse interne et dégage la voie pour la poursuite des réformes opérationnelles destinées à augmenter l’efficacité des forces.

Notes :

[1Pour Simon Leys, « Le confucianisme d’État a déformé la pensée du Maître pour l’accommoder aux besoins du Prince ; dans cette orthodoxie officielle, il est fait un usage sélectif de tous ceux de ses propos qui prescrivent le respect des autorités, cependant que des notions non moins essentielles, mais potentiellement subversives, sont largement escamotées — ainsi par exemple, l’obligation de justice qui doit tempérer l’exercice du pouvoir, et surtout le devoir moral qu’ont les intellectuels de critiquer les erreurs du souverain et de s’opposer à ses abus, fût-ce au prix de leur vie.

En conséquence de ces manipulations idéologiques, le nom de Confucius a fini par se trouver étroitement associé à l’exercice millénaire de la tyrannie féodale. »

Lire Une introduction à Confucius, document pdf)

[2La justification officielle du procès à huit-clos était la protection du secrets défense.


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