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Réforme des groupes publics par l’injection de capitaux privés

Lors de son discours d’inauguration du Congrès, rappelant l’obligation d’un saut qualitatif des productions industrielles, Xi Jinping a renouvelé le soutien de l’État aux grandes entreprises publiques qu’il a promis d’amener au niveau des meilleurs groupes mondiaux, « plus puissants, plus innovants et plus compétitifs ».

En réalité cette rénovation de la base industrielle est déjà en cours depuis 2015 avec le projet d’injecter des capitaux privés dans les groupes contrôlés par l’État. L’intention est d’améliorer leurs performances en même temps que la qualité de leur gestion, notamment la transparence des décisions et le sens des responsabilités des PDG et des conseils d’administration.

Le schéma est classique. Les investisseurs privés prennent le contrôle de 30 à 45% du capital et entrent dans le conseil d’administration de l’entreprise restée formellement sous administration publique, mais où on espère que l’apport de sang neuf insuffle un dynamisme innovant salutaire, tandis que les capitaux levés par l’offre sont réinvestis dans les projets à financement mixte publics-privés. Simultanément, le pouvoir central chapitre sans cesse les PDG publics pour leur faire prendre conscience de leurs nouvelles responsabilités de gestionnaires modèles.

Insuffler de nouvelles habitudes de gestion.

Il s’agit de leur faire accepter que les privés ne soient plus traités comme de simples investisseurs, mais comme des partenaires et acteurs à part entière, agissant à la fois en pourvoyeurs de capitaux, en conseillers de gestion mandatés par l’État et en sources d’innovation, elles-mêmes intéressées aux affaires.

Avant de généraliser la méthode, le gouvernement a, comme toujours, procédé à des expériences initiales avec 10 groupes publics parmi lesquels figuraient le fournisseur d’accès Unicom coté à Hong Kong et à New-York, Harbin Electric, fabricant d’équipements électriques, coté à Hong Kong, le chantier naval China Shipbuilding et une filiale de la compagnie aérienne China Eastern.

A ce jour trois groupes publics ont proposé des projets d’investissements privés à la Commission Nationale de réforme et développement (CNRD) qui pilote l’expérience.

En juin dernier, China Eastern mettait sur le marché 45% de sa division logistique ; peu après China Gold - 中国黄金 -, seule entreprise nationale de l’industrie de l’or et Unicom ont emboîté le pas, en mettant en vente une partie de leurs actifs et initiant un programme d’intéressement aux bénéfices destiné aux dirigeants et aux cadres des groupes candidats à l’investissement.

Succès initiaux. Unicom, premier de la classe.

Pour l’heure, l’ouverture du capital de China Gold a intéressé JD.com, le géant du commerce en ligne et la société de courtage Citic Securities. Sur une année et après quelques fluctuations, les actions du groupe Unicom et de China Eastern ont respectivement gagné 27 et 17% à la bourse de Hong Kong.

La presse chinoise s’est particulièrement focalisée sur le groupe public China Unicom 中国联, 4e opérateur de téléphone mondial ayant attiré l’attention du géant de l’électroménager Sunning, des taxis Didi Chuxing et du fond d’investissement de la banque Minsheng.

Le groupe a aussi invité les 4 opérateurs d’internet chinois à profiter de l’ouverture de son capital. Ayant décidé d’accueillir largement les investisseurs privés au sein de son conseil d’administration avec, de surcroît, un programme de stocks options très attractif, il a réussi à lever 11 Mds de $, se plaçant clairement en première ligne et en meilleur élève du projet national de création d’entreprises à capitaux mixtes.

En avril dernier, la CNRD avait indiqué que d’autres groupes suivraient le même chemin de réformes, dans le nucléaire civil, la distribution électrique, l’alimentation, l’aviation civile, l’industrie aéronautique et les hydrocarbures. Les activités non sensibles de sept groupes du complexe militaro-industriel étaient également sur la liste.

Probables réticences en perspective.

Alors que l’État semble forcer le rythme des réformes des grands groupes, la vérité oblige cependant à dire que, parmi ses cibles, se trouvent des groupes – notamment dans le secteur des hydrocarbures, de l’industrie aéronautique et de l’énergie – abritant les intérêts corporatistes et les féodalités les plus enracinées du régime et dont les dispositions à sauter le pas de l’ouverture au privé seront clairement moins sincères que celles de China Unicom.

Dans l’administration d’État, leurs réticences pourraient être confortées par la très conservatrice Commission des actifs de l’État (国务院国有资产监督管理委员会, en abrégé 国资委, signe anglais SASAC) dont les arrières pensées sont clairement orientées à la protection des intérêts acquis des grands groupes et de leurs présidents. La bataille avait commencé dans les effervescences et le sillage du scandale Bo Xilai, dès 2013, quand Jiang Jiemin, ancien PDG de Petrochina et président de la SASAC, proche de Zhou Yongkang, avait été mis en examen pour faits de corruption quand il était Directeur adjoint des gisement de Shengli au Shandong, dans les années 90.

*

UNICOM : Mise à jour le 28 octobre

Alors que le géant chinois de la téléphonie mobile avait déclaré en août dernier qu’il allait mettre sur le marché 35% de ses actifs de China United Network Communication Ltd listés à la bourse de Shanghai, vendus à 14 investisseurs privés, le 13 septembre la SASAC a autorisé l’opération, tandis que la Commission de régulation boursière acceptait la transgression de sa propre règle limitant les injections de capital privé dans les groupes publics à 20%.

Parmi les investisseurs se trouvent d’autres géants de nouvelles technologies et du commerce en ligne comme Baidu, Tencent, JD.com, Alibaba, ajoutés aux assurances Chinal Life, au géant de l’électroménager Sunning, à Jingdong Sanhong (commerce en ligne), Kuangchi Connection (innovation technologique ayant une connexion à Israël), à Huaihai Ark (pharmacie) au fond d’investissement Aegon-Industrial et au fond public dédié à la réforme structurelle des grands groupes nationaux. A tous Unicom avait également proposé une participation à son Conseil d’administration et un programme attractif de stocks options.

Le 28 octobre, un article de Caixin révélait que, selon une source proche de l’affaire, les transactions d’Unicom concernant sa filiale de Shanghai étaient achevées. D’autres sources indiquaient que la manœuvre aurait permis de lever 11,7 Mds de $. Dans le même temps, on apprenait que le groupe Unicom lui-même enregistré à Hong Kong, avait rapatrié 11,3 Mds de $ en vendant ses actifs à sa filiale Unicom VBI, dont la part dans Unicom est passée de 40,6% à 53,5%.

Sur le site d’Unicom, on peut lire que l’introduction dans le capital du groupe "d’investisseurs stratégiques leaders sur le marché chinois créera des synergies positives". La remarque est en phase avec les intentions du pouvoir de redynamiser les entreprises publiques dont il faut rappeler qu’elles ont accumulé la plus grande part de la dette chinoise estimée par le FMI à 260% du PNB.


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