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›› Editorial

Réformes. Chasse aux corrompus et aux dissidents. Les défis de la modernisation

Une affiche de la campagne anti-corruption à Taiyuan, province du Shanxi, en février dernier. Près de 10 000 membres du Parti ont été mis en examen au 1er trimestre 2015.

S’il est vrai que, confronté aux turbulences d’une transition de grande ampleur, le régime exprime quelques inquiétudes, il n’en dévie pas pour autant de sa trajectoire de réformes et de remises en ordre. Celles-ci continuent leurs coups de boutoir contre les piliers conservateurs des banques et les grands groupes publics. En même temps, en dépit de ses effets paralysants affectant le fonctionnement de l’administration, la campagne anti-corruption ne faiblit pas.

Elle s’attaque aux directeurs des groupes pétroliers, aux militaires déjà durement secoués et à une centaine de corrompus réfugiés à l’étranger, fonctionnaires, banquiers, industriels, ingénieurs du pétrole, experts comptables, quelques policiers, un professeur d’histoire et un ancien responsable de la sécurité publique, tous recherchés pour corruption et détournement de fonds. De nationale, la chasse devient internationale. Elle est aussi largement ouverte, puisque les photos des délinquants diffusées à Interpol sont publiées dans quelques uns des grands journaux de la planète.

Enfin, les réformes économiques et les remises en ordre éthiques qui constituent l’un des événements politiques les plus significatifs de l’histoire récente de la Chine, s’accompagnent d’un durcissement sans faille, dont l’absence de subtilité et la brutalité traduisent une nervosité, contre les dissidences politiques et les influences occidentales perçues par le régime comme une menace pour la pérennité du Parti.

*

Le système financier face aux défis du marché.


Le premier pas d’une assurance des dépôts.

Le 1er mai 2015 entre en vigueur pour la première fois en Chine un système d’assurance des dépôts. Pékin rejoint ainsi les 112 pays qui ont adopté un système d’assurance pour garantir les dépôts. Même si l’ancienne culture d’allocation facile des fonds publics aux banques ne disparaîtra pas tout de suite, le fait est que le système financier chinois entre dans une ère nouvelle.

Le 1er mai 2015 entre en vigueur un système d’assurance des dépôts annoncé à la fin mars et dont l’objet est de faire peser une pression inédite sur le système bancaire. Jusque là ce dernier était en effet assuré qu’en cas de menace de défaut, les finances publiques viendraient à son secours pour éviter une réaction brutale des épargnants chinois qui, comme ailleurs, deviennent vite nerveux quand pèsent des risques sur leurs économies.

Techniquement, la décision qui vise à obliger les banques et les institutions financières à mieux calculer les risques face aux débiteurs, envisage d’assurer les dépôts à concurrence de 500 000 Yuan, soit 74000 € ce qui, selon la Banque de Chine devrait couvrir 99% des dépôts. Les fonds nécessaires seront entre autres dégagés par l’abaissement du taux de réserve obligatoire.

L’étape suivante sera en théorie l’autorisation des faillites bancaires qui ouvrira la voie à la compétition des banques privées. La plupart des observateurs soulignent cependant la difficulté de la manœuvre dans une culture étatique pourvoyeuse de généreux crédits et peu rompue à l’analyse des risques financiers.

Politiquement, l’affaire n’est pas non plus sans risque pour le pouvoir qui connaît la force de la rumeur et les aléas des paniques grégaires. Mais on ne peut nier qu’un vieux tabou est en train de se lever et que les banques publiques entrent désormais dans des eaux mal balisées où la garantie du secours des fonds publics devient plus aléatoire.

Les banques les plus fragiles éprouveront des difficultés à garder leurs clients, tandis que les autres, contraintes à plus de rigueur comptable devront s’accommoder de l’objectif ultime de Zhou Xiaochuan, le Président de la Banque Centrale : la libéralisation progressive des taux d’intérêt qui tirera vers le bas leurs bénéfices jusqu’à présent en partie nourris par la très faible rémunération de l’épargne – parfois négative – qu’elles proposent à leurs clients.

La restructuration du tissu industriel traditionnel.


Premiers essais. Premiers freinages.

Depuis octobre 2014, la rumeur courait de la fusion des deux fabricants de matériel ferroviaire CNR et CSR. Elle est aujourd’hui en cours.

L’autre chantier de reforme qui touche aux retranchements féodaux de la mouvance conservatrice hostile aux réformes est la vaste refonte des entreprises publiques qui furent longtemps le moteur de la croissance et l’épine dorsale d’une organisation économique et sociale où l’emploi était à la fois pléthorique et garanti et où la mesure quantitative de la performance – au besoin maquillée - prenait le pas sur la qualité.

Le 20 avril, les médias officiels du régime ont annoncé que les 112 groupes publics qui se déclinent en 277 filiales enregistrées à la bourse de Shanghai dont la capitalisation totale atteint 1450 Mds d’€, seront réduits à 40 par une série de fusions, d’abord conduites dans les sous-directions commerciales des groupes.

La manœuvre est au cœur de la stratégie de modernisation de Xi Jinping, partie du « rêve chinois » pour plus d’efficacité et de qualité du secteur public. Elle a déjà commencé avec le regroupement des deux grands constructeurs de trains CNR et CSR (acronymes anglais pour China North Car et China South Car 中国比车集 et 中国南车集团) qui devrait augmenter la compétitivité des constructeurs chinois sur le marché global.

Les quelques contrats récemment engrangés par CNR (construction de 284 voitures du métro de Boston pour 645 millions de $ et des voitures du métro de Rio pour les jeux 2016) tomberont dans l’escarcelle commune du nouveau groupe dont la capitalisation estimée à 26 Mds de $ le met en mesure de concurrencer le Français Alstom, l’Allemand Siemens ou le Canadien Bombardier.

Les raidissements des groupes d’hydrocarbures et de la SASAC.

Mais preuve que la perspective touche directement aux intérêts acquis que le Parti éprouve quelques difficultés à bousculer, le jour même de l’annonce des intentions de restructuration, SINOPEC et PETROCHINA, les deux géants chinois des hydrocarbures, prenant les devants, démentirent les rumeurs d’une fusion.

Immédiatement après, la SASAC, l’organisme officiel de supervision des groupes publics qui regroupe nombre de conservateurs allergiques aux réformes, publiait une mise au point, accusant, sans autres précisions, le Quotidien de l’information économique 经济日报 d’avoir mal interprété les informations de son site.


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