QuestionChine.net

Actualité

Savoirs

›› Lectures et opinions

Retrouvailles des frères ennemis, symboles et arrières pensées

[8 mai 2005] • François Danjou

Soixante ans après la fin de la guerre civile en Chine, les secrétaires généraux du Kuomintang et du Parti Communiste chinois, successeurs de Ch’iang Kai-Shek et de Mao Zedong, tous deux héritiers de Sun Yat Sen et frères ennemis se sont retrouvés à Pékin. S’il est vrai que cette rencontre historique était chargée de symboles, elle fut également marquée par des arrières pensées au moins aussi présentes que l’enthousiasme lyrique qui a entouré les retrouvailles. Les symboles sont inscrits dans l’itinéraire même du voyage en Chine de Lien Chan, 3e successeur de Ch’iang Kai-Shek, à la tête du KMT, après Jiang Jing Guo, le fils du Généralissime et Lee Teng Hui, le Taiwanais félon, en rupture avec le Parti Nationaliste pour avoir dévoyé l’idéal de réunification et poussé trop loin la quête identitaire de Taiwan.

A Nankin, ancienne capitale de la Chine nationaliste, le souvenir de Sun Yat Sen, dont la doctrine des Trois Principes du Peuple (San Min Zhuyi) est aussi le nom de l’hymne taiwanais, renvoie à la filliation commune des deux partis. A Pékin, également chargée d’histoire, Lien Chan a pénétré dans le centre nerveux du système politique chinois moderne, si différent de celui de l’ïle, qui a longtemps considéré le Kuomintang comme sa bête noire.

Après avoir retrouvé le souvenir de sa mère étudiante à Beida, Lien Chan s’est rendu sur la tombe de ses ancêtres à Xi’an qu’il avait quittée à l’âge de 9 ans. Ancienne capitale de plusieurs dynasties, point de convergence des influences boudhistes, extrémité orientale de la route de la Soie, Xian fut aussi le théâtre de la brève capture de Ch’iang Kai-Shek par le parti communiste chinois, le 6 décembre 1936. Au cours de cet incident le parti nationaliste a été contraint de prêter main forte au PCC contre l’invasion japonaise. Ainsi fut créée la solidarité historique des deux héritiers de Sun Yat Sen dans la construction de la Nation chinoise moderne, dont les deux Partis se prévalent aujourd’hui pour créer une dynamique de réconciliation.

La dernière étape fut naturellement Shanghai, berceau du parti communiste chinois fondé en 1921, dans la sulfureuse métropole de l’Est, devenue aujourd’hui le brillant symbole de la Chine du XXIe siècle, où plusieurs centaines de milliers de Taiwanais ont développé des affaires qui scellent l’étroite imbrication économique entre les deux rives.

Ces repères qui renvoient tout à la fois à l’héritage de Sun Yat Sen, à la lutte de libération conjointe contre les Japonais, aux racines chinoises du KMT, ainsi qu’à la puissante dynamique des échanges commerciaux, s’inscrivent à merveille dans le projet de réunification que Pékin n’a pas perdu de vue. Ils épousent également le vieux mythe identitaire du KMT qui n’a jamais rompu ses liens avec son histoire sur la Grande Terre. A ce titre cette rencontre historique des frères ennemis est déjà une très appréciable contribution à l’apaisement des tensions entre les deux rives. C’est d’ailleurs ainsi que la plupart des capitales dans le monde ont analysé l’événement.


modération à priori

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Lien hypertexte (optionnel)

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d'informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)

• À lire dans la même rubrique

La sulfureuse saga de la famille Bo

[28 mars 2012] • François Danjou • Bernard Delalande

Le manifeste et le caché. La Corée du Nord dans tous ses états

[2 mars 2012] • Rémi Gedoie • Jean-Paul Yacine • Bernard Delalande

Questions autour de l’engagement américain en Asie

[29 février 2012] • François Danjou

Chine – Afrique, une autre vision

[9 janvier 2012] • Jean-Paul Yacine

Mémoires d’outre tombe de Zhao Ziyang

[13 octobre 2011] • François Danjou

Sitemap