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Réveil du fonds souverain chinois

Après une période « profil bas », conséquences de ses déboires liés aux pertes de ses investissements - estimées à plus de 5 milliards de dollars - d’il y a deux ans dans Morgan Stanley et Blackstone, tous deux malmenés par la crise économique, le fonds souverain chinois (China Investment Corporation - CIC -), redresse la tête. Ayant consacré sa période de sommeil apparent à une restructuration interne et à l’acquisition de plus de 60 milliards de dollars de parts dans 3 des plus grandes banques chinoises, il cherche de nouvelles cibles extérieures. La nouvelle de ce réveil, accompagnée d’informations sur l’appétit des entreprises chinoises pour les sociétés occidentales en difficultés et à la recherche de « cash », ravive les spéculations sur l’agressivité de la Chine, profitant de la crise pour se procurer des actifs, parfois dans des secteurs stratégiques, à des prix cassés.

Cette vision, vaguement inquiétante, qui renvoie au thème de la menace chinoise, mérite d’être examinée plus en détail. Les analystes sérieux le savent bien : crise ou pas, la Chine, dont les réserves financières et les besoins restent considérables, continuera à investir à l’étranger. Ses appétits ne faibliront pas. Mais, échaudée par sa première faute de stratégie, elle y regardera à deux fois avant de recommencer à investir dans le chaudron financier international. Il est probable que, dorénavant, elle ciblera des acquisitions plus traditionnelles et mieux liées à ses besoins directs, notamment dans les ressources minières et l’énergie. Dans le même temps, elle s’efforcera, autant que faire se peut, de réduire son image d’agressivité. Sans vraiment y parvenir, dans un monde en pleine mutation, marqué par des tensions de plus en fortes sur les ressources et où les discours sur les risques du protectionnisme, s’opposent aux mises en garde alarmistes sur la « menace chinoise ».

A la mi-avril, une déclaration à deux faces de Lou Jiwei, directeur du CIC illustrait parfaitement ces contradictions qui sous-tendent la relation entre la Chine et les grandes économies de la planète, partagées entre le dogme du libre marché et leur tendance à se protéger des monstrueux appétits de la Chine, parfois considérée comme prédatrice. La baisse du marché, expliquait Lou Jiwei, avait mis à jour des opportunités pour des fonds d’investissements et pour des entreprises, y compris dans des secteurs stratégiques eux aussi éprouvés par la pénurie de capitaux. Il ajouta que le moment était favorable car les préventions contre les acquisitions chinoises seraient mises en veilleuse par la forte demande de « cash ».

On ne pouvait pas être plus direct, avec au demeurant une pointe d’ironie teintée d’amertume quand, dans son discours au forum de Boao, sur l’île de Hainan, il rappelait qu’en 2008, les responsables de l’UE exprimaient des doutes sur la transparence du fonds souverain chinois et ses intentions. « Aujourd’hui je remercie ces responsables. Ils m’ont fait économiser beaucoup d’argent. Maintenant ils viennent me trouver et me demandent d’investir sans conditions. J’y réfléchis » a-t-il rajouté.

Mais, comme pour balancer l’agressivité de ses propos, Lou Jiwei précisa que le CIC se conformerait aux « Principes de Santiago », code de bonne conduite établis en 2008 à l’usage des fonds souverains, comportant 24 règles qui mettent l’accent sur la transparence, la conformité aux lois et règlements des « pays cibles », la prise en compte responsable des risques économiques et financiers, l’éthique financière et politique condamnant à la fois les délits d’initiés et le traitement discriminatoire des investissements.


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