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›› Taiwan

Sous l’œil de Pékin, Tsai Ing-wen surprise par la volte-face de Donald Trump

Les ventes d’armes en question.

Avec la remise à niveau des F-16 et les frégates de la Classe Perry, les missiles anti-chars Jevelin avaient été les principaux équipements dont la vente à Taïwan fut décidée par Obama en décembre 2015 pour une valeur totale de 1,83 Mds de $. Pékin avait été soulagé qu’aucun équipement de premier rang comme des navires ou des chasseurs de combat modernes n’ait figuré sur la liste. Il reste qu’Obama n’avait jamais donné suite


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Il n’empêche qu’en dépit des assurances données à Tsai, Donald Trump a vivement ravivé les doutes taiwanais sur la réalité de l’appui américain. A Taiwan la méfiance est aujourd’hui attisée par les rumeurs sur les hésitations américaines à propos d’une nouvelle vente d’armes dont la décision tarde.

Alors que l’administration Obama avait déjà reporté la livraison prévue en 2016 et qu’à Taipei on évoque la possible commande par l’armée taiwanaise de chasseurs furtifs F-35 dont la simple perspective constitue un très provocateur chiffon rouge agité sous le nez de Pékin, la question s’inscrit dans des tensions anciennes.

En mars dernier à Pékin la porte parole du Waijiaobu Hua Chunying a appelé Washington à se conformer à la politique d’une seule Chine et à reconnaître la sensibilité des ventes d’armes à Taiwan. Mais, aux États-Unis où le lobby taïwanais insiste sur l’importance du Taïwan Relations Act et souligne l’amélioration constante des capacités militaires chinoises documentées par le rapport annuel du pentagone (lire 2016 China Military Power Report., document PDF), l’administration Trump subit la pression de ceux qui conjurent la Maison Blanche de ne pas céder au chantage de Pékin sur la Corée du Nord, faisant des concessions américaines sur Taïwan la condition de la contribution chinoise aux pressions sur Pyongyang.

Ce courant de pensée était résumé dans un article du Washington Post du 7 mai dont la conclusion incitait la Maison Blanche à résister à la tentation de sacrifier les intérêts stratégiques de Washington définis il y a 35 ans en échange de « vagues promesses » d’aide chinoise sur le dossier nord-coréen.

Le dernier feu vert - mais non mis en oeuvre - de l’administration américaine pour des ventes d’ames à Taiwan avait été donné par Barack Obama le 15 décembre 2015 (lire notre article Dans l’œil du cyclone, veillée d’armes électorale.).

Quelles perspectives ?

Enfin pour hausser l’analyse d’un étage et rappeller à la fois l’extrême sensibilité de la question et explorer quelques motifs d’optimisme, il faut se souvenir que la relation entre Pékin, Washington et Taipei baigne dans des sentiments nationalistes de plus en plus exacerbés qui augmentent la nature explosive d’une crise qui dure depuis 1949.

Pour bien mesurer l’évolution de l’état d’esprit des élites chinoises ces dernières années, élément essentiel que Washington devrait considérer pour calibrer ses relations avec Pékin, rien ne vaut le rappel de la position des chercheurs experts des États-Unis à une dizaine d’années d’intervalle.

On y découvre une panoplie de possibilités qui vont des hypothèses inquiétantes de conflit aux plus rassurantes en passant par des réflexions plus subtiles sur le dépassement des nationalismes et le « rapprochement des sociétés de chaque côté du Détroit »

De la prudence vers le durcissement nationaliste.

Depuis 20 ans, le sentiment nationaliste chinois a pris de l’ampleur.


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Peu après les JO de 2008, lors d’une conférence organisée dans la capitale, Wang Jisi, 69 ans qui fut l’expert des États-Unis à l’Académie des Sciences Sociales, le plus puissant « Think Tank » du régime et, aujourd’hui, doyen de l’Institut des Etudes Internationales de l’Université de Pékin, explorait les thèmes étonnants de l’identité de la Chine et des Chinois.

Toujours imprégné du vieux conseil de prudence stratégique de Deng Xiaoping à ses compatriotes dans les années 90 qui leur enjoignait de « garder un profil bas », son discours était complètement à contre courant des manifestations de grande fierté et parfois d’arrogance qui se multiplièrent après le triomphe des Jeux de Pékin.

S’interrogeant sur la sorte de peuple que devraient être les Chinois à l’avenir, il répondait lui-même qu’ils ne devraient pas chercher à devenir des modèles planétaires à l’image des Américains. Ayant conscience des fragilités du pays aux prises avec de nombreux handicaps allant du stress hydrique dans toute la partie nord du territoire au vieillissement de la population, en passant par l’augmentation considérable de la facture énergétique, il ajoutait que « même s’ils le voulaient, le Chinois ne pourraient pas imiter les Américains ».

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Près de 10 ans plus tard, Wang Jisi continue à prôner la prudence stratégique, mais une partie des chercheurs en vogue n’est plus sur cette ligne modérée et discrète. Récemment Shen Dingli (51 ans), spécialiste de l’Amérique à l’Université Fudan de Shanghai exprimait tout autre chose à propos de la mer de Chine et de la compétition avec les États-Unis.

« Dans 10 ans, notre PNB sera plus important que celui des États-Unis. Dans 20 ans notre budget de la défense sera égal à celui du Pentagone. Dans 40 ans, nos forces armées seront meilleures que celles des USA. Pourquoi Washington risquerait-il un conflit pour ces "rochers" ? Quand vous avez la force, le monde vous accepte. Les États-Unis sont la superpuissance d’aujourd’hui. Ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Lorsque la superpuissance sera la Chine le monde l’acceptera aussi. »

S’il est vrai que les deux visions coexistent, la première apaisée, tournée vers la solution des problèmes internes, la deuxième agressive, marquée par un puissant nationalisme enraciné dans l’esprit de vengeance des humiliations infligées au XIXe siècle à la Chine par le Japon et les puissances occidentales, la vérité oblige à dire que, depuis le début du XXIe siècle, c’est la 2e qui, progressivement, s’est imposée.

L’augmentation constante du budget de la défense et de la puissance navale matérialisée par le lancement récent d’un nouveau porte-avions, 2e d’une série qui en comptera au moins 6, s’inscrit dans la logique stratégique d’affirmation de la prévalence chinoise en Asie, avant le Japon et contre la présence américaine, avec comme ligne directrice immuable, la préparation de l’APL à un conflit armé dans le Détroit.

Les chimériques espoirs d’apaisement.

Pour autant, le pire n’est jamais sûr disent les optimistes qui veulent croire à un apaisement. Le 30 avril un long article du South China Morning Post analysait l’évolution des mentalités de la jeunesse taïwanaise de plus en plus attachée aux valeurs de démocratie, de liberté d’expression, de respect de l’environnement et de qualité de la vie. Tout en ne se reconnaissant plus vraiment chinoise, elle est aussi de moins en moins nationaliste. Cherchant avant tout un accomplissement personnel, elle calcule objectivement les opportunités offertes par le Continent où la communauté de langue et de culture facilite parfois des parcours de vie plus intéressants qu’à Taiwan.

Ainsi les auteurs racontent l’histoire d’un ancien militant « du mouvement des tournesols » (lire Taïwan : Craquements politiques dans l’accord cadre. Les stratégies chinoises en question.) qui confronté à la difficulté de trouver un travail à Taiwan s’est installé à Shanghai où son salaire est près de 50% supérieur aux propositions qu’on lui avait faites dans l’Île. 500 000 Taïwanais et 17 000 étudiants sont aujourd’hui installés sur le Continent.

Ces évolutions n’ont pas échappé à Yu Zhengsheng l’un des plus subtils membre du parti, président de la Conférence Consultative du Peuple Chinois, n°4 du Comité Permanent (CPBP) dont les racines familiales croisent celles de Mao – son père fut le premier mari de Jiang Qing - et de Chang Kai-chek par le biais de son fils Jiang Jingguo.

A la dernière ANP en mars, il avait engagé les délégués à developper des liens avec la jeunesse taïwanaise, en dehors des canaux offciels. Selon une source proche des responsables, au Bureau des Affaires taiwanaises du Conseil des Affaires d’État, certains envisagent un ajustement politique prenant ses distances avec les vieilles relations inter-partis entre le PCC et le KMT, pour se mieux se rapprocher de la base.

*

Il reste que quand on observe le cours des événements il est permis de douter que ce courant de pensée contournant les rigidités historiques puisse subjuguer les impatiences nationalistes. Quant aux jeunes Taïwanais, s’il est possible qu’ils soient à l’avenir moins obsédés par l’indépendance, avides de tirer profit des opportunités du Continent, ils n’en seront pas pour autant prêts à la réunification, comme l’indique un récent sondage montrant que plus de 80% des habitants de l’Îe se considèrent plus Taïwanais que Chinois, tandis que 50% d’entre eux seraient favorables à l’indépendance.


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Par ZHANG Ming-Zhong Le 12/05/2017 à 17h26

Taïwan et l’Organisation mondiale de la Santé

C’est en 2009 que la République de Chine (Taïwan) a été invitée par l’OMS à sa 62e Assemblée mondiale en tant qu’observateur, et cette invitation avait alors mis un terme à 38 années d’exclusion. La participation de Taïwan aux réunions techniques de l’Assemblée mondiale de la Santé et de l’OMS a, au fil des ans, renforcé le système de prévention des maladies non seulement à Taïwan même, mais aussi dans le monde entier. Et afin de s’allier aux efforts communs pour faire de la vision de l’OMS une réalité, Taïwan s’est également attaché à apporter son soutien à d’autres pays confrontés à des défis en matière de santé publique.

Cette année, Taïwan souhaite poursuivre sa participation à l’OMS, y compris à son Programme de gestion des situations d’urgence sanitaire, et espère apporter sa contribution aux efforts mondiaux visant à atteindre le 3e objectif du Programme de développement durable à l’horizon 2030 porté par l’Organisation des Nations Unies : permettre à tous de vivre en bonne santé et promouvoir le bien-être de tous à tout âge. Or, alors que l’Assemblée est prévue au mois de mai à Genève comme d’habitude, Taïwan n’a pas reçu d’invitation.

Exclure à nouveau Taïwan de l’Assemblée mondiale de la Santé serait une grave erreur : les questions sanitaires ignorent les frontières étatiques et il n’est pas normal que, pour des raisons politiques, Taïwan et ses 23 millions d’habitants soient absents de cette réunion internationale de toute première importance pour l’existence même de l’humanité.

Les Etats-Unis et le Japon soutiennent déjà la participation de Taïwan à l’OMS. Nous espérons recevoir le soutien d’autres pays dans les jours qui viennent. En France notamment, la collaboration avec Taïwan en matière de santé publique est très développée, et la plupart des champions français de la santé (Sanofi, Institut Pasteur...) entretiennent des relations étroites avec les sociétés ou les instituts de recherche de mon pays, notamment pour la fabrications conjointe de vaccins ou encore pour lutter contre certaines maladies endémiques en Asie du Sud-Est. Mettre en difficulté de telles actions est tout simplement irresponsable.

Pour bâtir un système de santé mondial qui soit solide et complet, l’OMS a besoin de Taïwan, tout comme Taïwan a besoin de l’OMS. Seule une participation continue aux mécanismes, réunions et activités associés à l’AMS et à l’OMS peut garantir une mise en œuvre complète des Objectifs de développement durable des Nations Unies, et créer une situation gagnant-gagnant pour l’ensemble des parties concernées, à savoir Taïwan, l’OMS et la communauté internationale.

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