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Un été chaud sur fond d’inquiétudes et d’espoir

Depuis le 21 juillet 2005, date à laquelle la Banque Centrale chinoise a décidé de laisser flotter le Yuan dans un carcan strictement contrôlé et très étroit, la monnaie chinoise s’est appréciée de 26% par rapport au $. Les dévaluations des 11 et 12 août ont fait chuter la devise de 3,9%, résultat technique d’un ajustement de la marge de flottement.

Il faut revenir sur les événements économiques et financiers du mois d’août dont la plupart sont le reflet de la difficile transition dans laquelle la Chine est engagée, sur fond d’inquiétude du pouvoir chinois. L’inventaire examine la baisse des réserves de change, la double dévaluation du Yuan des 11 et 12 août, les nouvelles baisses des taux d’intérêts et de réserves obligatoires et, indices positifs dans un paysage économique angoissé, la reprise hésitante de l’immobilier qui accompagne la croissance assez stable de la consommation des ménages, alors que celle de la production industrielle s’est effondrée.

Les réserves de change ont perdu 300 Mds de $

La période a commencé fin juillet avec une controverse autour des raisons pour lesquelles les réserves de change avaient baissé pour le 4e trimestre consécutif avec une chute de 116 Mds de $ au premier trimestre 2015, suivie d’une autre baisse 36,2 Mds au 2e trimestre. En 2014 la baisse des deux derniers trimestres avait été de 105 Mds et de 47 Mds, soit au total, depuis la mi-juin de l’année dernière, une contraction des réserves de plus de 300 Mds de $, soit plus de 3 fois le budget de l’éducation nationale en France, y compris celui de la recherche.

La première explication avancée par les observateurs était qu’anticipant une hausse du Dollar, les réserves de change subissaient le contrecoup d’un puissant mouvement de fuite des capitaux, également motivé par la chute de la confiance dans la pérennité de la croissance. L’analyse faisait suite à une estimation de Goldman Sachs, le 21 juillet qui, en l’absence de données fiables chinoises et s’appuyant sur une discordance entre l’augmentation soudaine de ventes de matières premières dans les 6 premiers mois de l’année et l’absence de l’habituelle hausse des réserves qui aurait du en résulter, affirmaient que la seule explication était une fuite 200 Mds de $ (une somme record) au cours du 2e trimestre 2015.

L’agence américaine était aussitôt contredite par l’Administration chinoise des réserves de change (国家 外 汇 管理 局 - guojia waihui guanli ju – acronyme anglais SAFE -) qui affirmait 2 jours plus tard qu’il n’y avait pas de mouvements significatifs de capitaux vers l’étranger. Ce qui n’a pas convaincu Goldman Sachs qui citait l’existence de 235 Mds de fonds spéculatifs et la nouvelle tendance des banques chinoises à détenir des Dollars, anticipant la fin prochaine du cycle d’appréciation du Yuan.

Lu Zhengwei, un des responsables de la Banque Industrielle estimait, probablement avec raison, que la chute des réserves était en partie due aux engagements financiers de la Chine dans les projets des « nouvelles routes de la soie » et des banques lancées par Pékin en 2014 et 2015 (Banque de développement de Shanghai ou « banque des BRICS » et Banque pour les investissements d’infrastructures).

A la mi-août, l’utilisation des réserves était confirmée par la Banque Centrale qui faisait savoir qu’elle allait injecter 48 Mds de $ dans la Banque de Développement et 45 $ dans l’Exim Bank. Ces initiatives étaient clairement destinées à relancer la croissance fortement freinée depuis le premier trimestre 2010 et à venir en appui des exportations également en baisse avec, en juillet 2015, une contraction de 10% de l’excédent commercial.

Il reste que le sérieux freinage de l’économie et les secousses de la bourse continuent d’alimenter la polémique autour de la chute de la confiance identifié par certains analystes comme le principal moteur de la fuite des capitaux, alors que la plupart des observateurs estiment que les réserves chinoises continueront à baisser d’au moins 150 Mds de $ en 2015.

Dévaluation du Yuan.

Le 2e événement d’envergure ayant eu des effets directs sur les bourses asiatiques toutes en baisse, à l’origine aussi d’une marée de commentaires inquiets aux Etats-Unis et en Europe où les valeurs boursières furent également malmenées quoiqu’à moindre échelle, fut la double dévaluation du Yuan des 11 et 12 août derniers. Après une série de chiffres moroses de l’économie en juillet, (baisse de près de 7% de la vente des voitures, chute de 8% des exportations, croissance à seulement 6%) ponctuées par les tumultes des bourses de Shanghai et de Shenzhen qui continuaient leurs mouvements de montagnes russes en dépit des interventions de la Banque Centrale, le Bureau Politique a pris la décision de dévaluer le Yuan.

On le sait, la monnaie chinoise n’est pas librement convertible. Sa valeur est déterminée quotidiennement pour le lendemain par la Banque Centrale en fonction des mouvements du jour. Ainsi, depuis le 21 juillet 2005, date à laquelle ce système a été instauré, le Yuan s’est apprécié de 26% par rapport au Dollar, ce qui contredit les accusations de manipulation constamment proférées par certains hommes politiques américains. Alors que la Banque Centrale, cautionnée par le FMI expliquait que la dévaluation était un ajustement au marché suite à un élargissement des marges de fluctuations quotidiennes, le double mouvement a fait baisser la monnaie chinois de 3,49% par rapport au Dollar.

Bien que la dévaluation soit très limitée, en tous cas bien plus faible que celle de l’Euro dont le change par rapport au Dollar a perdu plus de 11% en 8 mois et près de 20% en 18 mois, il n’en fallait pas plus pour susciter l’angoisse des financiers qui craignent un nouveau dévissage de la monnaie, aussitôt nié par la Banque Centrale. Mais l’inquiétude persiste et se nourrit de deux facteurs : la surévaluation rémanente du Yuan que le Crédit suisse estime entre 5 et 10% instille l’idée d’une nouvelle dévaluation à court terme ; le sentiment que la succession d’interventions macroéconomiques dont les effets n’ont pas toujours été efficaces, révèle les inquiétudes du régime sur le ralentissement de l’économie qu’il pourrait ne plus être en mesure de contrôler.

Quoi qu’il en soit, l’état de l’économie chinoise ou l’idée qu’on s’en fait produisent des effets directs sur les marchés boursiers de la planète, au Japon, à Hong Kong, en Corée du Sud, à New-York, Londres, Berlin et Paris où les valeurs ont toutes chuté. Les inquiétudes se sont également répercutées sur les prix des matières premières (pétrole et métaux), avec une fragilité volatile particulière pour le cuivre et des conséquences pour les grands exportateurs (Australie, Indonésie, Afrique du Sud, Chili, Brésil) ; elles affectent aussi les marques de luxe comme Prada, Hermes, BMW ou Apple et en général les groupes étrangers en compétition sur le marché chinois avec des sociétés locales dans les secteurs des panneaux solaires, des télécoms, de l’aéronautique ou des semi-conducteurs.

Enfin l’impact est également sensible chez les émergents qui exportent une part significative de leur PNB en Chine (+ de 5%) comme Taïwan, la Malaisie et la Corée du Sud.


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