Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

›› Taiwan

Un improbable traité de paix

Chen Yulin, président de l’ARATS (Pékin) et Chiang Pinkun, président de la SEF (Taipei)
Le 26 novembre 2012 à Pékin lors du 20e anniversaire du « consensus de 1992 ».

Chacun le sait, l’apaisement des relations dans le Détroit de Taïwan n’a pas la même signification selon qu’on l’observe depuis Pékin ou depuis Taipei. Pouvait-il en être autrement dès lors qu’il repose presqu’uniquement sur le concept on ne peut plus ambigu et chargé de malentendus du « consensus de 1992 », affirmant l’existence « d’une seule Chine », au demeurant rejeté par le Parti indépendantiste, deuxième formation politique de l’Ile, dont l’audience est passée de 41% à 45% entre les présidentielles de 2008 et 2012.

Quant aux héritiers de Tchang Kai-chek, actuellement à la tête de l’Île, ils ne voient pas l’embellie dans le Détroit comme une modification du statuquo, et encore moins comme le début d’un processus de réunification, mais comme la fin des tensions de l’ère Chen Shui-bian.

Aux yeux de Ma Ying-jeou et de son équipe, l’apaisement ouvre surtout à l’Ile la possibilité de tirer profit du marché chinois, au même titre que les pays de l’ASEAN, avec qui Pékin a signé des accords de libre échange. Peut-être le KMT espère t-il aussi – rien n’est moins sûr - qu’à la faveur de l’apaisement, le régime chinois pourrait accorder à Taipei une plus grande marge de manœuvre internationale.

Le Parti indépendantiste, à fortiori, ne voit pas l’apaisement dont est crédité son rival politique à Taiwan, comme une marche vers la réunification, dont il ne veut à aucun prix. Il n’empêche que sa défaite aux élections de 2012 a provoqué un sérieux tumulte au sein des apparatchiks du Parti, dont certains attribuent les deux échecs électoraux de 2008 et 2012 à un positionnement trop radical, non seulement à l’égard du statut de l’Île, mais également dans la relation du DPP avec le Parti communiste chinois.

Telles étaient, en partie, les raisons du voyage en Chine, début octobre, de Frank Hsieh (Hsieh Ch’ang-Ten T’ing), ancien Président du DPP et candidat malheureux à la présidence en 2008. Il n’est pas anodin de souligner, pour confirmer que les lignes bougent à Taiwan comme en Chine, que Hsieh a été reçu le 6 octobre à Pékin par le Directeur du Bureau des Affaires taïwanaises. Lire notre article Tempête existentielle au parti indépendantiste.

Toutes ces controverses et contradictions qui signalent de fortes divergences de fond entre les deux rives sont connues depuis longtemps. Mais elles ont été ravivées par les termes du rapport de Hu Jintao au 18e Congrès.

A propos de Taiwan, ce dernier insista sur la nécessité de développer la coopération pour asseoir la relation par « des accords équitables et raisonnables » - une formulation assez consensuelle et acceptable par tous -, mais il ajouta – ce qui est contesté à des degrés divers par toute la classe politique taïwanaise – que, « tenant compte que le pays restait encore à réunifier, il était nécessaire d’installer des mesures de confiances militaires et de signer un traité de paix ».

Depuis trois mois la classe politique taïwanaise est agitée par ces débats avec la Chine, touchant à la souveraineté, aux conditions des mesures de confiance militaires, au rejet de la réunification, définitivement pour le DPP, ou, pour le KMT, aussi longtemps que la Chine ne sera pas démocratique, à la quadrature du cercle des conditions du dialogue du Parti Indépendantiste avec le PCC, et enfin à l’utilité d’un traité de paix, perçu par certains comme un cheval de Troie, ouvrant la voie à la réunification.


• Commenter cet article

Modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

• À lire dans la même rubrique

Sommet des « Think tank » de l’Asie Pacifique à Taipei. Réflexion sur le soft power et la diplomatie taïwanaise de « substitution »

Puissance nationaliste chinoise et désarroi démocratique taïwanais

Relations dans le Détroit. Situation et perspectives. Le dilemme de Tsai Ing-wen

Coups de boutoir méthodiques de Pékin contre l’Île. Le Panama quitte le navire taïwanais

Sous l’œil de Pékin, Tsai Ing-wen surprise par la volte-face de Donald Trump