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Un intellectuel chinois met en garde contre la censure

周 瑞 金 (Zhou Rui Jin) défenseur de la liberté d’expression.

La presse occidentale pullule d’informations sur l’aggravation de la censure politique en Chine et à Hong-Kong. Lire nos articles : Une réforme judiciaire aux caractéristiques chinoises et Hong – Kong sous influence

Mais les observateurs occidentaux ne sont pas les seuls à dénoncer la chape de plomb qui s’est abattue sur l’information. Récemment, un journaliste chinois dont l’histoire politique remonte à l’ère des reformes initiées par Deng Xiaoping, a donné de la voix pour mettre en garde contre les effets pervers de médias trop drastiquement policés par la propagande.

Le 2 février le site Ifeng.com, excroissance internet de Phoenix TV basée à Hong Kong a publié un extrait des commentaires politiques de Zhou Ruijin, ancien n°2 du Quotidien de la Libération (Shanghai) et rédacteur en chef adjoint du Quotidien du Peuple (1993 - 2000), dans lequel il soulignait que les excès de la censure étaient une incohérence dans le discours général de la réforme. L’attaque ciblait directement le département de la propagande accusé de « gérer les médias comme un annuaire des chemins de fer, s’ingérant directement dans le travail des journalistes et leur donnant des ordres comme s’il était leur rédacteur en chef. »

Plus loin, le reproche stigmatisait les nouvelles tendances de l’appareil à réagir sans nuance à la plus infime critique, exigeant des médias qu’ils soient les relais de la justice, fermant des sites internet, supprimant des commentaires, imposant aux contrevenants des exercices de repentances publiques, dans une tendance générale clairement à rebours de l’État de droit dont se réclame le pouvoir.

Laisser s’exprimer les critiques.

Zhou, dont le nom de plume du temps de Deng Xiaoping était Huang Fuping, (qu’il partageait à l’époque avec Shi Zhihong [1] et Ling He) prêche pour laisser s’exprimer des voix contraires. Dans ces temps de transition, dit-il, il est indispensable et inévitable que des citoyens donnent leur avis sur les modalités de la réforme et sa mise en œuvre. S’il est vrai que le pouvoir a le droit de « guider » l’opinion, il n’a pas celui de la supprimer, ajoutant que la liberté d’expression garantie par la constitution devait être respectée.

Illustrant ces tendances à diriger l’information et à la censurer, le récent discours de Fan Weiping, n°1 du Liaoning, ordonnait aux médias de suivre fidèlement la ligne du Parti, de minimiser les difficultés économiques de la région et d’exprimer un sentiment de confiance dans l’avenir, alors même que la province, un des centres de la vieille industrie lourde chinoise en difficultés, est aujourd’hui confrontée à une grave recrudescence des problèmes sociaux.

Le discours de Fan s’inscrit dans une longue liste de pressions exercées contre les médias depuis 2013 commencée par la mise au pas de Sud Magazine (lire aussi Main basse politique sur l’information et Internet pour protéger le Parti), continuée par la fermeture de nombreux médias et sites internet critiques, pour s’achever en décembre 2015 par l’expulsion d’Ursula Gauthier (lire notre article Expulsion de la journaliste Ursula Gauthier) et la condamnation à 4 ans de prison de Shen Hao (43 ans), ancien PDG de 21rst Century Media Group dont l’affaire court depuis septembre 2014, pour s’être livré avec 8 journalistes du groupe à des extorsions de fonds et à des chantages à la publicité, dont il faut cependant rappeler que la pratique est courante en Chine.

La moralité de cette dernière affaire est que si, par les temps qui courent, les journalistes chinois veulent s’essayer aux très risqués exercices critiques du pouvoir, la moindre des choses est qu’ils prennent leur distance avec les petits jeux très courus en Chine de l’escroquerie à la publicité, exerçant des chantages contre des sociétés qui refusent de payer, les menaçant de reportages négatifs.

« Frapper fort » contre les médias.

Diffusée par les réseaux sociaux chinois, la banderole affichée le 1er février par la police de Hengshan pour préciser le thème d’un séminaire sur la répression des médias 严 打 新 闻。

Il reste qu’en 2016, la chasse aux médias critiques a continué avec des exemples caricaturaux de dérapages répressifs comme ce séminaire organisé le 1er février par la police de Hengshan dans la province du Shanxi dont les échanges étaient dominés par une banderole ne laissant aucun doute sur les intentions : « frapper fort contre les médias : yanda xinwen meiti – 严打 新闻 体 ». Sans surprise, la photo de la banderole a fait le tour d’internet comme une traînée de poudre. Interdite en chine, elle s’est propagée à l’étranger dans les milieux des expatriés critiques.

En Chine même, les commentaires par les internautes qui réussirent à visionner la photo avant son effacement par la censure furent acerbes et ironiques. Peu après, les autorités de Hengshan dûment chapitrées par leurs chefs se sont confondues en excuses. La banderole mise au pilori par les internautes avait, selon un responsable, été « mal recopiée par un secrétaire distrait » : entre Yan Da et Meiti, il manquait un et (和)。A quoi un internaute, féru de syntaxe, a répondu que sans le 和 la phrase était intelligible alors qu’avec, elle n’avait plus de sens.

*

En quelques mois l’actualité chinoise a été marquée par deux interventions d’intellectuels influents qui semblent s’adresser à la tête du pouvoir pour le mettre en garde contre les dérives d’une gouvernance autoritaire et peu subtile. En septembre, Sun Liping, ancien mentor de Xi Jinping à l’université Qinghua tirait la sonnette d’alarme contre l’excessive centralisation du pouvoir pouvant conduire à des ratés et de graves malentendus.

Cette fois l’alerte contre les excès de la censure vient d’une figure dont l’histoire et les connexions politiques renvoient au réformisme de Deng Xiaoping. La sensibilité politique de l’événement se lit dans le contraste entre les réactions de l’opinion sur les réseaux sociaux et la poursuite sans nuance de la mise au pas des médias à Hong Kong et en Chine.

Lire aussi :
- Excès de centralisme, cafouillages et alerte politique
- Feu sur les retraités du Parti et remises en question en série

NOTE de CONTEXTE

En juin 2011, interviewé sur l’ouverture des médias par Fenghuang Wang, correspondant à Hong Kong de Courrier International, Zhou Ruijin disait ceci à propos d’une série d’éditoriaux parus dans le Quotidien du Peuple dont la tonalité était plutôt libérale :

« Notre société se trouve à un triple tournant. Nous passons d’une société fermée à une société ouverte, d’une société agricole à une société industrielle et d’un système d’économie planifiée à un système d’économie de marché socialiste. Cette triple mutation génère toutes sortes de tensions, tout en donnant naissance à des structures sociales diverses qui représentent des intérêts différents. Poussées par la volonté de défendre leurs propres intérêts, celles-ci revendiquent les droits de liberté d’expression, de publication et de participation au gouvernement prévus par la Constitution.

Aujourd’hui, il est inconcevable qu’une seule voix se fasse entendre. Compte tenu de cela, se pose à nos gouvernants, c’est-à-dire aux membres du Parti quel que soit leur échelon, la question suivante : comment garder la main ? Ce sont ces problèmes que mettent en exergue les éditoriaux publiés par “Le Quotidien du peuple”. Ils sont en phase avec la conjoncture économique et politique d’aujourd’hui. Ils contribuent aussi à favoriser les réformes actuelles du système politique, économique, social et culturel. »

*

Zhou Ruijin (周 瑞 金), diplômé de Fudan, puis membre de l’Académie des Sciences Sociales, a, au début des années 90, sous le pseudonyme de Huangfu Ping, écrit une séries d’articles dans le Quotidien de la Libération qui prenaient la défense des réformes de Deng Xiaoping. Leurs titres étaient : la réforme et la libéralisation exigent un nouveau mode de pensée.

Notes :

[1Shi Zhihong (76 ans) fut le secrétaire de Zeng Qinghong quand celui-ci était vice-président de la RPC de 2003 à 2008 et membre du Comité Permanent du Bureau Politique. Shi fut aussi Directeur adjoint de la publication du Quotidien du peuple et le Directeur adjoint du Centre de recherches politiques du Parti.

Jusque récemment il était n°2 de la Commission des affaires sociales et juridiques de la Conférence Consultative du peuple chinois. Au cours de sa carrière il a, entre 2002 et 2007, participé à la rédaction de nombreux documents préparatoires aux réunions au sommet du Parti. Au début des années 90 il avait comme Zhou Ruijin la réputation d’un réformateur qui appuyait les réformes de Deng Xiaoping contre les conservateurs.


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Par NicoChina Le 14/06/2016 à 16h52

Un intellectuel chinois met en garde contre la censure.

Entre les acteurs de CDN et ceux du VPN, la censure Chinoise donne décidément beaucoup de boulot à tout ce petit monde ! Il est de plus en plus difficile d’échapper au blocage d’Internet, les technique de détection étant régulièrement renforcées. Il en reste plus que quelques VPN qui passent encore sous les radars, inquiétant tout ça : http://www.undernews.fr/libertes-neutralite/meilleur-vpn-pour-la-chine-censure-firewall-filtrage.html

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