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Une femme chinoise prix Nobel de médecine

Tu Youyou (85 ans) a été récompensée pour ses travaux combinant des recherches historiques sur la médecine chinoise traditionnelle et l’utilisation de la chimie moderne.

Le 5 octobre, le Docteur Tu Youyou (屠 呦呦) 85 ans, physicienne chimiste a reçu le prix Nobel de médecine pour ses travaux sur la malaria menés à partir de plantes de médecine traditionnelle chinoise. Elle partage le prix avec les docteurs Campbell, Américain d’origine irlandaise et Satoshi Omura, Japonais, tous deux récompensés pour leurs travaux sur les parasites intestinaux. Comme le souligne le Comité Nobel, les lauréats de cette année ont développé des traitements révolutionnaires contre des maladies parasitaires les plus meurtrières.

Après Liu Xiaobo aujourd’hui en prison, Prix Nobel de la paix en 2010 et Mo Yan, Prix Nobel de littérature en 2012, c’est la première fois qu’un citoyen chinois reçoit le prix Nobel dans une discipline scientifique. Tu est aussi la première femme chinoise de l’histoire à remporter le prix créé en 1901. Avant elle, 11 autres femmes dans le monde l’avaient reçu. Les physiciens d’origine chinoise Li Zhengdao et Yang Zhenming, émigrés aux Etats-Unis avant 1949 et devenus américains, partagèrent le Prix Nobel de physique en 1957.

Professeur à l’Académie de médecine traditionnelle chinoise de Pékin, le Dr Tu a été honorée pour ses recherches scientifiques qui permirent de continuer à traiter la malaria alors que le plasmodium falciparum, le parasite du paludisme, devenait résistant aux traitements classiques par la chloroquine.

Avec son équipe elle s’est inspirée de textes anciens pour identifier, par des essais sur 2000 recettes de médecine traditionnelle, les propriété curatives de « l’armoise annuelle » (nom scientifique Artemisia annua), que les anciens Chinois appelaient Qinghao 青 蒿 et utilisaient en décoction, mais dont elle a extrait l’essence – l’artémisinine - par un procédé à basse température, moins nuisible pour la substance active. Après avoir effectué des essais sur des souris de laboratoire, elle s’est elle-même inoculée le paludisme pour tester le remède.

Une synthèse entre la médecine traditionnelle et la chimie moderne.

Tu Youyou en 1951, à l’université de Pékin, avec son professeur et mentor Lou Zhicen, Dr en pharmacie de l’Université de Londres. A l’époque, ce dernier était un des rares scientifiques chinois à avoir été formés à l’étranger.

Publiés anonymement en 1977, alors que la Chine sortait à peine de la tourmente de la révolution culturelle, les travaux sur la malaria du Dr Tu avaient commencé en 1969 date à laquelle elle fut nommée chef de projet de recherche de son institut. Les premiers résultats concrets apparurent en 1972, sous forme de l’essence de « l’armoise annuelle » nommée artémisinine dont Tu étudia la structure chimique. Ses travaux la conduisirent à synthétiser la molécule de la dihydroartémisinine-pipéraquine (DHA-P), l’un des cinq traitements combinés à base d’artémisinine actuellement recommandés par l’Organisation Mondiale de la Santé contre le paludisme.

Selon un article de la revue médicale The Lancet, il y a dix ans la malaria tuait plus de 1,2 millions de personnes chaque année, avec un pic à 1,8 millions de décès en 2004. Depuis, le nombre des décès a été divisé par deux. Le dernier rapport de l’OMS recense 198 millions de cas de paludisme pour 584 000 décès en 2013. C’est le continent africain qui est le plus touché, avec 90% des morts dénombrés. Les enfants de moins de cinq ans constituent 78% des victimes.

Les travaux de Tu menés en pleine transe révolutionnaire en Chine et pendant la guerre du Vietnam eurent aussi un arrière plan géostratégique. En 1967 Ho Chi Minh à la tête du nord-Vietnam alors en guerre contre le Sud, avait demandé à Zhou Enlai de l’aider à développer un traitement de la malaria pour suppléer aux déficiences de la chloroquine devenue inefficace. Le projet fut baptisé 523 (à la date du 23 mai). Le Dr Tu en hérita en 1969.

Avant le prix Nobel, le Dr Tu a été honorée en Chine et hors de Chine par de nombreuses récompenses qui vont du Prix National des sciences en 1978 et du Prix des inventeurs en 1979, à l’inscription, en 2012, sur la liste des 10 femmes les plus remarquables de la République Populaire, en passant par trois Prix attribués en 2011 : celui des sciences de la vie par le géant pharmaceutique GSK, le Prix Albert Asker qui récompense la qualité de la recherche clinique et celui de l’Académie chinoise des Sciences médicales.


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