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›› Politique intérieure

Vaste réorganisation des forces armées

Le 1er février à Pékin, le Président Xi Jinping, chef des armées remet les emblèmes des 5 nouveaux « théâtres d’opérations » qui remplacent les 7 anciennes régions militaires.

Le 1er février Xi Jinping a présidé à Pékin une cérémonie de remise des emblèmes aux commandants des 5 nouvelles régions militaires créées en décembre 2014, marquant une nouvelle étape de la réorganisation des forces armées.

Après le lancement d’une impitoyable campagne anti-corruption (lire notre article Excès de centralisme, cafouillages et alerte politique) purgeant 42 généraux, remplacés par 57 nouveaux étoilés, - une bonne partie d’entre eux venant du 31e groupe d’armées du Fujian où Xi a été en poste pendant 17 ans -, la modernisation des structures s’était poursuivie en novembre 2014 par un premier effort de centralisation.

Démantèlement des anciennes structures

et concentration du commandement.

Regroupés sous l’égide de la CMC qui, au passage, a été dotée d’une structure de contrôle disciplinaire spéciale, les armées, armes et services seront désormais placés sous un commandement unifié des forces jusque là éclatées en divers commandements géographiques et fonctionnels qui créaient une culture d’autonomie et des cloisonnements préjudiciables à l’efficacité opérationnelle.

La nouvelle organisation du commandement des 3 armées, Terre, Air et Mer directement supervisées par la CMC, voisinera avec deux autres hauts commandements, celui des missiles et celui de la logistique.

Les anciens départements de l’état-major général seront dissous et leurs prérogatives dispersées dans une quinzaine de nouveaux bureaux placés sous le contrôle de la CMC (*). La répartition des rôles est clarifiée selon le modèle occidental, avec les commandements de théâtre en charge de l’opérationnel, tandis que les commandements d’armées ont la responsabilité de la préparation des forces. La nouvelle organisation a clairement pour but d’augmenter la capacité des forces à conduire des opérations intégrées.

Priorité à un vaste « théâtre d’opérations Ouest. »

A droite les 5 nouveaux « théâtres d’opérations » (Ouest, PC à Urumqi), Nord (PC à Shenyang), Centre (PC à pékin), Est (PC à Nanjing), Sud (PC à Canton) qui remplacent les anciennes régions militaires à gauche. La Zone ouest qui regroupe les anciennes régions militaires de Lanzhou et Chengdu occupe plus de 40% du territoire et concentrera 30% des moyens militaires chinois.

Après la décision annoncée le 3 septembre dernier de diminuer les effectifs de 300 000 hommes, la cérémonie du début février poursuit la modernisation en entérinant la réduction décidée en décembre du nombre de régions militaires désormais baptisées « théâtres opérationnels » qui passent de 7 à 5 (un théâtre pour chaque point cardinal et un « théâtre centre ») dont les commandements seront installés à Shenyang (Nord), Pékin (Centre), Nanjing (Est), Canton (Sud) et Urumqi (Ouest).

L’examen de ces théâtres indique la priorité accordée à l’immense zone Ouest (40% du territoire) comprenant les provinces du Xinjiang, du Tibet, du Qinghai, du Sichuan, de Chongqing, du Gansu, du Guizhou et du Yunnan. Proche des foyers terroristes d’Asie Centrale et d’Afghanistan, peuplé de minorités, ce nouveau théâtre sera chargé de faire face aux menaces internes venant du Tibet et du Xinjiang, avec des effectifs militaires qui rassembleront plus du tiers des forces armées chinoises.

La nouvelle image territoriale et structurelle de l’APL ainsi envisagée fait partie du projet de modernisation des armées chinoises dont l’achèvement est prévu en 2020.

D’une ampleur jusque là inégalée, la réorganisation qui se double d’une violente campagne de redressement éthique et du fréquent rappel doctrinal de la subordination au Parti, traduit à la fois la volonté de Xi Jinping de regrouper sans ambiguïté et à sa main le commandement des forces au sein d’une structure fortement centralisée et de mettre les armées en mesure de faire face à la fois aux défis de sécurité intérieure et aux démonstrations de forces de l’aéronavale américaine - éventuellement assistée des Forces d’autodéfense japonaises - sur les théâtres du Pacifique occidental et de mer de Chine du sud.

Partie du processus de réforme, la CMC créera en son sein une nouvelle commission de discipline et de contrôle chargée d’inspecter les états-majors, les unités et les nouveaux théâtres.

Au passage, il ne fait aucun doute que Xi Jinping a réussi à lancer une réforme de l’APL que ses prédécesseurs ont toujours manquée parce qu’il a amplement utilisé la puissante pression de la lutte anti-corruption matérialisée par les mises en examen de deux des anciens grands responsables militaires à la retraite : Guo Boxiong et Xu Caihou, respectivement ancien chef de l’état-major général et ancien commissaire politique de l’APL.

La retransmission sur la chaîne de télévision centrale CCTV de l’arrestation de Xu Caihou à l’hôpital militaire 301 où il était soigné pour un cancer dont il est décédé peu après, a d’ailleurs constitué un redoutable signal de la détermination de Xi Jinping à utiliser tous les leviers pour réduire au silence les opposants à sa réforme.

Note *

La Commission Militaire Centrale (CMC) qui a été dotée des prérogatives d’un Haut Commandement centralisé a sous sa coupe directe, via un secrétariat général (办 公 厅)aux ordres du Général** Qin Zhenxiang :

1) 6 départements - état-major général, Études politiques, logistique, équipements, entraînement, mobilisation - aux ordres des généraux Feng Fenghui***, (état-major général -联合 叁 某部),Zhang Yang***(politique 政治 工作部), Zhao Keshi***(logistique 后勤保障部), Zhang Youxia***(équipements 装备发展部), Zheng He** (entraînement et administration 训练管理部), Sheng Bin** (mobilisation 国防 动员部)

2) 3 commissions - Discipline (记录检查委员会)politique(政治 委员会) (et science & technologie (科学技术 委员会)-

3) 6 bureaux - Secrétariat général (voir plus haut), planification 战略规划 办公室), réformes 改革 办公室, coopération internationale 国际 军事合作 办公室, contrôle et audit (审 计署), gestion administrative (机关事务管理总) -

4) 5 hauts commandements - Terre (陆军领导机关), Air (空军), Mer(海军),Missiles 火箭军, Logistique opérationnelle 战略保障部队-

6) 5 théâtres opérationnels - Est - Nanjing 东部战区- ; Sud - Canton 南部战区 - ; Ouest - Urumqi 西部 战区- ; Nord - Shenyang 北部战区- ; Centre - Pékin 中部 战区-.

La nouvelle organisation dépouille le ministère de la défense des quelques prérogatives internationales dont il pouvait se prévaloir, retire sa prééminence à l’Armée de Terre, et dynamite le pouvoir des anciens départements généraux (État-major général, Politique, Équipement, Logistique). Enfin, il crée un commandement logistique opérationnel intégré qui prend sous sa coup la guerre électronique et rapproche l’APL d’une organisation militaire de type occidental.

Selon Cheng Li, l’un des conseillers de Xi Jinping ayant suggéré ces bouleversements serait le général à la retraite Zhang Qingsheng, à la très grande expérience opérationnelle de terrain, connu pour son caractère entier et direct, opposé à la prééminence des commissaires politiques et partisan d’une armée nationale démarquée du Parti. Sur ce point qui suppose une neutralité des militaires à l’égard du Parti, il est très improbable que le général Zhang soit entendu.

Lire aussi Le Parti revisite son histoire : son regard édulcoré éclaire le présent et
http://www.questionchine.net/xi-jinping-l-apl-et-les-manes-maoistes

*

NOTE sur le Général Zhang Qingsheng

Membre du Comité Central depuis 2007, ancien commandant de la RM de Canton (2007 – 2009), le Général*** à la retraite Zhang, qui fut aussi n°2 de l’état-major général, en charge des opérations et de l’instruction, fut, durant sa carrière, un des hommes les plus puissants et les plus influents de l’APL.

Né à Xiaoyi dans la province du Shanxi, entré dans l’APL à 20 ans, il a également été directeur de l’instruction et de la recherche à l’Université de la Défense nationale.

En août 2011, il avait été sélectionné avec tous les membres de la CMC, ainsi qu’avec les généraux Liu Yuan et Liu Yazhou, pour être l’un des 251 délégués de l’APL au 18e Congrès. Pourtant Zhang est également un officier général controversé qui sent le souffre puisque la rumeur insistante court qu’à plusieurs reprises il aurait été sur la sellette pour avoir, contre la doctrine officielle et le dogme du Parti, prôné le concept d’une « armée nationale ».

Dans l’APL, le général Zhang est connu pour avoir, lors d’une réception officielle à l’été 2012 en présence du Président Hu Jintao, violemment manifesté sa mauvaise humeur en apprenant qu’il avait été écarté du poste de n°1 de l’état-major général pour succéder au général Guo Boxiong. A la retraite depuis 2013, il est, depuis, le n°2 de la Commission des Affaires économiques et financières de l’Assemblée Nationale Populaire. Même de pure forme, cette responsabilité signale que la classe politique chinoise ménage le général Zhang.


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