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›› Chronique

Vers une guerre totale en Corée du nord ? Les pièges mortels des incertitudes et des malentendus

La diplomatie publique des voltefaces.

Explosions nucléaires nord-coréennes. La dernière du 3 septembre, la plus puissante, dont Pyongyang dit qu’elle était à hydrogène, a provoqué un glissement de terrain. Washington espère que Pékin acceptera de réduire ses exportations de pétrole et produits dérivés atteignant encore 700 000 tonnes par an. 83% du commerce de la Corée du nord se fait avec la Chine.


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A Pékin, la presse officielle est resté discrète sur l’échange de 45 minutes de Xi Jinping le 6 septembre avec D. Trump, alors que, dans toutes ses feuilles, elle a évoqué l’entretien du président chinois avec Angela Merkel connue à Pékin pour n’être pas dans les meilleurs termes avec D. Trump.

Parlant à la presse, ce dernier a assuré que le président chinois était à « 100% d’accord avec lui sur la nécessité de dénucléariser la péninsule (…), laissant aussi entendre que Pékin pourrait s’impliquer plus. Selon Trump, la négociation était également l’option préférée de la Maison Blanche, mais quand les journalistes l’interrogèrent sur une frappe militaire, il a à nouveau laissé plané l’incertitude « Ce n’est pas notre premier choix, mais nous verrons bien ».

L’administration semble aussi jouer sur les deux registres de la diplomatie et des sanctions assorties de menaces militaires avec plus ou moins de constance et de clarté constamment brouillée par les embardées du président répondant du tac au tac aux provocations de Pyongyang.

Le 3 septembre, après le 6e test, le ministre de la défense Mattis répétait que la Corée du Nord risquait d’être « annihilée » si elle provoquait un conflit. Dans le registre de la fermeté, il était aussitôt suivi par Nikky Haley aux NU qui réclamait un nouvel alourdissement des sanctions « non pas seulement un embargo sur les finances, mais d’authentiques mesures de privation dont Pyongyang ressentirait la morsure ».

La Chine directement ciblée.

Disant cela, elle faisait clairement allusion aux 700 000 tonnes de pétrole et de produits dérivés (sources Corée du sud et NU) que Pékin continue de livrer chaque année à Pyongyang. Avec cependant la difficulté que même si Pékin fermait complètement le robinet de pétrole, Pyongyang aurait encore une marge de manœuvre d’une année de stocks de sécurité, précisément accumulés grâce aux livraisons chinoises qui ne cessèrent jamais. L’autre fournisseur de pétrole à la Corée du Nord, à l’échelle bien moindre de 4300 tonnes par an est la Russie.

Quant au registre diplomatique et de l’apaisement, Rex Tillerson et Mattis l’avaient brandi de conserve à la mi-août après les menaces de Trump promettant « le feu et la fureur », en publiant un article dans le WSJ dans lequel ils assuraient les Nord-coréens que Washington ne visait pas la chute du régime. Mais, pour l’heure et après les dernières provocations du 6e test nucléaire et du tir balistique au-dessus du Japon, la musique de la détente est devenue inaudible.

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La suite immédiate est connue et risque d’être tristement répétitive. Pour la troisième fois en 6 mois, le Conseil de sécurité se réunira pour voter de nouvelles sanctions contre Pyongyang, que Washington et ses alliés espèrent encore plus efficaces que les précédentes. Pékin et Moscou les ont déjà cautionnées – après la 6e explosion nucléaire et le tir au-dessus du Japon, un veto serait difficile –. Mais les deux continueront à faire valoir la vacuité des sanctions qui ne furent pourtant jamais complètement appliquées.

Leur solution, mise sur la table par Pékin depuis mars 2017 et adoptée par Moscou, est le double moratoire de Pyongyang sur ses tests nucléaires et balistiques et de l’alliance Washington – Séoul sur ses exercices militaires. Deux concessions que ni Pyongyang, ni Washington ne sont prêts à accepter. La Corée répétant que ses programmes n’étaient pas négociables, et les États-Unis exigeant précisément leur arrêt préalable en vue de leur démantèlement.

Sentiment d’urgence et interrogations.

Bien que la plupart des experts estiment qu’une frappe militaire contre Pyongyang serait en partie inefficace et risquerait d’entraîner une riposte meurtrière, Washington continue à laisser flotter l’idée de l’option militaire. Ici le porte avions Carl Vinson, en mars 2017 dans le port de Pusan.


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Il reste qu’au-delà de la récurrence des attitudes embourbées, marquées par le refus obstiné de concessions réciproques, l’impression s’impose peu à peu que la situation pourrait s’accélérer dans une direction pour l’heure très incertaine autour de plusieurs inconnues, dont l’épaisseur contribue à la crainte d’une embardée militaire catastrophique.

Après plus de 20 années d’une attitude ambiguë mêlant d’une part la condamnation de Pyongyang, l’acceptation des sanctions mises en œuvre partiellement et, d’autre part, le souci de stabilité stratégique d’une péninsule qu’il voudrait éternellement divisée exprimé par l’appui à la famille Kim, le Bureau Politique chinois dont on sait qu’il a, depuis 2012, pris ses distances avec Kim Jong-un, serait-il prêt à exercer les pressions exigées par Nikkey Haley à l’ONU ?

Risquerait-il de donner le sentiment public qu’il s’aligne sur Washington son premier rival en Asie Pacifique et de plus en plus dans le monde, provoquant par la même occasion des fractures dans l’architecture rigide du régime de Pyongyang, son paravent stratégique depuis 1953 ?

Au passage et pour revenir un instant aux réflexions initiales de l’analyse, chacun voit bien que si Pékin opérait ce glissement qui fit, rappelons le, objet d’un vif débat au sein même du sérail [1], mais dont beaucoup estiment qu’il est improbable, il ne se ferait que de manière secrète, à contre courant des modes de la transparence à tout va et du « tweet ». Sur ces hésitations de la Chine lire : Pyongyang et l’ambiguïté de « la nouvelle musique chinoise ».

La deuxième incertitude est américaine. Les interrogations ne manquent pas. Jusqu’à quel point et durant combien de temps Washington pourrait-il accepter l’accélération des progrès balistiques et nucléaires nord-coréens portant la perspective de placer le territoire américain sous la menace d’une frappe atomique de Pyongyang ?

Questions connexes : au-delà des menaces, une frappe préventive américaine est-elle envisageable contre les avis des experts affirmant qu’elle ne parviendrait pas à détruire d’un coup toutes les installations nucléaires protégées dans les entrailles des montagnes et malgré les risques qu’elle ferait courir aux populations civiles et au dispositif militaire coréen et américain dans la région ?

Jusqu’où Washington serait-il prêt à aller réellement dans ses pressions sur la Chine qui portent le risque de déstabiliser la relation bilatérale que les deux s’évertuent, en dépit des rivalités stratégiques, à maintenir dans des eaux aussi calmes que possible ?

Enfin, les négociateurs américains seraient-ils prêts à entamer un dialogue après avoir accepté, comme le propose Pékin, un moratoire sur les manœuvres de l’alliance, quand bien même Pyongyang affirme que ses programmes nucléaire et balistique ne sont pas négociables ?

Notes :

[1En avril 2013, Deng Yuwen, rédacteur en chef adjoint du Xuexi Shibao (Etudes), le journal de l’Ecole du Parti fut révoqué de son poste pour avoir ouvertement critiqué dans le Financial Times la politique nord-coréenne de Pékin.


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