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Xi Jinping à Belgrade. Retour vers le futur des guerres technologiques

Le 17 juin à Belgrade, Xi jinping, accompagné de son épouse Peng Liyuan a déposé une gerbe au monument érigé à la mémoire des victimes de l’attaque américaine contre l’ambassade de Chine en ex-Yougoslavie, le 7 mai 1999.

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En route vers la Pologne et l’Ouzbékistan, le président Xi Jinping était à Belgrade le 17 juin. C’était la première visite officielle d’un n°1 chinois en 32 ans. A côté des commentaires de presse sur la vingtaine d’accords ou déclarations d’intention assortis de la promesse de 17 millions d’€ d’investissements dans l’infrastructure et quelques projets de développement, une occurrence mérite attention. [1]

Avec la visite de Xi Jinping à la vieille aciérie de Smederevo (50 km au sud-est de Belgrade) rachetée par le groupe chinois Hesteel pour 46 millions d’€ en avril dernier en pleine controverse sur le dumping de l’acier chinois, la cérémonie présidée par Xi à la mémoire des victimes de l’attaque américaine contre l’ambassade de Chine à Belgrade le 7 mai 1999 a touché un nerf sensible aux États-Unis et chez leur alliés européens.

La rivalité sino-américaine s’invite en Europe...

L’hommage qui renvoyait au douloureux conflit yougoslave ayant secoué l’Europe entre 1991 et 2001, rappelait un événement qui fut un des principaux marqueurs de la rivalité entre la Chine, les États-Unis et leurs alliés et dont le choc sonna à Pékin le tocsin de la nécessaire modernisation technologique de l’APL.

Par ce truchement mémoriel, la rivalité stratégique entre Pékin et Washington s’est invitée au cœur de la vieille Europe, s’ajoutant aux transes provoquées par les tensions entre Washington et Moscou aux marches orientales de l’Union.

...par l’hommage chinois aux victimes de la CIA.

Le 17 juin, Xi Jinping et son épouse Peng Liyuan accompagnés du président serbe Nikolic, du président de l’assemblée nationale Gojkovic et du premier ministre Vucic ont déposé une gerbe au pied d’un monument érigé sur le site de l’ancienne ambassade en partie détruite, sur lequel était inscrit « honorons nos martyrs et célébrons la paix ».

Dans son allocution qui importait en Europe les controverses sino-américaines à l’œuvre dans le Pacifique occidental où Pékin estime subir abusivement la menace des alliances militaires de Washington, le président Xi a souligné que la Serbie et la Chine, tous deux promoteurs de la paix, ne « craignaient pas les pressions hégémoniques. »

17 ans plus tard les paroles du n°1 chinois exprimaient encore une blessure et une rancœur. Aujourd’hui, alors que les tensions montent entre Pékin et Washington, la mémoire des victimes honorées dans un fief serbe cher au cœur des Russes eux-mêmes soutien de Pékin dans les controverses en mer de Chine du sud, prend une résonance toute particulière.

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On se souvient qu’en 1999, des fuites venant des services de renseignements européens avaient assez rapidement dévoilé que, contrairement aux affirmations du Pentagone, la frappe contre l’ambassade de Chine à Belgrade n’était pas une erreur.

Exécuté hors OTAN par un bombardier B-2 venant du Texas probablement aux ordres de la CIA, le tir était bel et bien une attaque délibérée visant deux objectifs abrités dans l’enceinte diplomatique chinoise et repérés par les renseignements électroniques américains.

1) une station radio qui retransmettait la propagande serbe après que les émetteurs de Macédoine aient été réduits au silence par une frappe de l’alliance ;

2) un dispositif de contre mesures en cours d’installation visant à brouiller les tirs de missiles de l’OTAN dont l’existence avait été confirmée à une source serbe peu avant la frappe par l’attaché de défense chinois lui-même gravement blessé dans l’attaque.

Intentions cachées et quête de technologies

Photographié sur la base de Whiteman dans le Missouri, un des trois bombardiers furtifs B-2 ayant participé aux opérations contre la Libye en mars 2011. » [2]

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Aujourd’hui encore on s’interroge sur les raisons qui, il y a 17 ans, poussèrent la Chine ordinairement très prudente à l’international à prendre fait et cause pour les Serbes au point de compromettre son ambassade jusqu’à la conduire à prendre militairement parti en plein conflit armé sur le théâtre même des opérations.

L’explication la plus plausible renvoie à l’obsession chinoise de rattrapage technologique militaire à l’époque analysée par un article du Guardian du 17 octobre 1999 dont la théorie est reprise aujourd’hui avec une variante par Martin Lee dans un papier mis en ligne par Asia Times le 18 juin.

Spéculant sur la protection offerte par le statut diplomatique de l’ambassade que les Américains n’oseraient pas attaquer, la Chine aurait accepté d’abriter dans l’enceinte diplomatique une station de retransmission radio et un dispositif électronique anti-frappes, en échange de la livraison par les Serbes de l’épave du bombardier furtif F-117 A abattu le 27 mars 1999 au-dessus de Ruma, à 60 km au nord-ouest de Belgrade.

L’autre version proposée par Lee est que le Pentagone aurait attaqué l’ambassade précisément pour détruire l’épave qui s’y trouvait déjà afin d’empêcher les fuites technologiques. Quoi qu’il en soit, il se tramait bien dans l’enceinte de l’ambassade des activités qui faisaient craindre des représailles. Au point que les Chinois avaient réduit le personnel de la mission diplomatique, ce qui explique que le nombre de victimes de la frappe américaine n’ait été que de 3, tous des militaires ou des officiers de renseignement et non des journalistes.

Mais la guerre autour des technologies furtives et de leur capacité à échapper aux tirs sol-air commencée en 1999 s’est durcie. Dans le futur, elle ne cessera de prendre de l’ampleur.

Avions furtifs, missiles sol-air et contre-mesures.

Un EA -18G « Growler » à l’appontage [3]

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En janvier 2011, 12 ans après la récupération de l’épave du F. 117A, l’armée de l’air de l’APL dévoilait brièvement lors d’une courte apparition sur une base militaire de Chengdu sa propre version d’un bombardier furtif, le J-20 dont les performances réelles sont peu connues. Simultanément, se souvenant de la performance des missiles anti-aériens russes non loin de Belgrade, l’APL a fait l’acquisition de la version la plus avancée du système de défense anti-aérien S-400 dont la livraison est prévue en 2017.

Le Pentagone n’étant lui-même pas tout à fait sûr des capacités furtives de ses chasseurs bombardiers pouvant être confrontés à l’arsenal anti aérien chinois au-dessus de la mer de Chine du sud ou ailleurs, la réplique américaine aux missiles S-400 pas tardé. Le 15 juin, Washington positionnait sur la base de Clark aux Philippines une escadrille de 4 EA -18G « Growler » spécialisés dans la neutralisation des défenses sol-air.

Ainsi, tandis que la mise au point d’avions furtifs totalement fiables semble un défi complexe et onéreux, se dessine entre l’APL et le Pentagone, par équipements russes interposés, une course aux armements de haute technologie sur le thème des défenses sol-air et des moyens de les neutraliser.

En positionnant aux Philippines des « Growler » les États-Unis répondent par avance au déploiement des missiles sol-air russes par l’APL qui s’est elle-même embarquée dans une course technologique lancée en 1999 après le choc de la destruction de l’ambassade chinoise à Belgrade. Aujourd’hui la guerre « high-tech » bat son plein. Elle est conforme aux intentions affichées par les livres blancs publiés par Pékin sur les objectifs assignés à l’APL. « Être en mesure de livrer une bataille à haute intensité technologique aux approches directes de la Chine. »

L’enjeu en est la maîtrise du ciel au-dessus des revendications chinoises en mer de Chine du sud.

Notes :

[1Le stock total des investissements chinois dans les projets de développement et la quête de ressources essentiellement agricoles (maïs et fruits) est estimé à ce jour à 1,3 milliard de $. Le projet phare en cours sont la centrale thermique de Kostolac dans la banlieue de Belgrade dont le coût initial est de 1 milliard de $, auquel il faut ajouter le projet de TGV Budapest - Belgrade à deux voies (350 km) signé en novembre 2015 entre China Railway et la Hongrie à 1,6 Mds de $ pour les 160 km portion hongroise financé à 85% par le groupe chinois.

[2Avec un équipage de 3 hommes, les bombardiers B-2 avaient effectué une mission aller-retour sans escale de plus de 18 000 km pour attaquer les forces de Kadhafi. A un coût unitaire de près d’1 milliard de $, les B-2 sont une arme stratégique de pénétration à très long rayon d’action (11 000 km sans ravitaillement), capable d’emporter des armes thermonucléaires.

Successeur du F-117, le B-2 dont 20 exemplaires sont encore en service, a été engagé par les États-Unis dans des missions ponctuelles classiques en ex-Yougoslavie (après la destruction du F-117), en Irak, en Afghanistan et en Libye. Il est aujourd’hui considéré comme l’avion furtif le plus fiable au monde. C’est la raison pour laquelle le Pentagone a prévu de le maintenir en dotation jusqu’en 2058, en dépit de son coût prohibitif et des controverses politiques dont il est l’objet autour de son coût. Désignés pour des missions spéciales, les B-2 quittent rarement les hangars climatisés où ils sont rangés et âprement surveillés.

[3En service aux États-Unis et en Australie, l’appareil est dédié à des missions de brouillage des défenses aériennes adverses en accompagnement des missions de bombardement. L’introduction récente de ce type d’avion sur le théâtre du Pacifique occidental est une nouvelle étape de la guerre technologique entre Pékin et Washington à laquelle participe Moscou par ses ventes à la Chine de missiles sol-air.

Lire aussi : L’aéronautique mondiale à Zhuhai


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