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›› Politique intérieure

Xinjiang. Menaces djihadistes directes et spirale répressive

Le 27 février, 10 000 hommes de la police armée populaire ont été rassemblés à Urumqi avant d’être envoyés par groupes de plusieurs milliers dans l’arrière pays. Le n°1 du Parti du Xinjiang s’est adressé à la foule des militaires les exhortant à prendre la mesure des défis de sécurité qui guettent la région. « L’ampleur de la guerre populaire ensevelira les terroristes ».


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Les derniers jours de février ont été marqués au Xinjiang par une étrange coïncidence.

Le 27 février, au moment même où Pékin organisait à Urumqi une puissante démonstration de forces, rassemblant 10 000 militaires de la police armée populaire escortés par des transports de troupes blindés et des hélicoptères [1], la station TV – et radio Al-Furat contrôlée par l’Etat islamique diffusait une vidéo menaçante de 30 minutes montrant l’entraînement, l’exécution des traitres et le combat des Ouïghours enrôlés dans les rangs des Djihadistes qui promettaient de revenir au Xinjiang pour « répandre le sang des Chinois et venger les opprimés ».

Traduit et analysé par « SITE Intelligence group » aux États-Unis, spécialisée dans la diffusion aux services de presse internationaux des messages vidéos des organisations terroristes islamistes, le message a aussi, sur fond de drapeau chinois en flammes, montré des images de la police chinoise anti-émeute en faction devant des mosquées, patrouillant dans les marchés et interpellant des hommes au Xinjiang.

Contrairement à ce que disent quelques analystes, ce n’est pas la première fois que la Chine est menacée.

Le 28 mai 2016, le site de l’ETIM Islam Awazi (mouvement pour l’indépendance du Turkestan Orientale) postait un message d’Abd al-Haqq al-Turkistan que les services de renseignements pakistanais croyaient mort, tué par un drone américain au Waziristan en février 2010.

La communication réaffirmait non seulement l’objectif final du groupe terroriste au Xinjiang, mais confirmait aussi que l’ETIM se battait en Irak et en Syrie : « Aujourd’hui nous combattons aux côtés de nos frères au pays de Shâm (territoire sacré des Musulmans recouvrant la Syrie, la Palestine, le Liban et la Jordanie), mais demain les soldats de l’Islam devront retourner en Chine pour délivrer le Xinjiang des envahisseurs communistes ».

Lire : Xinjiang, le régime s’inquiète de la nouvelle empreinte globale de l’ETIM.

Le Xinjiang, un enjeu et une cible

Le 27 février une vidéo de 30 minutes de Daesh a menacé la Chine de « faire couler des flots de sang au Xinjiang » en organisant le retour en Chine des Ouïghour combattant aux côtes des Djihadistes en Irak et en Syrie.


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Après les émeutes de 2009, la conjonction d’une part du message de l’état islamique, faisant suite à celui de l’ETIM il y a 9 mois et, d’autre part, de la montée en puissance d’une solution répressive massive illustrée par les déploiements de forces monstres du 27 février, semble, marquer une nouvelle étape d’un durcissement devenu irrémédiable de la crise ethnico-religieuse et politique au Xinjiang.

Assez souvent laissés pour compte du développement, harcelés par des contrôles, des mesures vexatoires contre la pratique religieuse, la confiscation épisodique des passeports et les appels à la délation, de nombreux Ouïghour choisissent de s’expatrier en Turquie. Certains d’entre eux rejoignent les Islamistes en Syrie et en Irak. Selon Foreign Policy, qui, en juillet 2016 citait « des fuites de documents de l’État Islamique », une centaine de Ouïghour combattraient aux côtés des Musulmans de l’EI en Syrie et Irak.

La fuite des Ouïghour en Turquie a un moment créé une tension entre Pékin et Ankara. Lire : « L’omerta » chinoise, le Xinjiang, la Turquie et les Salafistes.

Les Turcs reprochaient aux Chinois de maltraiter les Ouïghour et de restreindre leurs pratiques religieuses – ce que le gouvernement dément -, au point qu’ils émigrent ; tandis que Pékin accusait Ankara de mal contrôler les terroristes en puissance ; quant au Congrès Mondial des Ouïghour dont le discours a récemment évolué, il dénonce l’action prosélyte des Salafistes au Xinjiang qui nourrit le vivier des terroristes et pointe lui aussi du doigt le laxisme des autorités turques.

Mais, en avril 2016, Ankara et Pékin, mesurant les risques posés par l’État Islamique, ont conclu un premier accord de coopération anti-terroriste, confirmé en septembre 2016 lors de la rencontre entre Xi Jinping et Erdogan en marge du G.20. En novembre 2016, Wang Yi, le ministre des AE, scellant le retour aux relations fraternelles a, dans une interview donnée à « Anadolu Agency », exprimé son soutien à Ankara après l’échec du coup d’État militaire.

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Enfin, s’il est vrai que la brutalité des répressions constitue un des ferments du durcissement terroriste, les dernières évolutions montrent qu’il n’est plus possible de passer sous silence l’internationalisation de la question du Xinjiang. Celle-ci est devenue un enjeu sensible des relations entre Pékin et Ankara.

Portant l’héritage du vieux sentiment de « Panturquisme » des Ouïghour fortunés qui, au début du XXe siècle, voyageaient en Europe, en Russie et en Turquie, la mouvance prosélyte encore attisée par Erdogan est devenue un terreau où l’Etat Islamique puise ses recrues Ouïghour qui s’expatrient en Syrie et en Irak.

Notes :

[1Voir la vidéo de l’émission diffusée par la chaîne du Xinjiang sous le titre « (notre) effort en vue de gagner la guerre du peuple pour la stabilité et contre le terrorisme » 聚焦 总目标 打赢反恐 维稳 人民 战争


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