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Xiongan la sœur jumelle de Pékin, nouveau grand défi de l’urbanisme chinois. Un enjeu socio-économique et politique pour Xi Jinping

Le handicap de la pollution.

Une vue de l’état des berges de la zone des lacs dans le district d’Anxin. La municipalité de Baoding a promis d’investir près de 4 Mds de $ pour dépolluer les lacs et restaurer leur écosystème endommagé par des effluents industriels déversés sans précaution. Mais le traitement dépolluant de toute la zone sera bien plus coûteux et très long.


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Surtout, la zone dont les sols et les rivières sont parmi les plus pollués de Chine, exigera d’abord des considérables investissements d’assainissement non directement rentables. Les atteintes aux sols et aux nappes phréatiques viennent de loin. Un ancien résident français en Chine raconte qu’en 1990 des coups de sondes géologiques pour un projet national de stockage de gaz souterrain mené par GDF Chine avaient révélé la présence de doses anormales de métaux lourds dans les nappes souterraines dont l’eau était devenue impropre à la consommation.

En 2006, une étude menés par le magazine Caixin avait conclu à la « mort biologique » des 143 petits lacs de Baiyangdian 白洋淀 situés à 50 km à l’Est de Baoding dont l’eau était à ce point polluée qu’elle ne pouvait même plus être utilisée pour l’agriculture. En 2014, CCTV avait diffusé une autre enquête intitulée, « 黑井水的痛苦, heijianshui de tongku – le calvaire de l’eau noire » qui confirmait les observation de 1990 sur l’état catastrophique des nappes phréatiques, seules réserves d’eau potable, gravement polluées.

Enfin, 15 jours après le lancement du projet, un rapport de l’ONG chinoise Liangjiang Huanbao, 两江环保, créée en 2010 à Chongqing et repris par plusieurs médias français, pointait lui aussi du doigt l’état écologique alarmant de la zone dont le gouvernement a lui-même reconnu la gravité, en même temps qu’il concédait que la dépollution des sols et des rivières serait longue et coûteuse.

Dans ces conditions, les questions sur l’avenir du grand projet de Xiongan ne manquent pas. Certains voient même dans tous les handicaps qui grèvent la zone, les prémisses d’une nouvelle cité fantôme comme il en existe tellement en Chine.

Ils ont probablement tort.

La force du volontarisme.

Ayant l’oreille du Président personnellement investi dans cette aventure, enrobée d’nun discours volontariste, le projet est à la croisée des grands problèmes d’urbanisme, de déficit hydrique et d’aménagement du territoire ; il est aussi le symbole aux portes du pouvoir des désastres écologiques, résultats de dizaines d’années de laisser-faire.

Solution d’urgence pour débarrasser la vieille capitale de ses handicaps qui flétrissent l’image du pouvoir central ; enveloppé dans un discours public positif et moderniste d’intégration urbaine, de développement durable et d’innovation, Xiongan ne sera pas abandonné par la bureaucratie sur qui pèse le poids d’une hiérarchie verticale dont, nous le savons depuis 2012, la main ne tremble pas. Pour s’en convaincre il suffit de se souvenir des puissantes secousses infligées à l’administration et aux armées par les réformes et la chasse sans pitié aux corrompus.

Enfin s’il est vrai que le volontarisme ne suffit pas pour venir à bout de problèmes accumulés pendant des années de laxisme, force est de constater que l’éxécutif n’a pas lésiné sur les moyens qu’ils soient financiers, techniques et humains. Outre que l’État a déjà débloqué 30 Mds de $, la détermination se lit quand on observe la densité et la richesse du comité de planification du projet.

Il n’est pas anodin de rappeler que cet aréopage est conseillé par Xu Kuangdi, l’ancien maire de Shanghai, celui-là même qui, il y a 30 ans, faisait émerger du néant et des marécages la nouvelle ville de Pudong aux portes de Shanghai.

Quant aux pollutions, le projet ne parviendra certes pas à les éradiquer complètement, mais au moins faut-il reconnaître que l’appareil politique s’y essaye avec une force et une détermination inhabituelles. Après tout, il ne s’agit pas de « déplacer les montagnes » comme le faisait le « vieux Kong », mais seulement de corriger les débordements des hommes, par la force de la bureaucratie petit à petit ramenée aux ordres.

Au fond, on retrouve dans ce projet l’un des arrières plans de la mandature de Xi Jiping : continuer à développer et à moderniser la Chine tout en corrigeant les effets néfastes des dérèglements antérieurs.

Mais le défi est ailleurs et probablement bien plus politique que technique.

Un défi politique pour Xi Jinping.

En avril dernier, le Président Xi Jinping, visitait la zone de Xiongan. Sur la photo, il est flanqué à sa gauche de Zhang Gaoli, membre du Comité Permanent et à sa droite de Xu Kuangdi, conseiller spécial du projet, qui présida à Shanghai à la naissance de la zone de Pudong construite il y a 30 ans sur des marécages insalubres.


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L’expérience de Xiongan, future sœur jumelle de Pékin à qui on espère que le désengorgement redonnera une attractivité impériale en partie perdue, est différente de celle de Shenzhen. Alors qu’aux portes de Hong Kong, le parti comptait sur la force de l’initiative privée instillée depuis la colonie britannique, à Xiongan, en revanche, la dynamique du projet est presqu’entièrement articulée à la puissance publique dont les rènes sont désormais fermement tenues par Xi Jinping.

Dans un article paru le 30 mai dans « The Diplomat » ("Xiongan : A New City for the Xi Jinping Era"), Georges Chen, chercheur associé à l’Institut Mercator pour les études chinoises (MERICS) soulevait ce point en soulignant que le projet Xiongan était, en dépit des apparences de l’engouement moutonnier des spéculateurs, une expérience bureaucratique dirigiste assez peu connectée à la spontanéité du marché.

Alors que son lancement est aujourd’hui entièrement dépendant de gros investissements pour dépolluer les rivières et les sols, le projet véhicule d’importants risques pour Xi Jinping dont le nom est associé à l’expérience.

Un échec démontrerait les limites du dirigisme voulu par le secrétaire général depuis 2012, où les alléas du marché restent contrôlés par l’appareil. Le succès, en revanche, porterait la preuve de la pertinence du « rêve chinois » à la même hauteur que les « nouvelles routes de la soie », démontrant que la réussite de la modernisation peut ne pas dépendre des recettes politiques et socio-économiques occidentales, mais qu’elle est possible en adoptant une voie spécifiquement chinoise.

Pour revenir sur le stress hydrique chinois, grand défi de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire : lire notre article Retour sur le stress hydrique chinois.


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