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›› Chronique

20 000 voix contre le maire de Tangshan

Au moment où les 3000 députés se réunissent à Pékin à l’occasion de la session annuelle de l’Assemblée nationale populaire (2e plénum du Xe Congrès), une pétition circule sur Internet contre l’un d’entre eux, en l’occurrence M. Zhang He, ancien maire de Tangshan (province de Hebei) et actuel secrétaire du Comité municipal du parti communiste. Il y est accusé du détournement de fonds publics destinés à indemniser le transfert de population lié à la construction d’un barrage. Le parlement chinois est ainsi saisi, pour la première fois dans son histoire, par un groupe de citoyens décidés à faire tomber un potentat local.

L’histoire a commencé avec la construction du Barrage de Taolinkou en 1992, l’un des ouvrages hydraulique clés de la province de Hebei. Cela a entraîné le déplacement de 20 000 habitants que l’Etat devait indemniser à la hauteur de 13 000 yuan (environs 1300 euros au cours actuel) par tête dont 2000 yuan directement versés à la collectivité locale chargée de les accueillir. Cette indemnité est garantie par un texte réglementaire paru en 1995. Or jusqu’à ce jour, les habitants déplacés n’ont reçu qu’entre 7000 et 8000 yuans en fin de compte. 60 millions de yuans se sont ainsi volatilisés dans la municipalité de Tangshan. Il s’ensuit huit années de procédures de toute sortes des gens qui se sont sentis lésés, en vain.

Ce qui est nouveau dans cette affaire après tout « banale » dans un climat de corruption généralisé, c’est que l’organe législatif suprême est directement interpellé par les citoyens de base. Un signe révélateur qui montre le peu de crédit que la population accorde au pouvoir local, qu’il soit administratif ou judiciaire.

Un autre point qui mérite d’attirer notre attention est qu’apparaît à travers cette affaire une discordance entre les autorités centrales et celles des régions. En effet, pour entraver les démarches des habitants mécontents auprès de l’Assemblée nationale populaire, des policiers de Tangshan ont été envoyés à Pékin pour arrêter les « manifestants » et cela sans que le Ministère de Sécurité publique en soit informé. Un cafouillage de ce genre est révélateur d’une mainmise du pouvoir administratif (en l’occurrence celui de la Ville de Tangshan) sur la Police et d’une relative impuissance du gouvernement central dans les affaires locales.

Et une fois de plus, l’usage de plus en plus populaire d’Internet s’est avéré un recours efficace contre la censure des médias. Quelques jours ont suffi pour que la pétition contre le numéro un de la Ville de Tangshan soit connue à travers le pays et même au-delà. Si le contrôle s’exerce toujours avec vigueur, la censure sur les réseaux électroniques n’est pas aussi efficace que les autorités le voudraient.

Jusqu’à ce jour, aucune information officielle n’a fait état de cette affaire. L’embarras du pouvoir central est pourtant perceptible à mesure que la campagne anti-corruption s’avance dans le temps. S’attaquer à tous les dysfonctionnements locaux, ce serait saborder la base même du système politique en place. Ne rien faire, c’est mettre en péril la crédibilité de Hu Jintao dans sa volonté d’instaurer l’Etat de droit. La voie médiane est difficile à trouver.


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