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›› Editorial

2000 – 2012. Les défis du Dragon

L’ampleur des défis internes.

A l’intérieur, le Régime tente, depuis l’arrivée au pouvoir de l’équipe Hu Jintao – Wen Jiabao en 2002, de corriger les effets pervers politiques, sociaux et écologiques de la croissance. Avec constance il a supprimé les taxes aux paysans, lancé une réforme de l’université, de la sécurité sociale et du système de soins, expérimenté des taxes à la propriété, freiné l’inflation et la spéculation immobilière et lancé un programme de logements sociaux.

Il est aussi placé sous la très forte contrainte d’une urbanisation accélérée, dont l’ampleur est inédite. A la fin de 2011, et pour la toute première fois dans l’histoire de la Chine, la proportion des urbains (690 millions, en augmentation de 50% depuis 2000) dépassait celle des ruraux, modifiant sous nos yeux l’image du pays.

Dans ce contexte en évolution rapide, encore marqué par l’explosion d’Internet et des réseaux sociaux (Les internautes qui n’étaient que 22 millions en 2000, sont plus de 500 millions aujourd’hui), le Régime doit faire face à une série de lourds défis, liés à la montée d’une classe moyenne de plus en plus rétive, à la multiplication des contestations foncières d’une société moins effrayée par les réactions policières, réagissant souvent avec vigueur aux dénis de justice et aux abus de pouvoir de l’administration, dont il arrive de plus en plus fréquemment que les décisions soient remises en cause par des révoltes.

A quoi s’ajoute l’instabilité récurrente, presque toujours violente, des provinces à forte empreinte allogène et religieuse du Tibet (révoltes en 2008 et 16 immolations par le feu depuis mars 2011) et du Xinjiang (émeutes en 2008 et en 2011), sur fond de grogne persistante de plusieurs centaines d’intellectuels contestataires, chercheurs, artistes, journalistes, fréquemment harcelés par le pouvoir.

En prison, en résidence surveillée ou en exil, leur combat pour un état de droit et plus de justice relayé par le net dépasse les frontières de la Chine et exerce une influence de plus en plus pressante sur la classe moyenne, aujourd’hui moins disposée qu’en 2000 à systématiquement cautionner le Régime, même si l’ajustement idéologique des Trois Représentations - évoqué pour la première fois en 2000 et adopté en 2003 - tentait d’y associer la mouvance des hommes d’affaires.

Alors qu’à leur avènement en 2002, Hu Jintao et Wen Jiabao s’étaient essayés à plus de libéralisme – en 2005, le Parti avait même organisé une cérémonie, il est vrai discrète, commémorant le 95e anniversaire de la naissance du libéral Hu Yaobang -, aujourd’hui tout indique un durcissement de la censure et du harcèlement des dissidents, dans un environnement idéologique régressif, où l’opportunisme politique va jusqu’à faire appel aux mânes de Mao pour tenir à distance les appels à la réforme politique, qui prône la séparation des pouvoirs et la responsabilité des administration devant les assemblées locales.

Là aussi le contraste idéologique est saisissant entre le rationalisme réformateur de Zhu Rongji, premier ministre de l’année du Dragon en 2000, qui s’appliquait à démanteler les monstres tentaculaires de l’industrie étatique et les tendances nouvelles qui, à la faveur de la crise ont fait régresser l’entreprise privée et renforcé le poids des entreprises publiques, dont l’influence est encore renforcée par la présence au sein du Comité Central de 17 anciens patrons de grands groupes publics - dont 2 sont membres du Comité Permanent -. Dans le même temps, la mouvance populiste qui compte associer les entreprises d’état au financement des défis sociaux, tourne ses regards vers le cul de sac idéologique du maoïsme.

L’image brouillée du Parti.

Ces symptômes de repliement qui brouillent l’image du Parti ont entraîné une série de réactions en Chine et à l’étranger, de la part du système lui-même et des intellectuels en exil. Ils ont aussi réveillé la verve critique de Simon Leys qui, dans « The New-York review of books », vient de signer un long article sur Liu Xiaobo, prix Nobel de la paix emprisonné pour subversion, où il rappelle les étapes de son combat et signale la parution de son livre, préfacé par Vaclav Havel : « No ennemies, no hatred. Selected essay and poems », Harvard University Press.

Par ces temps de confusion idéologique, alors que le dissident Yu Jie émigré aux Etats-Unis, explique dans une conférence de presse à Washington qu’il fut torturé par la police pour venger l’attribution du prix Nobel à son ami Liu Xiaobo ; à l’heure où le retour au maoïsme est prôné par certains des enfants de ceux-là même qui furent martyrisés par le tyran, il n’est pas inutile de revenir sur le jugement sans appel de Liu, commenté par Simon Leys.

« Les racines profondes du cynisme, de l’hédonisme et de la banqueroute morale de la Chine renvoient au règne de Mao. C’est bien à cette époque, présentée aujourd’hui par les gauchistes nostalgiques comme une ère de pureté morale, que l’esprit de la Nation a subi les pires cataclysmes. Le Régime était inhumain et amoral… »

« …La tyrannie diffusée dans la société poussait les hommes à vendre leur âme, haïr leur épouse, dénoncer leur père, trahir leurs amis et s’acharner sur les victimes sans défense (…). Tout était bon pour rester dans la ligne. Le matraquage brutal des campagnes idéologiques de Mao, se succédant les unes aux autres en d’incessantes parades, détruisirent jusqu’à la notion même d’éthique dans la vie des Chinois ».

Le China Daily reste évidemment plus sobre. Mais, dans un éditorial, paru le 17 janvier, il s’inquiète lui aussi des symptômes de régression idéologique. Soulignant les dérapages inégalitaires, sources des immenses frustrations du peuple – « tous, excepté les ultra-riches, sont excédés par les injustices » -, fond de commerce de la mouvance maoïste, il fustige d’abord ceux qui, ayant accumulé des richesses, sont aujourd’hui les principaux obstacles aux réformes, « non par idéologie, mais pour protéger leurs intérêts particuliers et leurs droits acquis ».

Surtout, préoccupé par les aveuglements qui prônent un retour vers le passé, il appelle à retrouver la pensée de Deng Xiaoping et un nouvel élan réformateur, aujourd’hui englué dans un système qui ne parvient plus à partager équitablement les fruits de la croissance. Mais l’éditorial ne dit pas comment le Parti s’y prendra pour mettre fin aux prébendes de l’oligarchie et aux infinis enchevêtrements politico-affairistes, principaux freins à l’adaptation du schéma de développement de la Chine.


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