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2e Trimestre 2012. Faits et commentaires

2.- FINANCES

Pékin teste la convertibilité du Yuan à Qianhai.

La Zone économique spéciale de Shenzhen qui fut, il y a 30 ans, le théâtre d’un virage à 180°, tournant radicalement le dos à la planification économiste communiste, vient d’être mise en charge d’expérimenter la convertibilité de la monnaie chinoise, dans la petite presqu’île de Qianhai située à 5 km en face des Nouveaux Territoires.

Dans cette enclave où le Parti expérimentera simultanément le développement d’une zone de services moderne et performante, secteur dont la croissance à l’échelle de la Chine pourrait, selon les planificateurs, prendre le relais de l’économie traditionnelle, Pékin testera, sur une période de huit années, la convertibilité de la monnaie chinoise.

Doté de 45 Mds de $, la zone, aujourd’hui encore occupée par des entrepôts, mettra à l’essai la possibilité pour les banques de Hong Kong de prêter à des compagnies du Continent enregistrées dans la presqu’île, ce qu’elles n’étaient pas autorisées à faire jusqu’à présent. Les nouvelles règles en vigueur dans la zone élimineront donc les contrôles normalement liés aux prêts au profit des compagnies chinoises.

La décision de Pékin est un clin d’œil aux expériences passées de réformes économiques datant d’il y a 30 ans, au centre desquelles se trouvait déjà la région de Shenzhen, proche de Hong Kong. Mais cette fois s’agissant de finances, bien plus fluides que l’industrie et le commerce, le contrôle des flux pourrait être problématique.

Si les capitaux s’investissent à Qianhai, ils pourraient tout aussi bien, et sans trop de contraintes, être dirigés vers le reste de la Chine, où ils n’auront aucun mal à trouver des cibles d’investissements bien plus rentables, précisément dans des secteurs que le pouvoir tente de protéger, ou de tenir sous le boisseau, comme l’immobilier. Dans ce schéma, l’afflux de capitaux dans les secteurs que le pouvoir entend quadriller et réguler étroitement, irait à rebours des stratégies du pouvoir visant à contrôler l’inflation, le crédit et l’accumulation de dettes non recouvrables.

La manœuvre est clairement un pas vers la convertibilité du Yuan, dans un projet plus vaste qui vise à faire de la monnaie chinoise un concurrent du dollar, vers 2020. Mais entre cette expérience limitée et la complète liberté des échanges transnationaux, condition nécessaire pour transformer le RMB en monnaie de réserve, la route est encore longue.

Accord monétaire avec le Brésil.

Le 21 juin, la Chine et le Brésil on signé un accord monétaire autorisant des transactions dans leurs monnaies respectives, à concurrence de 30 Mds de $. Des accords identiques ont été conclus ou sur le point de se conclure avec 15 pays, dont la Russie (premier accord en 2010 en dehors de HongKong), le Japon, l’Australie, la Turquie et les Emirats Arabes Unis.

Selon la banque de Chine, le total des échanges en Renminbi ne représente que 6% des échanges de la Chine, soit 400 Mds de $. Un rapport de HSBC de novembre 2010 indiquait que, d’ici 2015, 50% des transactions de la Chine seraient libellées en monnaies autres que le Dollar, représentant 2000 milliards de $. Ce qui supposerait une progression de 500%.

Taux de change du Yuan.

Un mois après avoir élargi à 1 point la marge de fluctuation du Yuan, le Quotidien du Peuple publiait le 3 mai un article s’inscrivant en faux contre la théorie d’un RMB sous évalué. Pour l’Académie des Sciences Sociales, auteur de l’article qui réagissait aux dernières pressions de l’administration américaine émises par H. Clinton et Th. Geithner à Pékin, lors du dialogue économique sino-américain, les différences de productivité et de coûts de production faisaient que la parité actuelle était « raisonnable ».

Pour le journal la hausse du Yuan entre 2008 et 2010 avait déjà largement dépassé les gains de productivité de l’économie chinoise. Si le rapport de productivité était de 1 à 12 en 2000, il était de 1 à 6 en 2008 et de 1 à 5 en 2010.

La faible parité de la monnaie chinoise est le serpent de mer qui selon certains expliquerait le déficit de la balance commerciale des pays développés avec la Chine. La réalité est que l’appréciation de la valeur réelle d’une monnaie dépend de nombreux facteurs complexes. Une étude du FMI datant de 2007 aboutissait à des résultats extrêmement contrastés, où les estimations de la surévaluation de la monnaie chinoise allaient de 0% à 50%.

Le Bureau Politique, qui aurait peut-être intérêt à libérer le taux de change, ce qui contribuerait à mieux contrôler l’inflation et à encourager la consommation, n’entend cependant pas donner le sentiment qu’il cède aux pressions ; il craint aussi les spéculations sur la hausse du Yuan et ses conséquences socio-économiques. C’est la raison pour laquelle il répète que la monnaie chinoise sera appréciée à son rythme, rappelant qu’entre 1994 et 2000, le Yuan s’est apprécié de 50% en valeur réelle et de 35% depuis 2005.

Fin de l’autorisation d’emprunt accordée aux provinces.

En 2011,cherchant une solution au financement des administrations provinciales et malgré l’explosion de leurs dettes, représentant près de 30% du PIB, Pékin avait pris le risque d’autoriser ces dernières à émettre des obligations sous certaines conditions. Cette liberté a pris fin suite aux abus du premier trimestre 2012 où les administrations locales ont émis plus de 50 Mds d’obligations, soit autant que durant toute l’année 2011.

Mais la question des ressources financières des administrations locales reste entière. Sans possibilité d’emprunter, il faut craindre que les cadres locaux reviennent aux anciennes recettes de financement par la captation des ressources foncières, le détournement des fonds publics et la spéculation immobilière.

Plus grande ouverture aux étrangers dans la finance.

Le 20 juin la Commission de contrôle des investissements étrangers et des opérations boursières a rendu public le projet d’une règlementation plus souple simplifiant les procédures et augmentant la part autorisée des investissements par les institutions financières étrangères dans le système financier chinois.

Le minimum requis qui était de 5Mds de $ est abaissé à 500 Millions de $ pour les fonds d’investissements, les fonds de pension et les assurances. Pour les banques commerciales, l’investissement minimum passe de 10 Mds à 5 Mds de $. L’allégement de l’investissement initial est assorti de l’autorisation d’intervenir sur les marché des obligations bancaires entre les banques chinoises, jusqu’alors très contrôlé et limité.

La décision vise à augmenter l’efficacité du système financier chinois, à rassurer les investisseurs et à accélérer les flux de capitaux vers la Chine. Elle s’accompagne d’un effort pour faciliter les procédures d’autorisation d’intervention sur le marché des actions et obligations des bourses de Shanghai et Shenzhen (marché A), libellées en Yuan, et à y augmenter le plafond des investissements autorisés qui passe de 25 Mds à 80 Mds de $.

En juin 2012 il y avait 158 institutions financières étrangères autorisées à intervenir sur les marchés de Shanghai et Shenzhen contre seulement 69 en 2008. La grande majorité de ces institutions sont anglo-saxonnes. Trois banques françaises : La Société Générale, BNP Paribas et le Crédit Agricole ont obtenu leur licence en 2004.


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