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›› Chronique

70e anniversaire de la marine à Qingdao. L’Inde et le Japon en vedette. L’US Navy absente. Incident avec une frégate française

Fébrilité chinoise.

Le vendémiaire (à gauche) avec le destroyer lance-missiles américain USS Michael Murphy photographié lors d’un exercice conjoint au large de Guam en février 2018. (Photo Marine Nationale).


*

Sur le fond l’incident n’est pas anodin. Il s’inscrit en effet dans une crispation de la haute direction chinoise rendue fébrile par la présence à la tête de l’Île d’une mouvance indépendantiste et par le regain des pressions américaines depuis une année. Plus encore, Pékin craint que d’autres pays européens n’emboîtent le pas de la France pour s’aligner sur Washington.

Si on voulait un signe des émotions nationalistes provoquées en Chine par le sentiment que trop de pays s’intéressent à la question de Taïwan considérée comme une affaire intérieure non négociable, il suffirait de consulter l’article publié par le Global Times sur le sujet connexe des missiles chinois.

On y voit surgir la crainte de Pékin, pour l’instant sans objet tant que Moscou appuiera la position chinoise, que ses missiles balistiques intermédiaires destinés à dissuader l’indépendance taïwanaise soient pris en compte dans de nouvelles négociations sur les missiles stratégiques et de portée intermédiaire.

Selon un officier de la marine chinoise resté anonyme, dans le contexte global où les sentiments anti-chinois augmentent en Europe, la crainte d’un rapprochement des marines américaines et européennes sur la question de Taïwan fut la vraie raison de l’incartade subie par le Vendémiaire.

De toute évidence, il s’agit d’une initiative intempestive, fausse manœuvre qui pourrait bien produire l’inverse du résultat recherché

Alors que pour faire pièce aux pressions chinoises, Tsai Ing-wen bat le rappel des démocraties de la planète et que D. Trump exige une renégociation des traités balistiques pour y inclure les missiles chinois dont ceux menaçant Taïwan [1].

Tandis qu’à la mi-mars, Bruxelles mettait en garde contre le « risque systémique chinois », après que le ministre des Affaires étrangères allemand Heiko Mass ait, en janvier dernier, déclaré que les pressions militaires de Pékin contre Taïwan étaient inacceptables, si la Chine avait voulu prendre le risque de réveiller contre elle un nouveau front sur l’affaire taïwanaise, elle ne s’y serait pas prise autrement.

*

Note de Contexte.

Principaux navires chinois de la revue.

Près de 3 douzaines de navires de l’APL ont participé à la revue.
Parmi eux :

1. Le destroyer Nanchang (Classe 055)

Lire : La marine chinoise lance deux destroyers géants.

Qualifiés par la presse de « navires de combat les plus dangereux de la planète », les destroyers de la classe 055, évoqués par QC en juillet 2018 frappent par leur taille qui les rapproche d’un croiseur et la puissance de leur armement.

2. SNLE Jin de la classe 094.

Monstre sous-marin de 8 à 9000 tonnes, le Jin (classification OTAN) est la 2e génération des SNLE chinois. Bien que ses caractéristiques n’aient fait l’objet d’aucune publication officielle, les renseignements obtenus par satellite et par les services occidentaux signalent une longueur de 135 mètres pour un diamètre de 12,5 m avec 12 missiles balistiques JL-2 de 8000 km de portée doté chacun de 3 ou 4 têtes nucléaires.

Basés à Hainan au nord de la mer de Chine du sud, les Jin dont Pékin pourrait aligner 8 unités, n’ont pas bénéficié des dernières avancés technologiques en matière de discrétion acoustique, ce qui montre que pour l’heure les SNLE ne tiennent pas pour la Chine, une place de choix dans sa dissuasion.

La construction de la prochaine génération des SNLE de la classe 096 pourrait commencer en 2020. Rien ne dit qu’ils seront plus performants.

3. Destroyers 052C et O52 D. Luyang

Après les destroyers 052C (classe Luyang II), la chine a développé les 052D (Luyang III) entrés en service en 2013. Jaugeant 7500 tonnes, ils sont équipés d’une vaste panoplie d’armements, allant de canons de 130 mm H/PJ-38 sous casemate d’une portée de 18 km aux missiles antiaériens lourds HQ-9, voisin du S-300 russe d’une portée de 200 km, et aux plus légers HQ-16 et DK-10A dont la portée est de 40 km, en passant par les missiles anti-navires CJ-10 et anti-sous-marins YJ-18.

4. Frégate 054 Classe Jiangkai.

Jaugeant 4000 tonnes, les frégates 054 sont inspirées des frégates Lafayette françaises. Avec une autonomie de plus de 14 000 km, équipées de missiles anti-aériens HQ-16, de canons de 30 mm et de missiles anti-navires, elles sont déployées dans le golfe d’Aden. 8 Unités de ce type ont pris part à la parade de Qingdao.

5. Navires amphibie 071 et 072.

Avec un tonnage de 17 à 20 00 tonnes, un rayon d’action de 20 000 km, les navires de cette classe dotés de 2 hélicoptères lourds peuvent déployer 2 hydroglisseurs, 16 véhicules de combat amphibie blindés et 600 hommes. Leur mission d’appui à un débarquement est clairement liée à une possible action de force en mer de Chine du sud.

6. Porte-avions Liaoning.

Lire :
- Première sortie d’entraînement du porte-avions chinois. Un « feu rouge » clignotant.
- Le 2e porte-avions a quitté le chantier de Dalian.

Notes :

[1Sur ce sujet dont la sensibilité pour Pékin ne peut être sous-estimée, le Global Times a publié le 28 avril dernier un éditorial qui accusait Washington de vouloir brider les forces stratégiques chinoises « avec » dit l’auteur « l’aide de la Russie et l’opinion publique occidentale ».

Compte tenu du faible nombre des armes chinoises - 280 dit l’article contre près de 6500 américaines et russes -, l’argument qui se réfère aussi à la promesse chinoise de non emploi en premier, prêche logiquement pour rester à l’écart des négociations sur leur limitation ou leur réduction.

Mais après avoir noté que Moscou avait refusé d’inclure la Chine dans de nouvelles négociations, ce qui rend la proposition de D. Trump caduque à moins d’une volte-face de Moscou pour l’heure improbable, l’auteur dénonçait « l’arrogance américaine », et, de manière contradictoire avec son précédent argument d’un arsenal chinois très limité, il prônait sa montée en puissance rapide et significative, pour, dit-il, « dissuader l’agressivité des faucons américains ».

En arrière-plan flotte le souci de Pékin que ses missiles intermédiaires destinés à dissuader l’indépendance de Taïwan dont la mission, disent les Chinois, est « défensive », échappent à tout examen international.


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Par Eric Vincent GRILLON Le 4/05/2019 à 09h02

70e anniversaire de la marine à Qingdao. L’Inde et le Japon en vedette. L’US Navy absente. Incident avec une frégate française.

Bonjour,

Merci pour votre intéressant article, on manque cruellement d’explications officielles du côté français.
L’incident a été dévoilé par les Américains non ?

Juste pour vous signaler qu’un destroyer 052D à pris la place du Vendémiaire dans votre article.
(Photo Legendée : Le vendémiaire photographié par Xinhua).

Cordialement
EVG

Par La Rédaction Le 4/05/2019 à 15h21

70e anniversaire de la marine à Qingdao. L’Inde et le Japon en vedette. L’US Navy absente. Incident avec une frégate française.

Merci d’avoir noté l’erreur de la photo. Nous avons corrigé.

S’agissant de l’incident du Vendémiaire ce sont en effet les États-Unis qui ont vendu la mèche. Le Quai d’Orsay aurait voulu rester discret, essentiellement parce que l’affaire révèle une différence de traitement avec l’US Navy qui n’est pas à l’avantage de la France. Officiellement il s’agissait de ne pas "dramatiser" dit le Quai. Mais le silence peut donner l’impression que Paris se sentait coupable et que le Vendémiaire était en faute, alors qu’il naviguait dans les eaux internationales. Enfin ne pas protester officiellement semble entériner le droit accordé à Pékin de contrôler le passage dans le Détroit, créant un regrettable précédent.

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