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›› Chronique

Règlement de comptes à la Villa Moller

La saine gestion des fonds de retraite consiste, en Chine comme ailleurs, à placer l’argent collecté dans des activités à rendement élevé et, si possible, à risques réduits. Sous cette angle, l’investissement dans les réseaux autoroutiers, en 2004, d’un fond de pensions géré par le département municipal de travail et de protection sociale de Shanghai ne présente apparemment aucune anomalie, à seulement un détail près : l’argent du fond en question n’a pas été directement injecté dans les sociétés d’autoroute. Il est prêté, via une banque publique, à une obscure société d’investissement qui, à son tour, a réalisé des acquisitions spectaculaires à l’occasion des privatisations des autoroutes interurbaines.

Ce devait être une « success story » ou tout le monde serait sorti gagnant. La municipalité se serait félicitée d’avoir confié ses réseaux autoroutiers entre les mains sûres et le fond de pension d’avoir trouver un placement rentable pour ses cotisants. Enfin, cerise sur le gâteau, la presse locale a célébré et c’était vrai, la naissance, de par ces opérations financières de hauts vols, d’un jeune et fringant entrepreneur, milliardaire surgi de nulle part (ou plus exactement dans l’ombre du pouvoir politique), comme la Chine d’aujourd’hui a le secret d’en fabriquer, un peu à la manière des héros du socialisme d’hier. Personne, ou presque, ne se posait la question de savoir comment M. Zhang Rongkun, à la tête de sa société d’investissements dont les capitaux propres ne dépassaient guère de 50 millions de yuans (soit environ 5 millions d’euros avec le taux de change actuel) pût emprunter plus de 3 milliard de yuans (300 millions d’euros) pour réaliser ses acquisitions d’autoroutes. Nul ne doutait non plus à cette époque que les infractions aux règles financières commises au cours des opérations (minimes aux yeux des protagonistes) auraient été le point de départ d’un scandale politico-financier majeur deux ans plus tard.

La foudre s’est abattue alors cet été sur ce joli petit monde. Au mois de juillet, M. Zhu Junyi, directeur du département du travail et de protection sociale à la mairie de Shanghai est démis de ses fonctions. Trois semaines plus tard, c’est au tour de M. Qin Yu, maire fraîchement élu de l’arrondissement Baoshan d’être sous le mandat d’arrêt. Ce dernier a été pendant dix ans le chef de cabinet de Chen Liangyu, le Premier secrétaire du comité municipal de PC, donc véritable patron de la ville. Au passage, quelques hauts dirigeants de Shanghai Electricité, société publique très liée à la mairie et probablement impliquée dans cette affaire d’autoroute, ont fait eux aussi l’objet d’enquête.

Il est peu probable que la mairie de Shanghai puisse sortir indemne du scandale puisqu’une commission spéciale d’enquête de la Commission centrale de discipline et d’inspection du Parti est dépêchée début août depuis Pékin. La prise en main de l’affaire par ladite commission constitue en elle-même un signe important : les autorités de Pékin n’accorde apparemment aucune confiance à la machine judiciaire locale.

S’agit-il d’une attaque politique en règle contre « le groupe de Shanghai » ? Des rumeurs sur internet abondent dans ce sens : Chen Liangyu (premier secrétaire PC de Shanghai) et peut-être Huang Ju (vice-Premier ministre et ancien maire de Shanghai) seraient dans les collimateurs. Seulement, l’un et l’autre occupent des postes de premier plan au sommet du Parti, c’est-à-dire au sein du Politburo où une règle implicite interdit jusqu’à ce jour toute poursuite judiciaire. D’aucun n’ignore que la mise en doute de hauts dirigeants pourrait causer de sérieux dégâts dans l’appareil d’Etat et risquerait de déboucher sur une crise de confiance envers les dirigeants actuels du régime et de la légitimité même du pouvoir en place.

Un règlement de comptes se joue donc à la Villa Moller où siège aujourd’hui la commission spéciale d’enquête de l’affaire de prise de contrôle des autoroutes de Shanghai. Dans cette bâtisse du style quelque peu kitch au cœur de la ville, les enquêteurs travaillent jours et nuits d’arrache pied, officiellement contre les cadres corrompus, probablement contre « le groupe de Shanghai » et peut-être, à leur insu, contre le régime du Parti unique qui, à l’ère de l’économie de marché, se trouve à l’origine d’un grand nombre des maux de société en Chine.

 

 

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