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›› Lectures et opinions

8e mois, 8e jour : triomphe, images et illusions

Le 8 août, à 8 heures du soir, la Chine moderne et toujours superstitieuse qui croit aux vertus bénéfiques du chiffre 8, a organisé une cérémonie pour inviter officiellement le monde et les organisation olympiques nationales de la planète à ses jeux de 2008, dont elle veut faire son triomphe.

A l’évidence la fête, qui avait fermé l’accès à la Place Tian An Men toute la journée, n’avait rien de populaire. Elle contenait en revanche un message destiné aux télévisions et à l’opinon mondiale : « Nous sommes prêts et nous réussirons, en dépit de ceux qui nous critiquent et veulent gâcher la fête ».

Autopersuasion, assortie d’une bonne dose de poudre aux yeux à destination de la communuauté internationale. Brillante chorégraphie sur des plateaux tournants filmés d’en haut, couleurs chaudes et vives, interprétation magistrale au piano par le prodige chinois Lang lang de la chanson sur le fleuve Jaune, accompagné par un orchestre symphonique puissamment et parfaitement sonorisé, danses et chants de minorités coréennes et ouïghoures aux tenues chastes, mêlées aux minipujes des « laladui », traduction chinoise des « pompom girls » qui, comme aux Etats-Unis accompagnent de plus en plus les rencontres sportives en Chine. Le tout sur fond de Cité interdite illuminée et embrasée par des feux d’artifice, explosions de couleurs et de figures pyrotechniques, à côté desquels les prestations françaises du 14 juillet ont l’air d’avoir été tirées par le patronage du quartier.

Cette flamboyance festive contrastait avec les discours des officiels chinois (Wu Banguo, n°2 du régime, Président de l’ANP, Liu Qi Président du Comité des JO et secrétaire du parti de la municipalité de Pékin, Wang Qishan, maire de Pékin) qui se donnaient du « camarade », et dont les interventions, rythmées par des présentateurs emphatiques et grandilloquents, avaient adopté le ton compassé des cérémonies officielles du régime. Dans le style des grands discours du Parti, eux-mêmes calqués sur la manière protocolaire, mi-parlée, mi-chantée, des crieurs impériaux, ils ressassaient les idées auto-laudatives d’une Chine triomphante, intégrée au monde et s’apprêtant à organiser les meilleurs JO de tous les temps.

Il est vrai que l’organisation matérielle est au top. Tous les stades, piscines, plans d’eau, et gymnases sont prêts ou le seront, très largement avant l’heure. On n’a pas lésiné sur les moyens, déployés comme ceux d’une armée en campagne, qui, avec ses gros bataillons de grues et de bétonnières bouleverse les quartiers, fait surgir des parcs enjambant les périphériques et transforme en un tournemain l’aspect des rues et des faubourgs nord de Pékin, soudainement plantés d’arbres transplantés par milliers. Les détails, même les plus minuscules, sont analysées, décortiqués, pesés et soupesés mille fois. La façade artistique de l’événement promet également d’être brillante, haute en couleurs et en chorégraphies originales, mêlant les danses et tenues modernes aux anciens pas glissés et tournoyants de l’opéra de Pékin, sous la direction artistique de gens comme Zhang Yimou et Stephen Spielberg. A condition toutefois que ce dernier ne mette pas à exécution sa menace de se retirer sous la pression des critiques qui l’accusent de cautionner une dictature.

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Car dans ce grand déploiement médiatique tout est image. La contradiction couve encore sous le manteau entre l’efficacité de la pesante machine chinoise et la gloire un peu bon enfant d’un des plus grands artistes d’Hollywood. Au travers des JO, devenus un instrument de sa propagande qui se veut époustouflante, efficace et unique, le régime s’oppose à la vision de Spielberg, soignant sa réputation de metteur en scène génial et de « baba-cool », adepte des histoires imaginaires, édifiantes, qui pointent avec tact et un rare sens poétique l’oppression des systèmes sur les individus.

Mais Spielberg n’est pas le seul empêtré dans ce dilemme. D’autres organisations de défense des droits des individus, (journalistes ou internautes harcelés et emprisonnés en Chine, souvent pour des vétilles), promettent des actions spectaculaires pendant les JO, après avoir cru un moment qu’en gage de bonne volonté pré-olympique, Pékin ferait un effort de tolérance policière. On dénonce aussi le cynisme des organisateurs qui, ayant accepté d’assouplir, pendant les JO, les règles de circulation des journalistes - sauf auTibet - , ont déjà prévenu qu’après la fête les restrictions anciennes seraient rétablies.

Au fond à Pékin, la marche vers les JO accompagne deux séries d’illusions.

Celles de ceux qui croient que la fraternité du sport et les rêves d’universalisme qu’il véhicule pourraient, comme ce fut le cas en 1988 dans la petite péninsule coréenne sous influence américaine, bousculer la rigidité du régime. Mais en Chine, ce dernier reste fermement arc-bouté au principe de parti unique, à la tête d’un pays continent et d’une population pléthorique, très contrôlée et encore en grande partie fermée aux enjeux des JO qui ne sont pas les siens.

Illusions aussi de ceux qui, en Chine, s’imaginent qu’il est possible d’instrumentaliser à leur profit, sans en payer le prix, un événement, dont la charge universelle symbolique, morale, culturelle et historique reste très forte, en dépit des dérives marchandes qui en ont altéré le sens.

 

 

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