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›› Taiwan

Lourde défaite du Parti indépendantiste (DPP) aux Législatives taiwanaises

« C’est la plus grave défaite du DPP depuis sa création », reconnaissait le Président Chen Shui-Bian avant de démissionner de la présidence de son parti. L’élection législative du 12 janvier à Taiwan a en effet balayé le parti indépendantiste qui ne détient plus que 27 sièges de la nouvelle assemblée, réduite de 225 à 113 sièges après le redécoupage de la carte électorale et l’instauration d’une part de proportionnelle. Dans ce contexte le nombre de députés du DPP directement élus n’est que de 13. Les 14 autres sièges ayant été attribués au parti par le vote proportionnel qui a crédité le DPP de 38,2 % des voix. Le parti nationaliste (KMT) a obtenu 51,2% des voix et 81 sièges à la nouvelle assemblée. Les petits partis sur la droite de l’échiquier (le Nouveau Parti - NP - et le Parti du peuple People First Party, - PFP -) et à gauche (l’Alliance pour l’union de Taiwan - Taiwan Solidarity Union, TSU) sont en net retrait.

En plus des deux votes législatifs, les électeurs étaient également sollicités pour deux référendums, dont les résultats ont été invalidés faute d’une participation au moins égale à 50%. Il s’agissait pour le premier d’interroger les électeurs sur l’opportunité de conférer au Yuan Législatif une capacité d’investigation des cas de corruption au gouvernement, pour l’autre de demander au KMT de restituer les biens immobiliers et financiers qu’il détiendrait illégalement. La complexité du scrutin (les électeurs devaient mettre 4 bulletins dans l’urne : deux pour les législatives - suffrage direct et proportionnel - , deux pour les référendums) a probablement été un des facteurs du taux de participation inférieur à 60% .

Réduit à la portion congrue le DPP, qui était déjà minoritaire au Yuan Législatif, n’a plus aucune chance de faire passer les amendements à la constitution projetés par Chen Shui Bian et qui inquiétaient la Chine parce qu’ils plaçaient l’Ile sur une trajectoire d’indépendance ; il ne pourra pas non plus bloquer les propositions constitutionnelles du KMT. Dans ce contexte les élections présidentielles du 22 mars prochain se présentent bien pour le candidat du KMT, Ma Ying-Jeou, qui a les faveurs de Pékin et que les derniers sondages créditent d’une avance de 20 points sur son concurrent direct Frank Hsieh du DPP.

La défaite du DPP est attribuée aux mauvais résultats économiques de l’île (hausse des prix et stagnation des salaires), aux multiples scandales de corruption ayant affecté Chen Shui-Bian et sa famille, aux dissensions au sein du parti et aux initiatives pro-indépendance du président, jugées trop brutales y compris par ses alliés politiques et condamnées par Pékin et Washington.

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Elle est également le résultat du ratissage par le KMT des voix des petits partis de droite et de l’opportunisme politique de Ma Ying-Jeou. Tout en se disant favorable à la réunification à terme, ce dernier a en effet également pêché dans les eaux du DPP en soutenant avec lui un projet de référendum à organiser en même temps que les présidentielles de mars prochain pour interroger le peuple sur son soutien à la candidature de Taiwan à l’ONU. Une initiative qui surfe sur la quête d’identité d’une grande majorité de Taiwanais et considérée comme très sensible par Pékin, dont les élites considèrent Ma Ying-Jeou avec circonspection. Ce dernier avait déjà irrité les caciques du Parti Communiste Chinois, lorsqu’en 2005 il s’était fermement prononcé contre la loi anti-sécession promulguée par la Chine.

Les chances de Frank Hsieh, le candidat du DPP, de remporter les élections présidentielles sont aujourd’hui réduites. Elles reposent toutes entières sur son habileté politique : Il s’agit pour lui de se démarquer de la stratégie agressive et provocatrice de Chen Shui-Bian, sans renier ses engagements en faveur de l’identité de l’Ile qui constitue le message central de son parti. Une approche qui ne sera pas moins difficile à mettre en oeuvre que celle également acrobatique imaginée par le KMT.

Tout en restant fidèles à leur projet politique à long terme (indépendance pour le DPP et réunification pour le KMT), les deux partis - qui regroupent plus de 80% des suffrages exprimés - doivent en effet prendre en compte le glissement de l’électorat taiwanais vers le centre, dont la grande majorité, à la fois opposée à la réunification et à l’indépendance, souhaite préserver des liens apaisés avec la Grande Terre, terrain de chasse privilégié des hommes d’affaires de l’île.

 

 

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