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›› Editorial

Weng’an : l’ordre rétabli à deux heures du matin

Le moins que l’on puisse dire en ce moment, c’est que les dirigeants chinois ne voient pas la vie en rose. Il est certes trop tôt pour parler de d’année noire car le Rat (le signe zodiaque chinois de l’année en cours) ne se trouve qu’à mi-temps de sa course céleste. Et l’événement majeur de l’année, à savoir les JO de Pékin, n’aura lieu que dans deux mois.

Les nuages ne cessent pourtant de s’accumuler au-dessus de la Cité interdite. Catastrophes naturelles d’abord : les tempêtes de neige dans le sud du pays en janvier et le séisme de grande amplitude dans la province de Sichuan au mois de mai. Difficultés économiques ensuite : l’inflation galopante s’accompagne de la chute continue des Bourses, sans parler d’un début de crise immobilière. Les troubles sociaux enfin : les manifestations des Tibétains bruyamment réprimées en mars, suivies d’un parcours cahotique de la flamme olympique à travers le monde et, last but not least, l’incendie volontaire de Weng’an, une petite bourgade dans la province de Guizhou, où il s’est produit hier après-midi à la suite d’une émeute de masse visant le bâtiment qui abrite le gouvernement local, le Bureau de la Sécurité publique (Police) et le comité du Parti communiste du district en question.

Où est la responsabilité du pouvoir dans tout ce fatras ? La presse officielle nous assure que la prévision météorologique n’est pas encore une science exacte et que celle des tremblements de terre reste quasiment impossible. En tout cas, le gouvernement a fait tout ce qu’il pouvait dans l’organisation des sauvetages et des réparations. En ce qui concerne la conjoncture économique, l’inflation est bien entendu importée des pays producteurs de pétrole et les cours de Bourse ne répondent qu’à la loi de l’offre et de la demande. Honni soit qui mal y pense ! Quant à l’incendie volontaire du bâtiment officiel de Weng’an ? Il ne s’agirait que des agissements d’un petit groupe de casseurs et l’ordre a été rétabli à deux heures du matin... après tout de même une soirée entière d’émeutes, pouvons-nous prudemment ajouter, d’après quelques textes, photos et séquences vidéo qui se sont échappées sur Internet, juste avant leur suppression par la censure.

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Sans oublier les conséquences des catastrophes naturelles ni celles des difficultés économiques, arrêtons-nous un instant sur l’incendie de Weng’an. Plus qu’un incident isolé, il est symptomatique des maux dont souffre la société chinoise d’aujourd’hui. Quatre éléments doivent attirer l’attention de tout observateur de l’Empire du milieu :

1. Il existe dans la population un mécontentement diffus contre le pouvoir politique, né d’un sentiment de méfiance contre tout pouvoir officiel : administration, police, justice, media... soupçonnés, souvent à juste titre, de corruption sur une large échelle.
2. Tout conflit, aussi minime qu’il soit, entre les individus et le pouvoir risquerait de déboucher sur des troubles de masse et des confrontations violentes faute d’existence de canaux de dialogues et de médiation.
3. Le développement des technologies d’information et de télécommunication a brisé le monopole informatif du pouvoir public. La censure de la presse et des media ne suffit plus à empêcher la circulation et la diffusion d’informations de toute sorte à travers Internet.
4. Le gouvernement ne semble pas encore avoir trouvé de moyens efficaces pour prévenir ces troubles sociaux. La répression pure et simple reste toujours l’arme la plus employée. Or chacun sait que l’utilisation répétée de la force finit par fragiliser le pouvoir.

Sommes-nous à la veille d’un autre grand tournant ? Après-tout, la Chine s’approche à grands pas de la fin de ses Trente glorieuses. La marche forcée de la modernisation économique, certes couronnée de nombreux succès, commence à montrer au grand jour ses faiblesses congénitales : désastres écologiques, inégalités sociales, corruption et affairisme du pouvoir... la liste est loin d’être exhaustive. Le pays pourra t-il traverser tous ces écueils sans tomber dans une période de chaos ? Les risques, ou les signes avant coureurs, ne sont pas à négliger.

 

 

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