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›› Taiwan

Vers un Détroit harmonieux ?

La récente annonce d’une vente d’équipements militaires américains à Taiwan pour plus de 6 milliards USD a été accueillie froidement, on s’en doute, par Pékin qui y voit une trahison de plus des communiqués conjoints par lesquels les Etats-Unis se seraient engagés à ne pas fournir d’armement à la province rebelle.

Cette annonce témoigne certes d’un renouveau de la confiance américaine vis-à-vis du nouveau président à Taiwan. Mais elle est aussi sensée entretenir chez Ma Ying-jeou un dilemme sécuritaire et une certaine pression pour l’enjoindre de ne pas aller trop loin avec Pékin tant il vrai que la tendance est à la détente dans le détroit.

En effet, pas plus que les propos de Ma Ying-jeou en mars sur les incidents au Tibet, cette annonce n’a pas enrayé la dynamique positive que connaissent les relations entre les deux rives depuis quelques mois.

Dans les années 90, une telle promesse d’assistance militaire américaine aurait provoqué gesticulations et intimidations de la part de l’APL en écho à une rhétorique pékinoise enflammée. Or, un mois apres le communiqué du Pentagone, Chen Yunlin, président de l’ARATS (« Association for Relations Across the Taiwan Straits »), organisme « semi-officiel » de la RPC en charge de la coopération avec Taipei, vient d’effectuer le voyage de la plus haute personnalité de RPC depuis 1949 sur l’île comme si de rien n’était.

Au-delà du symbole, les deux parties ont signé des accords significatifs, notamment pour l’établissement des trois liens directs (air, mer et liaisons postales) qui devraient favoriser les contacts entre populations des deux rives. Plusieurs facteurs expliquent « l’harmonie » actuelle entre les deux Chine.

Tout d’abord, après huit ans de pouvoir du Democratic Progressive Party à Taiwan, Pekin est conscient qu’il convient de donner au Kuomintang, son partenaire historique légitime, des arguments pour combattre les courants indépendantistes.

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Par ailleurs, cette évolution est conforme à une nouvelle politique taiwanaise de Pekin qui a opté depuis quelques années pour la modération au lieu de multiplier les provocations et les menaces qui nuisent à l’image que la RPC veut désormais donner d’elle-même. En outre, Wang Jisi, doyen de l’université de Beida et influent directeur du département des études stratégiques de l’Ecole Centrale du Parti, a rédigé en 2007 un article dans lequel il enjoint les dirigeants chinois de ne plus être obsédés par une question taiwanaise à laquelle ils accordent un caractère stratégique excessif, ce qui ne peut que politiser et internationaliser davantage le dossier.

Dans le domaine de l’équilibre des forces, cette évolution des relations illustre aussi l’inquiétude croissante des experts militaires chinois qui pensent que le statu quo profite désormais essentiellement aux Américains. Sans risque sérieux de conflit, ceux-ci renforcent leur influence et, en empêchant tout rapprochement entre les deux rives, ils ne font que reporter et compliquer une éventuelle unification. Ainsi, le président de l’ARATS, qui avait déclaré en 2007 que la Chine pouvait attendre 100 ans cette unification, vient de démontrer que la patience n’exclut pas des efforts réciproques pour accroître la confiance de part et d’autre du détroit et préparer ainsi cette unification.

Enfin, la coopération économique, qui est structurellement au coeur de la relation « bilatérale » pour créer, au fil des ans, les conditions d’un règlement pacifique des désaccords politiques, est encore plus importante en cette période de crise. C’est bien sûr vrai pour Taiwan, mais cela l’est sans doute un peu plus aujourd’hui pour la RPC. En effet, bien qu’elle s’en défende, la Chine est touchée par la crise mondiale. Le premier Ministre Wen Jiabao vient d’annoncer que le pays doit se préparer à vivre ses pires années depuis le lancement des réformes et les experts, qui indiquent que les trois moteurs de l’économie chinoise (investissements, immobilier et consommation) sont en plein ralentissement, estiment que la croissance à deux chiffres appartient au passé (les prévisions 2008 varient de 5 a 9 %). Dans ces conditions, il convient de ne pas décourager les investisseurs taiwanais et le voyage de Chen Yunlin était vital a cet égard.

Pour autant la route est longue et les oppositions à la ligne actuelle subsistent de part et d’autre comme l’ont notamment démontré les manifestations « anti-Chen Yunlin » à Taipei. De même, les désaccords politiques sont profonds et Pékin aura fort à faire pour convaincre les coeurs taiwanais.

Pour faire de la dynamique actuelle une promesse d’avenir commun, il convient d’abord pour les deux « gouvernements » de la rendre irréversible dans les domaines économique et humain d’ici 2012, date des élections à Taiwan et de la transition, lors du 18e congrès du PCC à Pékin, entre Hu Jintao et la 5e génération de dirigeants. C’est dejà une tâche colossale !

 

 

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