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Quels effets la crise mondiale aura-t-elle sur la Chine ?

4 000 milliards de yuans ! Soit 400 milliards d’euros (taux de 9 RMB = 1 euros). A la veille du G20, le président Hu Jintao a sorti le carnet de chèque de la Chine. L’Etat investira donc près de 15% du PNB dans les deux ans à venir pour relancer la croissance. Il donne une leçon à l’Allemagne (500 milliards d’euros soit 1% d’investi seulement) et évidemment au cancre numéro un de la classe économique Georges Bush qui lui aussi se fend d’un petit 1% de PNB pour tirer les Etats-Unis de l’ornière.

En somme, le Parti communiste chinois « montre la voie à suivre » dixit Le Quotidien du Peuple. La leçon qu’on doit tirer de cette générosité est résumée ainsi, toujours par ce même journal : « La réactivité du gouvernement (chinois, NDLR) aux changements de la situation économique intérieure et à l’étranger et son paquet récent de relance par l’investissement public indiquent entièrement sa riche expérience et ses tactiques sophistiquées dans la conduite d’une économie de marché. » (dixit Le quotidien du Peuple du 11 novembre 2008).

Ces 4 000 milliards iront à des grands travaux d’infrastructures (beaucoup de ferroviaire, ports, autoroutes, de grands travaux hydrauliques, un peu de logements sociaux, des subventions pour la santé...). Passons que l’enveloppe est gonflée en ajoutant les 1 000 milliards de yuans décidée pour la reconstruction de la province du Sichuan en juin. Le total fournira 2% de croissance supplémentaire calculent les experts. Laquelle a bien besoin d’être stimulée. Si elle continue à planer à 9%, elle tombe très vite vers le seuil fatidique des 7% nécessaires pour créer les millions d’emplois garantis de la stabilité politique et d’éviter une vague de mécontentements.

Quel effet aura cette prodigalité ? Tout dépend de l’analyse que l’on porte sur la crise. Est-ce une bulle localisée, d’une amplitude supérieure aux autres mais d’une nature similaire, disons comparable à celle d’Internet qui a éclaté en 2000 ? Dans ce cas, une injection de liquidités, une purge sévère et la machine repartira comme avant : les ménages américains tirant la croissance mondiale à chaque fois qu’ils passent à une caisse de supermarché, les Chinois fournissant les magasins ? Si c’est le cas, après un ralentissement, la Chine reprendra sa route à toute allure.

Quelques chiffres pour mieux comprendre sa situation. Ces statistiques viennent de la Banque de développement asiatique. Les réserves de la Chine sont passées de 30 milliards de dollars en 1990 à 1 800 milliards aujourd’hui. Sauf que sa monnaie n’est pas convertible donc cet argent est inutilisable en Chine. La seule solution est de les prêter aux Etats-Unis, ce qui est fait de longue date puisque ces réserves sont essentiellement en dollar.

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Le taux d’épargne des Chinois est certes impressionnant, prés de 40% du PNB. L’épargne monétaire des ménages, selon les dernières statistiques disponibles de la Banque du Peuple de Chine était fin 2004 de 15 723 milliards de yuans , (soit 1 720 milliards d’euros). Une jolie somme mais qui n’en fait pas un Crésus. A titre de comparaison, l’épargne se monte pour l’ensemble de la zone euro à 805 milliards d’euros, somme enrichie par les placements financiers : 1 407 milliards d’euros pour l’Allemagne, France, Espagne, Royaume Uni et Italie à la fin 2008, selon l’Observatoire de l’épargne européenne. Quant aux Japonais, elle tourne autour de 1 504 000 milliards de yens (13 270 milliards d’euros).

Second aspect. La consommation des ménages représente 38% du PNB, c’est l’un des taux les plus bas du monde. Les derniers chiffres des ventes de détails - peu fiables à cause de la fraude fiscale et du manque d’appareils statistiques - donne une fois rapportés à la population et divisé par le nombre de mois, une consommation par habitant mensuelle de l’ordre de 66 euros (nourriture, etc). Comme 55% de la population est rurale donc vit en quasi autosuffisante hors de l’économie marchande, disons que les urbains claquent autour de 100 euros par mois en moyenne. Ce qui n’est pas bezef !

Puisque le pays reste pauvre d’où vient sa croissance ? Son moteur est l’investissement industriel, immobilier et en infrastructures : 40% du PNB. Comme ce n’est pas la consommation des ménages qu’est ce qui finance cet effort énorme ? C’est le commerce extérieur, c’est-à-dire les consommateurs endettés des pays développés, surtout anglo-saxons. Les exportations pèsent 41% du PNB et les importations 31% (qui servent à 60% aux exportations).

Les exportations chinoises justement représentent 29.1% des exportations asiatiques (contre 10.3% en 1990). On peut y voir un signe de puissance ou une dépendance dangereuse. Car on dit dans le commerce, le client est roi, ce n’est pas le vendeur ! 22% des exportations chinoises partent vers les Etats-Unis (contre 10% en 1990) et 23.5% vers l’E.U (contre 14.7% en 1990). Or ce point nous ramène au point de départ : la surconsommation financée par l’endettement qui a tiré ces trente dernières années la croissance mondiale. Ce « modèle anglo-saxon » - l’Australie a également un taux d’épargne négative (-1.4%) ne peut exister qu’à condition que l’endettement des ménages et la hausse des actifs se poursuivent. Si au contraire, la source se tarit, l’économie mondiale entre en récession, voire en dépression. Les économistes ont calculé que si les ménages américains retrouvent un taux d’épargne de 8% de leurs revenus, (ce qui est un taux disons normal, en France, Allemagne et Italie, il est de 11%) cela provoquera une contraction (une croissance négative) de 5% du PNB américain, entraînant forcément le reste du monde, les Américains assurant à eux seuls 40% de la consommation mondiale. On y est probablement entré dans cette phase de contraction, il suffit de voir comment l’ensemble des indicateurs plongent. Quel sera l’impact sur la croissance, et la stabilité politique, de la Chine d’une telle contraction ? La réponse dépend de la sévérité et de la durée de la récession mondiale.

Après cette analyse, B. Birolli rend compte des réactions du net chinois à l’annonce des mesures décidées par le pouvoir. La plupart des commentaires sont sceptiques, souvent pessimistes, parfois ironiques. Comme celui-ci : « « Fin 2010, on aura investi 4 000 milliards, je ne suis même pas sûr que ce chiffre soit vrai ! Mais qui va absorber ces investissements ? Les sociétés d’Etat ! Cela veut dire encore plus de corruption ! Les usines qui exportent seront foutues, les migrants qui y travaillent renvoyés chez eux mais comment vont-ils vivre. Chaque paysan n’a même pas un hectare de terre à cultiver. Construire des routes et des immeubles, ce n’est pas élever le niveau technologique d’un pays ! Dans trois ans, alors que le monde sortira de la crise, la Chine s’enfoncera ! ».

Mais l’humour décapant des Chinois n’est jamais bien loin : « Du ciel tombera une pluie bien forte (le ciel représente le pouvoir, et la pluie est symbole de l’argent NDLR). Chacun doit prendre une bassine et essayer d’attraper quelques gouttes. Pour certains, cette pluie donnera de grands fleuves, des longues rivières, des lacs et des étangs et d’autres à peine de quoi remplir un verre ! Mais après ça, n’oubliez pas de vous prosterner devant le bon Dieu pour le remercier ! ».

 

 

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