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›› Taiwan

La Chine met en veilleuse ses rancœurs contre le Dalai Lama

S’il fallait une preuve que Pékin attache une importance cardinale au réchauffement des relations et au resserrement des liens avec Taiwan, gouvernée par Ma Ying Jeou et le Kuo Min Tang, elle vient d’être fournie par la réaction mesurée du Parti Communiste Chinois (PCC) à la visite du Dalai Lama dans l’Ile, durant la première semaine de septembre.
En théorie, la venue, dans un territoire lui-même accusé de dissidence par la Chine, du Chef du bouddhisme lamaïque, habituellement traité de dangereux séparatiste par le Parti, aurait du donner lieu à une flambée de tensions et à des représailles. C’est d’ailleurs ce que nombre d’analystes avaient laissé prévoir avant la visite, craignant même que la relation dans le Détroit en serait gravement affectée. Il n’en a rien été.
Certes Pékin a manifesté sa réprobation officielle par les habituelles condamnations des Affaires étrangères, assorties de quelques représailles de portée limitée. La présence d’une délégation chinoise à l’ouverture des 21e Olympiades pour les malentendants a été annulée, de même que la visite à Taipei du vice-gouverneur de la banque centrale, Su Ning, invité le 7 septembre à un séminaire organisé par les banques de Taipei. Pékin a également supprimé les cérémonies conjointes, célébrant l’établissement de nouvelles liaisons aériennes.
Mais l’essentiel de la relation n’a pas été affecté. Au contraire. Au cours de la période qui a entouré la visite du Dalai Lama, le nombre de vols directs est en effet passé de 108 à 270 par semaine, tandis que les charters ont été transformés en vols réguliers, signifiant du même coup la permanence des changements dans la relation. Pékin n’a pas non plus annulé la visite à Taiwan du Secrétaire Général du Parti de Nankin, Zhu Shanlu, arrivé dans l’Ile à peine trois semaines après la visite du Dalai Lama.

Si on se souvient de la violente réplique chinoise après la rencontre du Président français avec le Dalai Lama, et à l’annulation brutale du sommet avec l’Union Européenne, alors présidée par Paris, à quelques jours seulement de la date de la rencontre, on mesure à quel point la réaction de Pékin a, cette fois, été soigneusement calibrée pour ne pas nuire à la relation dans le Détroit.

Il faut dire que chacun y a mis du sien. Ma Ying Jeou, qui ne pouvait refuser la visite du Chef bouddhiste, sous peine de risquer un grave désaveu populaire, après les virulentes critiques adressées à son administration pour la manière dont elle avait géré la catastrophe du cyclone Morakot, s’est abstenu de recevoir le Dalai Lama, contrairement à ce qu’avaient fait les Présidents Lee Teng Hui en 1997 et Chen Shui Bian en 2001. Les membres du gouvernement et du KMT ont également pris soin de ne pas s’afficher avec lui, tandis qu’un émissaire du gouvernement était dépêché à Pékin pour expliquer la position officielle de Taipei. L’opposition elle-même, qui avait invité le Dalai Lama, peut-être pour embarrasser Ma Ying Jeou, s’est gardée de jeter de l’huile sur le feu.

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Quant au Dalai Lama, il a, à plusieurs reprises, précisé que sa venue n’avait aucun caractère politique et qu’elle visait uniquement à alléger les souffrances des Taïwanais victimes du cyclone. Pour éviter les tensions, il a même annulé un rassemblement à Taipei, remplacé par une harangue religieuse devant une audience de 20 000 personnes à Kaohsiung, fief de l’opposition, situé à l’extrême sud de l’Ile.

A première vue, on dira que la marge de manœuvre de Ma Ying Jeou était étroite. Placé d’une part sous la pression de l’opposition, qui l’aurait accusé de se plier aux exigences de Pékin s’il avait fermé la porte au Dalai Lama et d’autre part, étroitement surveillé par le Parti Communiste qui, cette fois, lui a pourtant facilité la tâche, il a apparemment pris le risque de mettre en danger sa politique d’ouverture dans le Détroit.

En réalité Pékin, qui tient beaucoup à cette relation nouvelle, tellement plus rassurante que celle, très conflictuelle que lui imposait le DPP, et dans laquelle le Bureau Politique du PCC voit à tort ou à raison, le seul espoir de réunification en douceur, n’avait pas vraiment d’autre choix que de mettre ses aigreurs en sourdine. Le Parti n’aura cependant pas manqué de constater que, durant tout son séjour, le Dalai Lama aura été l’objet de la ferveur de beaucoup de Taïwanais, dont le nombre dépassait très largement celui des opposants à la visite du Saint homme.

Pour Ma Ying Jeou l’épisode est positif. Le Président taïwanais apparaît en effet avoir réussi un exercice de haute voltige politique, grâce à la mansuétude intéressée de Pékin et à la prudence politique du Dalai Lama.

Au-delà, l’événement renvoie aux difficultés du rapprochement avec la Chine initié par Ma, dans un contexte où Pékin a toutes les raisons de douter de ses convictions d’unification sous l’égide du PCC, tandis que l’opposition, qui tient l’opinion publique en éveil sur les questions de souveraineté, ne manque pas une occasion d’accuser le Président de brader l’identité de Taiwan.

 

 

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